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10 janvier 2010

La démocratisation des imprimantes 3D et la libération des objets

Pour moins de 1000$, il est désormais possible de commander une imprimante 3D. Le Cupcake CNC de MakerBot Industries, le RepRap et le Fab@Home sont des imprimantes accessibles aux particuliers, qui viennent en pièces détachées et se branchent via USB à un ordinateur personnel. Ces trois «fabricateurs» sont à code source ouvert, et seront donc continuellement perfectionnés par la communauté grandissante des imprimeurs d’objets. «Share your digital designs and be part of the Digital Fabrication Revolution» annonce le site Thingiverse.com. Ils sont déjà nombreux à comparer leurs designs et à placer dans le domaine public des données d’objets 3D, tels que des blocs compatibles avec les Lego ou le visage de Thom Yorke.

Le pari est que d’ici quelques années, il sera commun de numériser et imprimer à domicile des objets de plus en plus complexes, à l’aide de matériaux de plus en plus variés. Que ces machines soient à codes source ouvert n’est pas négligeable. Puisque les données de chacune de leurs pièces sont disponibles publiquement, les imprimantes 3D peuvent s’auto-dupliquer, voire imprimer une version plus avancée d’eux-mêmes. Les deux premiers modèles du RepRap  ont d’ailleurs été nommés Darwin et Mendel, une invitation à considérer l’évolution de ces machines comme l’évolution des espèces vivantes, qui se reproduisent et s’adaptent peu à peu. C’est un peu tiré par les cheveux, mais ça porte à réfléchir. Imaginons un monde où l’espace physique évolue sur la base de l’intelligence collective de citoyens créatifs et bien outillés.

Zach Hoeken, qui présente ces jours-ci le Cupcake de MakerBot au Consumer Electronics Show, est un des pionniers de cette révolution de la fabrication numérique. Il y a un an, à l’occasion d’une conférence donnée à Berlin, il a dressé un intéressant parallèle entre les logiciels libres et les «objets libres»:

«Open source hardware is following a similar route: designs and instructions to create real, physical objects are freely shared. Currently it is fairly difficult to take a design for an object and automatically execute that design as a real object. Due to many exciting developments in the world of open source hardware, this is slowly changing. Things like CNC machines, laser cutters, and 3D printers are becoming more prevalent. These machines will become the physical computers of the coming revolution. As these machines become more and more prevalent, they will also likely increase in quality as well as decrease in cost, allowing people across the globe to digitally share designs which can be created and used locally, without requiring a large skill set to create them. Just as the computer revolution has allowed non-programmers to access the internet and do amazing things with their computers, the physical compiler revolution will allow non-engineers to download and ‘print’ objects such as robots, appliances, shoes, electronics, and more. This revolution will transform physical objects into software that will be sent around the world in an instant.»

Si le sujet vous intéresse, et que vous appréciez la science-fiction, je vous recommande vivement le dernier roman de Cory Doctorow, Makers. L’histoire, qui est par ailleurs fort prenante, met en scène un duo d’inventeurs «de garage» qui en viennent à utiliser des imprimantes 3D pour réinventer le parc d’attraction. Ils proposent aux visiteurs un parcours à travers les salles d’un centre commercial désaffecté décorées d’objets automatiquement imprimés et déplacés en temps réel. Le «manège» est rendu public via un API, et rapidement d’autres manèges, un peu partout dans le monde, sont mis en opération. Tous ces lieux sont reliés en réseau de manière à ce qu’une modification effectuée dans un manège, par exemple lorsqu’un visiteur ajoute un objet, est reproduit dans la salle équivalente de tous les autres manèges. Le résultat devient une sorte de wiki physique, qui en vient peu à peu à tendre vers une représentation symbolique de notre conscience collective (du moins aux yeux de certains personnages). Dans une vaine tentative de concurrencer ce mouvement qui nuit passablement à ses parcs d’attractions vieillissants, Disney distribue gratuitement des imprimantes 3D à qui le veut bien, et utilise son réseau pour imprimer des produits dérivés dans les foyers de gens.

C’est à prévoir. Les imprimantes 3D n’entraîneront pas une libération complète des objets. On doit aussi s’attendre à la naissance des spam 3D et autres «objets indésirables»…