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Infogramme est le site de Vincent Audette-Chapdelaine.

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9 janvier 2012

Projet 996: Un monde miniature collaboratif

C’est le genre de projet qui existe peut-être déjà dans un coin reculé de notre vaste monde. Mais au cas où on aurait oublié de générer ce croisement entre Minecraft, Second Life, l’impression 3D et ce classique hobby qu’est le maquettisme, voici l’idée en quelques lignes.

Nous avons d’abord besoin d’un espace pouvant accueillir au moins quelques tables solidement ancrées. Notre communauté verra en ces tables autant d’îles luxuriantes, où on observera la naissance et le déclin de mondes fantastiques et de civilisations complexes.

Sur ces tables, on installera des structures bien physiques mais dont le sort sera entièrement laissé entre les mains d’une communauté virtuelle. Oeuvre artistique élaborée, expérience de vivre-ensemble miniature, ou pure folie?

Sur le web, on pourra acheter des terres au pied carré. Le propriétaire d’un lot pourra, s’il le souhaite, concevoir un modèle 3D de la structure qu’il aimerait y ériger, et nous en assurerons l’impression et le positionnement. S’il préfère, il pourra nous faire parvenir sa création par la poste, et nous l’installerons soigneusement.

N’ayons pas d’illusion: nous recevrons de tout et n’importe quoi, et notre somptueux monde ressemblera peut-être davantage à un marché aux puces qu’au travail minitieux de maquettistes passionnés.

Tout comme ses équivalents virtuels, ce monde physique disposera de sa propre économie. Les propriétaires de lots pourront les revendre à gros prix, ou essayer de générer des revenus en y érigeant de gros panneaux publicitaires.

Pour explorer cet univers, on permettra aux internautes d’y conduire des voitures téléguidées disposées de webcams, ou encore de se propulser en mini-deltaplanes. Ce ne sera sans doute pas un monde où il fera bon vivre, mais ce ne sera pas banal.

Pour ajouter une dimension supplémentaire, l’ensemble de cette installation — les tables, les maquettes, les petites voitures, les imprimantes 3D, les deltaplanes, les caméras, et tout le personnel — sera continuellement en exil, en tournée à travers musées, festivals et plateaux de télévision, sous les regards d’une humanité séduite par ce petit monde évolutif et incontrôlable.

2 octobre 2011

Projet 997: Ventes éclair de produits culturels indépendants québécois

Dans le merveilleux monde du commerce électronique, le modèle des ventes éclair (flash sales) a le vent dans les voiles, et mérite, à mon avis, qu’on s’y attarde. Le concept est le suivant. Il s’agit de créer une boutique accessible uniquement sur invitation, et d’y offrir chaque jour une sélection d’items en vente à grands rabais pour une durée limitée de 24h ou 48h. Ce modèle contribue à créer autour de la boutique une communauté fidèle et fière de son accès exclusif, chaque jour à l’affut de nouvelles ventes. Les invitations se répandent grâce aux membres, qui peuvent y attirer leurs amis en échange de rabais supplémentaires. Ceci contribue à faire connaître le service, qui en réalité n’est pas aussi exclusif et difficile d’accès qu’on le laisse croire.

Une dimension importante du succès des ventes éclair est la qualité de la sélection effectuée. Souvent, un commentaire éditorial est fourni pour offrir un contexte et personnaliser la vente. S’en dégage une présomption, généralement justifiée, de qualité des produits offerts, un autre incitatif à l’achat. Une confiance se crée entre le vendeur et les acheteurs, qui forment en quelque sorte une même communauté, qui partage des goûts communs relativement spécialisés, et mutuellement à l’affût autant de bons prix que de bons produits.

Ce modèle est omniprésent dans le secteur de la mode, avec par exemple Gilt et la montréalaise PRIVÉ. Amazon l’explore également avec sa récente boutique MyHabit. On voit aussi le modèle apparaître dans d’autres secteurs, et l’exemple le plus notable est sans doute Fab, qui s’adresse aux amateurs de design. On y vend toutes sortes de produits, dont, à l’occasion, des magazines et des livres. Si ça vous intéresse, je vous recommande vivement cette entrevue avec le fondateur Jason Goldberg.

Voici donc l’idée que j’ai rapidement esquissé lors d’une intervention au BookCamp vendredi. Il pourrait être intéressant de tenter la mise sur pied d’une boutique suivant ce modèle et s’adressant aux amateurs de culture indépendante québécoise. Notez le choix de cibler le public amateur de culture indépendante en général, et non seulement de littérature. Je crois qu’il vaut mieux cibler un public très spécialisé (les amateurs de «culture indépendante», un concept qui dépendra grandement de la qualité de la sélection éditoriale effectuée en amont) et offrir une diversité de produits (littérature, musique, etc.), que de choisir une famille précise de produits (les livres) et d’offrir des produits s’adressant à des publics différents (jeunesse, adulte, etc.).

Cette boutique de produits culturels indépendants québécois pourrait, j’ose croire, susciter un certain intérêt et permettre d’hausser les ventes des livres, albums, films, revues, fanzines, billets de spectacles et autres productions culturelles indépendantes d’ici, en version matérielle ou numérique. Cela pourrait également servir d’occasion d’accroître l’accessibilité aux produits de nombreux éditeurs et producteurs qui n’ont pas les moyens, ou l’intérêt, d’investir dans une distribution nationale classique.

2 octobre 2011

Projet 998: Radio-Fête

Source: CC / Flickr / bisonblog

Estimons que prononcer le nom d’une personne prenne 5 secondes. Il suffirait donc de 18,5 heures pour souhaiter bonne fête, personnellement, à chacun des quelque 22 000 Québécois et Québécoises dont c’est la fête chaque jour. Ce qui laisse 5,5 heures pour de la publicité et des émissions spéciales. Voici Radio-Fête, la radio qui nomme les fêtés.

Imaginez l’intérêt d’un tel média pour l’industrie des gâteaux, ballons et cartes. Imaginez la quantité d’auditeurs prêts à payer pour diffuser un souhait personnalisé, ou pour que l’on mentionne la fête d’un être cher défunt. Imaginez les captivantes émissions spéciales sur les personnalités connues dont c’est la fête le jour-même. En cette ère de crise des médias, voilà un modèle d’affaires audacieux!

La multiculturelle et multilingue Radio-Fête s’imposera, un souhait à la fois, comme le média consensuel par excellence, jouant un rôle de premier plan sur la scène médiatique québécoise. Tout le monde écoutera Radio-Fête, et Radio-Fête n’oubliera personne. La radio festive deviendra le point de convergence de toutes les cultures, la solution tant attendue à notre crise identitaire collective.

Qui a dit qu’il ne suffisait pas de souhaiter?

25 septembre 2011

Projet 999: Le wagon surprenant

Et si nous faisions d’un wagon de métro un lieu tout à fait inusité: à la fois café multiculturel, université populaire, atelier d’artiste, centre de loisirs, centre communautaire? Créons un wagon surprenant, continuellement en déplacement dans les entrailles de la ville, proposant chaque jour de nouvelles expériences à ceux qui auront la chance de le voir arriver à leur quai.

Récitals de poésie, projections de court-métrages indépendants, lancements de livres, performances d’artistes, spectacles de musiques, cours de danse, conférences, discussions ouvertes sur les enjeux de notre ville — tout serait possible dans ce wagon hors norme.

Car le métro peut être davantage qu’un efficace outil de déplacement corporel (ou d’affichage publicitaire). Où sont les animateurs culturels, les poètes en résidence, les conférenciers invités? Où est le wagon-cinémathèque? Le wagon-jeux? Le wagon-club social? Le wagon comme espace de diffusion culturelle et comme espace de participation citoyenne? Où est la société dans notre société de transport, le collectif dans notre mouvement collectif?

Les passagers d’un wagon de métro sont une audience en attente d’un spectacle, des artistes en attente d’une tribune. Des humains en attente d’un rapprochement. Le métro peut offrir davantage qu’un déplacement à travers la ville physique. Nous pouvons en faire un déplacement à travers la ville culturelle, la ville des idées, la villes des projets, la ville des humains.

12 septembre 2011

Projet 1000: L'antirépublique du Québec

Samedi dernier, nous étions Chez Nannie et Papa, un ami et moi, à discuter politique. Stanstead possède quelques attraits intéressants, mais on ne peut pas vraiment inclure dans le lot Chez Nannie, un casse-croute à l’esthétique fleurie, comme il en existe dans tous les villages du Québec. J’ai fait ma 5e année primaire à Stanstead. À l’époque, Chez Nannie s’appelait Chez Serge, et mon prof en était le propriétaire. Il s’appelait Raymond.

Alors que nous abordions le sujet de la turbulence au sein du mouvement souverainiste — déconfiture du Bloc québécois, démissions au Parti québécois, divergences importantes sur les méthodes les plus susceptibles de nous mener à l’indépendance — j’eus l’idée suivante, née comme une blague, mais qui je crois, mérite d’être explorée avec sérieux: créons pour le Québec un pays dès maintenant. Un pays situé partiellement dans le monde imaginaire, mais néanmoins bien réel.

Prouver par l’exemple

Il me semble que les tentatives passées et les différentes solutions actuellement proposées pour mener le Québec vers l’indépendance ont en commun de faire le pari qu’il est possible de convaincre en peu de temps une grande quantité d’indécis lors de moments phares – une élection, un référendum – en organisant débats, conférences, manifestations et surtout, d’énormes campagnes de communication.

Or une société est un système dynamique d’une complexité inouïe, et faire évoluer un tel système vers un nouvel état dans un temps aussi restreint demande des moyens considérables et ne représente certainement pas une évolution naturelle. Avec une approche basée sur la persuasion, il est difficile d’imaginer un succès autrement qu’avec des conditions improbables: la combinaison d’un élément déclencheur (un scandale au fédéral), d’une force de persuasion exceptionnelle (un leader charismatique à la vision claire et un gigantesque budget de marketing), et d’une contre-force particulièrement faible (un gouvernement fédéral non menaçant et un mouvement fédéraliste désorganisé). Actuellement, on dirait que nous avons exactement les conditions inverses.

Mais il y a aussi que pour convaincre, les discours sont beaucoup moins efficaces que la preuve par l’exemple. Les vendeurs de couteaux et les producteurs de logiciels l’ont bien compris: rien ne vaut la démonstration renversante d’un découpage sans effort de canettes, ou un accès gratuit mais limité à un produit exceptionnel, pour prouver que notre pitch est fondé. Une démonstration concrète est plus convaincante que la rhétorique. C’est vrai en affaires, en amour, et pourquoi pas, en politique.

Trouver des solutions par essai et erreur

Dans la même suite d’idées, avoir le luxe de pouvoir confronter une solution temporaire à la réalité, puis de pouvoir améliorer cette solution en fonction des résultats engendrées par la première version, est un processus très efficace pour développer en arriver à des solutions élégantes et hautement fonctionnelles. Notre pouvoir prédictif a des limites et il n’y a pas de raison qu’un tel processus itératif n’engendre pas de bons résultats en politique. Voici une conférence TED de Tim Harford, Trial, error and the God complex, qui explore justement cette idée.

Et si nous donnions à notre démocratie un «bac de sable»?

Simplifier la participation citoyenne

La rareté de leaders inspirants aux idées claires, l’électoralisme à tout prix, les débats idéologiques qui tournent en rond, la lourdeur des procédures, le carriérisme manifeste de nombreux militants, la lenteur et le faible taux de succès du processus menant à d’éventuels résultats, sont autant de causes à un climat politique peu invitant. Comment offrir un contexte où les citoyens intéressés par la politique et les affaires publiques retrouveront le goût d’y participer?

La participation citoyenne peut se faire de multiples façons, loin de la politique, au sein d’organismes et d’entreprises sociales, par exemple. Certains avancent qu’une démocratie plus participative, ou repensée à la lumière des technologies de notre époque, pourrait aider à regagner l’intérêt des citoyens. Or le fonctionnement de notre démocratie a un force d’inertie inouïe. Pensons seulement à la difficulté de réformer le mode de scrutin. Militer pour l’amélioration de notre démocratie demande un engagement énorme et admirable.

Tout comme pour la question de la souveraineté, il est difficile de faire avancer des idées telles que la réforme du mode de scrutin autrement que par des campagnes de communication impliquant conférences, pétitions, lettres ouvertes, et l’espoir de créer un débat public suffisamment fort et durable pour influencer les décideurs. Ces opérations, encore une fois, sont concrètement menées dans un temps restreint, telle qu’une période pré-électorale, en compétition avec les autres promoteurs de messages qui luttent pour l’attention médiatique. Le taux de réussite est faible.

Est-il possible d’imaginer une participation citoyenne plus simple, plus souple, moins soumise aux tensions internes et aux lourdes procédures des partis, moins centrée sur des objectifs électoralistes et où les retombées médiatiques sont moins cruciales?

L’antirépublique du Québec

Que se passerait-il si le Québec venait d’accéder à l’indépendance? Supposons que cette question soit réglée, définitivement derrière nous. À votre plus grand bonheur, malheur ou indifférence, le Québec est maintenant un pays. Mettons.

Et si nous prenions ce scénario fictif au sérieux et faisions exister une «antirépublique» du Québec parallèlement à la province officielle? (Ici, «anti» est utilisé comme dans «antiparticule», pas comme dans «antivirus»). Bien sûr, l’antirépublique serait une structure fictive, sans aucune aspiration à une légitimité politique réelle. Légalement, elle pourrait par exemple être constituée au sein d’une coopérative ou d’un organisme à but non-lucratif, mais n’entrons pas tout de suite dans de tels détails.

Tous les Québécois pourraient y participer, y former des antipartis, élire un antiparlement, former un antigouvernement. Décider des directions à donner au Québec dans un contexte où nous serions indépendants du Canada, où le débat sur la souveraineté serait définitivement clos. Quelle constitution souhaiterons-nous pour cette antirépublique du Québec? Quelles lois, quelles politiques, quelles priorités, quels dirigeants? Comment innoverons-nous, sur les plans de la participation citoyenne, de l’éducation et de la santé, libérés des contraintes d’un débat ancré entièrement dans la réalité de l’arène politique?

Sur de nombreux enjeux, un tel terrain de jeu permettrait d’aller au-delà de la parole et de la rhétorique, en offrant un contexte où les décisions collectives peuvent être confrontées à une certaine réalité, et ce, sans conséquences. On souhaite un mode de scrutin proportionnel? Nous pourrions le tester lorsque tous les Québécois seront conviés à l’élection de leur antigouvernement. Ainsi de suite pour toute autre décision, les seules limites étant celles posées par le caractère fictif de cette politique parallèle.

Antipolitique mais vrai pouvoir

Malgré l’absence de pouvoir officiel qu’aurait l’antigouvernement du Québec, le projet aurait le potentiel de demeurer constructif et pertinent puisqu’il reposerait en tout temps sur l’état actuel d’un Québec bien réel: ses données démographiques et économiques, son territoire, sa population. Les États-Unis sont en récession? La Somalie est aux prises avec une grave famine? Il y a des inondations à Saint-Jean-sur-Richelieu? On s’attendrait à ce que l’antiprésident soit présent sur la place publique, convoque les médias et annonce des «mesures» . L’antirépublique n’est pas une utopie, mais une structure non-officielle mais sérieuse qui repose sur des personnes, des faits et des données réelles.

Il y aurait certainement d’intenses débats politiques et des divergences idéologiques au sein de l’antirépublique. Si l’initiative est un succès, elle suscitera l’intérêt d’un nombre significatif de Québécois, et on y constatera la même diversité politique, linguistique et culturelle que dans la «vraie vie». Par conséquent, advenant un tel succès du projet, il ne serait pas invraisemblable d’imaginer que l’antiprésident et les autres antiélus aient une vraie légitimité populaire et par conséquent un pouvoir d’influence politique bien réel. Le Québec ne peut pas signer d’accords internationaux? L’antirépublique du Québec pourra, du moins symboliquement. On peut espérer que les mesures annoncées par l’antigouvernement ne passeront pas inaperçu, et que l’on surveillera de près leur implantation au sein de l’antirépublique, l’antipays de tous les Québécois.

10 septembre 2011

Mille idées de projets

J’entreprends sur ce blogue une nouvelle série de billets, «Mille idées de projets», afin de me forcer à approfondir et partager les idées que j’ai parfois, et qui plus souvent qu’autrement, finissent par être oubliées ou écartées faute de temps pour les concrétiser.

Qu’il s’agisse d’idées sérieuses ou complètement absurdes, originales ou dans l’air du temps, réalistes ou démesurément ambitieuses, je crois que cela peut être un exercice intéressant, ne serait-ce que pour moi-même, de les mettre par écrit. Dans le meilleur des cas, cela ouvrira la porte à d’intéressantes discussions et qui sait, certaines de ces idées de projets se réaliseront peut-être vraiment, par moi ou par d’autres.

Comme Nicolas Langelier et ses Dix mille choses qui sont vraies, je vais adopter une numérotation inversée, histoire de créer une apparence de finalité à la démarche. Qui sait, peut-être que dans vingt ans, je rédigerai enfin l’idée numéro un. J’aimerais pour ce faire écrire de manière régulière et publier un nouveau billet chaque semaine, mais je ne crois pas être capable d’avoir une telle discipline, alors allons-y une idée à la fois. Rendez-vous lundi pour l’idée numéro 1000.