INFOGRAMME

Infogramme est le site de Vincent Audette-Chapdelaine.

Blogue
Projets
À propos
Contact

17 janvier 2011

D'autres lieux

Encadré adjacent au premier «Maux du rédac'» de Philip "Bonzaï" O’Saughnessy, août 2003

J’écris ce billet en réponse à la question «Pourquoi ils/elles utilisent Facebook en 2011?» posée par Marie. Mais je ne vais pas y répondre directement, d’autres le feront plus sérieusement. Voici du moins quelques mots qui me viennent ce matin, et qui je crois y répondent quand même, d’une certaine manière. Mais en fait cette question sur Facebook n’est qu’un prétexte, ce billet n’a rien à voir avec Facebook.

Lorsque j’étudiais au cégep, je m’impliquais dans le journal étudiant. Chaque deux semaines, nous devions publier un journal d’environ 24 pages: c’était du boulot, mais un travail agréable, qui se faisait de manière collaborative, souvent avec de la bière que nous cachions lorsque les gardes de sécurité faisaient leur tournée. C’était de biens belles années. Le bon vieux temps.

Comme tous les organismes étudiants, nous avions à notre disposition un local bien à nous. Ça y était pour beaucoup dans la magie de l’implication au sein du journal, et dans la force du groupe que nous formions. Notre local était grand et plein de possibilités, central, adjacent à la cafétéria, un lieu unique dans un environnement aussi austère qu’un cégep. Entre les cours, nous allions toujours là. Pas parce que nous cherchions un divan confortable ou avions besoin d’utiliser un ordinateur, mais bien parce que nous savions que dans ce local, il y avait des amis. Certains plus que d’autres, parfois de simples connaissances avec qui il était néanmoins plaisant de discuter, des fois des nouvelles recrues. De nombreuses amitiés se sont créées là, des amitiés solides, qui subsistent pour la plupart encore à ce jour. Dans ce local, il y avait toujours des gens différents, mais des gens sympathiques.

À l’époque, les gens qui mangeaient dans la cafétéria et nous observaient par la fenêtre du local ne le réalisaient probablement pas, mais nous étions privilégiés. Le journal étudiant, en plus de développer nos compétences sans doute mieux que nos cours, nous fournissait un lieu de vie, que nous pouvions librement façonner selon nos personnalités et l’inspiration du moment (la preuve réside en les nombreuses affiches et objets hétéroclites qui décoraient les lieux). Nous produisions un journal toutes les deux semaines, mais cela ne devait correspondre qu’à environ 5% de tout le temps nous y passions. En réalité, le journal se produisait la nuit, la veille de l’envoi à l’imprimeur. Le reste du temps, nous discutions, jouions au aki, et planifions des projets complètement absurdes.

Avoir un espace où on est certain de voir des amis, peu importe le jour et l’heure, est quelque-chose de précieux. Pour certaines personnes, le bar du coin peut jouer ce rôle. Pour d’autres, c’est le bureau. Mais force est de constater que pour beaucoup de gens (500 millions?), ce lieu existe, et il s’agit de Facebook. On en convient, c’est vraiment pas pareil. Mais au-delà de tout ce qu’on peut penser sur l’utilisation de nos données personnelles, avoir un tel lieu, c’est quand même bien.

Hier, j’ai appris le décès d’un ami de l’époque du journal étudiant, Bonzaï. Il était mon successeur comme rédac’. Nous dessinions ensemble des pages d’humour pour le journal, écrivions des scénarios de films absurdes que nous n’avons jamais filmé. L’objectif de tout ça n’était pas de refaire le monde, d’avoir un impact social, ou même de produire un journal de qualité suprême. Il s’agissait simplement de profiter de la vie, quelque-chose qu’on a tendance à oublier lorsque, en vieillissant, on accumule les responsabilités. Bonzaï ne l’avait pas oublié. Nous ne l’oublierons pas.