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20 septembre 2010

BookCamp Montréal, des questionnements à l’action

Cet article est paru sur NextMontréal le 20 septembre 2010

«Today’s publishing world is a diverse and multi-faceted content-sharing world. It’s a world where digital and analog and everything in between co-exist, blurring the lines and defying boundaries. It’s a world where the roles of consumers and creators refuse to be rigidly defined. It’s a world where formerly passive readers are demanding to read what, how, when and where they choose. Above all, for anyone who is passionate about the business of publishing and reading, it’s a world where the challenges and opportunities are at once exhilarating and daunting.»
– Tiré du texte de présentation de la conférence O’Reilly Tools of Change for Publishing 2011

Cette citation résume bien la complexité des transformations en cours dans le monde de l’édition. À la fois «exaltants et redoutables», ces changements qui pour les uns annoncent de possibles pertes de revenus et un pénible travail d’apprivoisement de technologies nouvelles, représente pour les autres un formidable terrain de jeu aux mille possibilités, l’occasion d’explorer de nouvelles formes d’expression, de libérer le contenu de son contenant, de bâtir une relation étroite avec ses lecteurs, de trouver un public passionné en ligne, et de redynamiser le rôle des espaces physiques au sein de la communauté locale.

NextMontréal m’a demandé de présenter brièvement par ce billet l’événement BookCamp Montréal, que je co-organise avec Christian LiboironPatrick LozeauHugh McGuire et Vincent Olivier. Ce texte ne représente que ma propre perception et mes propres attentes, même si nous partageons de nombreuses volontés communes, à commencer par celle que cet événement aide le milieu québécois du livre et de l’édition à explorer concrètement toutes les possibilités (technologiques ou autre) à sa disposition.

Pour en arriver là, de nombreuses questions doivent être posées franchement. L’émergence du livre numérique et les enjeux économiques et légaux qui y sont reliés ne manqueront pas d’être abordés. Tout comme les nouvelles formes d’interactivité et de mise en réseau des contenus, qui ouvrent de nouvelles possibilités et contribuent à remettre en question la notion même de «livre».

Mais aussi, toute la chaîne du livre est en mutation, ce qui est lourd de conséquence pour les différents acteurs qui la composent. Réunir tous ces acteurs est l’occasion de se demander ensemble : quelle est désormais la place de l’auteur, de l’éditeur, du libraire et du bibliothécaire ? Ou encore du graphiste, du traducteur, de l’imprimeur, du distributeur, voire du critique littéraire ? Et aussi, comment devraient être impliqués tous ces nouveaux professionnels que sont les programmeurs, concepteurs d’interfaces, producteurs de contenus audiovisuels et animateurs de communautés ? Est-ce une bonne idée de permettre au lecteur lui-même de jouer un rôle grandissant à toutes les étapes, de la création à la diffusion ? Qu’en pensent les auteurs et les lecteurs, principaux concernés ?

Et qu’en est-il des espaces traditionnellement dévoués au livre ? Quels sont les modèles de librairie et de bibliothèque physique qui fonctionnent à l’ère du numérique ? Comment ces espaces peuvent-ils disposer d’une flexibilité suffisante pour pouvoir continuellement s’adapter à des besoins changeants de la part du public ? Comment peut-on en augmenter l’attrait, alors que celui qui désire accéder au document n’a souvent plus à se déplacer physiquement ?

Le contexte en est certainement un où les questions sont plus abondantes que les réponses. BookCamp Montréal sera une occasion pour ceux qui se les posent de se les poser ensemble, et pour ceux qui expérimentent, de dévoiler leurs résultats. Le 26 novembre, j’espère que nous parviendrons à réunir une diversité de gens qui ont en commun la volonté de partager ces questionnements et réflexions, mais surtout d’aller au-delà et de mettre sur pied des projets concrets qui exploreront pleinement les possibilités qui nous sont offertes. J’espère voir des auteurs, bibliothécaires, libraires et éditeurs explorer et apprendre ensemble en travaillant avec des programmeurs, graphistes et autres professionnels sur des projets audacieux de production et de diffusion de contenus québécois de qualité.

BookCamp Montréal se déroulera le 26 novembre dans un lieu toujours à déterminer. Comme toute bonne anticonférence, c’est à vous de proposer le contenu de la journée. Pour vous inscrire, proposer une présentation et pour d’informations, visitez http://bookcampmontreal.org.

14 juillet 2009

L’édition du futur est à nos portes

Cet article est d’abord paru dans la revue Argus, vol. 38, no. 1 (mai 2009). Puisqu’il n’est pas disponible en ligne ailleurs, je le rend disponible ici, augmenté de quelques hyperliens.

Un jour, Jason Epstein a présenté une machine d’une demi tonne et s’est exclamé: « Ceux qui l’auront vue en action saisiront l’essence même de l’édition du futur! »

Cette scène ne s’est pas passée au XVe siècle autour d’une presse de Gutenberg. Il s’agit plutôt d’une démonstration tenue le 10 février dernier à l’occasion de la conférence O’Reilly Tools of Change for Publishing (TOC 2009). Chaque année, cet événement prestigieux attire à New York des centaines d’éditeurs, de bibliothécaires, de libraires et d’entrepreneurs partageant tous le même défi : garder sa pertinence en tant que spécialistes de l’imprimé dans une économie et une culture qui, chaque année, devient de plus en plus numérique.

Et ce n’est pas un hasard si l’hôte de cet événement s’appelle Tim O’Reilly. Connu du public en tant qu’observateur de l’évolution du Web et défenseur du mouvement Open source, il est lui-même éditeur depuis 1973. Sa collection d’ouvrages d’informatique – souvent appelés « animal books » en raison de leurs couvertures illustrées d’estampes d’animaux – constitue une référence pour les informaticiens. O’Reilly Media ne se définit pourtant pas comme une maison d’édition. L’entreprise s’est donné le mandat de contribuer, autant par la publication d’ouvrages que par l’organisation de conférences, à « la diffusion de la connaissance des innovateurs ». Il était donc tout naturel que Jason Epstein, co-fondateur de l’entreprise On Demand Books, y trouve une tribune.

La machine qu’Epstein a présenté aux participants de TOC 2009 était la deuxième mouture d’un appareil qui avait déjà attiré beaucoup l’attention. Il s’agit de l’Espresso Book Machine (EBM), une véritable presse en miniature qui rend possible le développement de services d’impression de livres à la demande. Le premier prototype, en 2007, a été nommé invention de l’année 2007 par le magazine Time.

Non seulement cette machine permet-elle de fabriquer un livre – reliure et découpage compris – mais elle le fait en quelques minutes, à faible coût, avec une grande qualité d’impression et sans intervention humaine. Quelques clics et deux fichiers PDF suffisent à lancer l’opération. On dit que le livre ainsi produit ressemble à s’y méprendre à l’exemplaire original.

L’appareil, qui ressemble à un énorme photocopieur, n’entrerait probablement pas dans votre salon, mais pourrait certainement trouver sa place dans votre bibliothèque, à la condition que votre budget le permette.

À plus de 100 000$ pièce, ces appareils coûtent cher. Le PDG de l’entreprise croit toutefois qu’avec la demande, une production de masse pourra éventuellement en réduire les coûts à ceux d’un grand photocopieur de bureau. Dans une entrevue accordée en 2007 au blogue Future Perfect Publishing, il estime qu’un jour l’impression à la demande deviendra un service courant, disponible autant dans les librairies et les bibliothèques que dans les hôtels, supermarchés, bureaux de postes et même les bateaux de croisière. L’appareil occuperait ainsi la fonction de « guichet automatique de livres », surnom que lui a attribué la magazine Time.

Nous n’en sommes toutefois pas encore là. Jusqu’à présent, une quinzaine seulement d’EBM ont trouvé preneurs, et ce, à l’échelle mondiale. Ces clients sont de grandes bibliothèques et librairies universitaires, ou encore des entreprises voulant offrir des services d’impression à la demande à des individus cherchant un moyen de s’auto-publier à bas prix.

Pendant ce temps, à Montréal…

Fait notable, une de ces quinze machines se trouve à Montréal. En effet, selon On Demand Books, l’Université McGill aurait fait l’acquisition d’un appareil, dont la livraison serait prévue au cours du printemps.

Au moment où nous l’avons contacté, la direction des services technologiques de la bibliothèque de l’Université McGill était en période de planification de sa stratégie. Elle a préféré s’abstenir de commenter la nature des services d’impression à la demande qu’elle prévoit développer.

Pour leur part, les bibliothèques de l’Université de Montréal, de l’UQAM, de l’Université Laval et de l’Université de Sherbrooke nous ont indiqué qu’elles ne planifiaient pas effectuer, à court terme, une telle acquisition ou mettre en place un service d’impression à la demande.

Rappelons qu’à l’occasion du Congrès annuel de l’IFLA qui s’est déroulé à Québec à l’été 2008, l’Université McGill avait annoncé qu’elle entreprenait un vaste programme de numérisation et de mise en ligne des quelques 300 000 titres de sa collection de livres rares. On apprenait à cette occasion que l’université avait conclu une entente avec les entreprises américaines Kirtas Technologies et Ristech afin d’obtenir un numériseur robotique Kirtas APT BookScan 2400RA. Grâce à cet appareil permettant de numériser jusqu’à 2,400 pages à l’heure, l’importante collection de livres rares de McGill pourra se retrouver en ligne en un temps record.

Il suffit d’observer les autres bibliothèques ayant fait l’acquisition de l’EBM pour réaliser l’étendue des possibilités de cette machine en milieu universitaire. La bibliothèque des sciences Shapiro de l’Université du Michigan a été la première bibliothèque universitaire à acquérir l’EBM et à y développer des services. Ayant également été une des premières à s’associer à Google pour la numérisation de ses collections, elle dispose d’un imposant catalogue de deux millions de livres numérisés. En plus de ces ressources, elle peut puiser parmi les nombreux titres disponibles sur le Web en vertu de l’Open Content Alliance afin d’imprimer sur demande des titres pour des besoins d’enseignement et de recherche.

Ainsi, non seulement la machine permet-elle de faire circuler des livres rares et abîmés qui figurent déjà dans la collection de la bibliothèque, elle permet également d’obtenir rapidement et à faible coût, lorsque le droit d’auteur le permet, des ouvrages existant ailleurs dans le monde. Dans une université ayant elle-même entrepris un plan de numérisation et de partage de ses ressources, par exemple. En entrevue pour le journal de son université, le doyen des bibliothèques de l’Université du Michigan, Paul Courant, observe ainsi qu’en tant que bibliothèque, « nous avançons au-delà des limites de l’espace physique. »

À l’Université d’Alberta, c’est plutôt la librairie qui a hérité de l’EBM, et qui a entrepris de développer des ententes avec des éditeurs. Les libraires obtiennent des exemplaires PDF et versent des redevances en fonction du nombre d’impressions effectuées. Fini les délais, les frais de livraison et les copies non vendues! Fini également l’époque où l’on pouvait concevoir un ouvrage en ayant l’assurance que chaque exemplaire en circulation serait identique. Avec le système développé à la librairie de l’Université d’Alberta, les livres sont souvent décomposés, achetés par chapitres selon les objectifs d’un professeur, et parfois enrichis de contenus provenant d’autres sources.

Après la musique et les films, assisterons-nous à l’émergence d’une culture d’ « échantillonnage » ou de « remixage » des livres? La disponibilité d’appareils comme l’EBM stimulera-t-elle le téléchargement illégal d’ouvrages numérisés? On peut également se demander si ces appareils d’impression à la demande trouveront réellement leur public, Alors qu’on s’attend à la popularisation imminente des livres électroniques, ces appareils mobiles qui promettent d’offrir une lecture aussi confortable que le papier.

Chose certaine, l’industrie du livre n’est pas au bout de ses questionnements. Soyons assurés que Tools of Change for Publishing demeurera un événement couru pendant de nombreuses années.

3 novembre 2008

The New Yorker diffuse enfin ses archives en ligne

Le prestigieux magazine The New Yorker rend aujourd’hui disponible sur son site Web l’entièreté de ses archives, qui jusqu’à ce jour n’étaient offertes que sur disque dur externe et DVD.

The New Yorker est un hebdomadaire généraliste qui publie depuis 1925 des reportages étoffés, des essais, des nouvelles et de la poésie, le tout étant agrémenté d’absurdes bandes dessinées à une case qui font sa renommée depuis ses débuts. Le magazine, dont les éditeurs sont reconnus pour êtres très sévères, est sans contestes une des publications les plus prestigieuses des États-Unis. Établi à New York, le magazine contient un calendrier culturel de la ville, mais le reste du contenu s’adresse à un public national, voire international.

Je me suis abonné au New Yorker il y a un an et la publication s’est rapidement hissée au premier rang de mes magazines favoris, tant pour la qualité des textes qui y sont publiés que pour le soin apporté à l’édition du magazine. C’est avec grand enthousiasme que j’ai accueilli la nouvelle de la diffusion intégrale des archives du magazine sur le Web.

Ces archives présentent une reproduction intégrale de chaque numéro du magazine depuis sa fondation. À travers une interface claire, on peut feuilleter chaque numéro à l’écran, et parcourir chronologiquement toute la collection.

Ce mode de navigation n’est pas particulièrement pratique, à moins de savoir exactement ce que l’on cherche. Heureusement, le moteur de recherche central du site Web du magazine permet de repérer pour chaque article une fiche contenant un résumé et une série de mots-clés. Ce travail colossal d’indexation et de condensation a été effectué pour tous les articles publiés depuis 1925. Pas mal! Un lien direct permet de repérer directement dans la nouvelle interface de navigation la version intégrale de l’article que l’on souhaite consulter.

Que demander de mieux? Que le service demeure gratuit. Pour l’instant, la version «béta» offre un accès illimité aux abonnés et un accès restreint à 4 numéros pour les non abonnés. Le magazine planifie toutefois rendre l’accès payant pour tous dès que le système sera jugé suffisamment exempt de bogues.

Pour terminer, ne serait-il pas possible de faire beaucoup plus avec les 83 ans de résumés d’articles que le magazine a pris soin de constituer? Je pense notamment aux possibilités qu’offre la fouille de textes pour cartographier les thématiques abordées par la publication. Le résultat serait sans aucun doute très intéressant…