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Infogramme est le site de Vincent Audette-Chapdelaine.

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12 août 2009

Où êtes-vous sur le Web?

Cet article est paru sur Espace B le 12 août 2009

Quiconque s’est déjà aventuré au-delà de sa page d’accueil sait que le Web est un monde vaste, aux cultures diverses, où on trouve de tout, du plus fascinant jusqu’au plus insignifiant. Afin de nous aider à développer une vue d’ensemble de ce monde complexe en constante transformation, des cartographes nouveaux genres tentent de schématiser cet univers intangible.

Les experts en visualisation de l’information s’amusent déjà à traiter les données brutes, telles que les liens qui unissent les pages Web entre elles, afin d’en dégager des réseaux complexes, comme cette carte structurelle de Wikipédia. Certes, ces données sont structurées et peuvent être utilisées à des fins scientifiques, mais pour la clarté et la lisibilité, ce n’est pas encore gagné.

Toutefois, une carte produite à partir de ces données brutes peut communiquer très efficacement une vision du Web comme objet complexe, un espace de pages liées entre elles par des hyperliens dont la densité varie selon la localisation. Cette vision du Web, pour rebutante et aride qu’elle soit, met de l’avant un aspect essentiel de ce que le Web est: un réseau dont l’importance des nœuds (les sites Web) est liée au nombre de trajets (les liens) qui passent en son centre. Le nombre de liens qui pointent vers un site est en effet un critère de premier plan  – utilisé entre autres dans les algorithmes de pertinence des moteurs de recherche –  pour déterminer son autorité. Pour parler de la nouvelle économie du Web, on parle même souvent de l’économie des liens.

Mais, malgré l’importance des hyperliens, si on souhaite concevoir une représentation utile et facile à consulter des principales destinations et régions du Web, un tel niveau de détail n’est probablement pas approprié, car trop complexe.

D’autres approches, qui permettent de communiquer une vision simplifiée du Web selon ses aspects économiques, sociaux et autres, s’appuient sur des métaphores. Celles de la carte géographique et de la carte de métro sont particulièrement efficaces pour mettre en confiance celui qui la consulte, et lui faire comprendre qu’il s’agit d’un modèle simplifié et non d’une représentation exacte.

online_communities_small

Les amateurs de réseaux sociaux apprécieront certainement cette carte des communautés en ligneconçue par Randall Munroe pour sa bande dessinée xkcd. Les communautés Web y sont représentées selon une superficie proportionnelle à leur population, et sont localisées en fonction de leur emphase sur la vraie vie ou le Web (ouest-est) et entre leurs contenus pratiques ou intellectuels (nord-sud). Le tout n’est pas dénué d’humour (par exemple, «The lonely island» placé non loin de Friendster) ou encore de références à la culture geek (voir QWGHLM, placé à l’extrême nord-est).

Web Trends Map 4

La carte «sérieuse» la plus impressionnante et riche en information que j’ai trouvé est la Web Trend Map 4. Cette carte de la firme japonaise Information Architects, utilise le métaphore du métro en se basant sur celui de Tokyo (vous trouverez ici d’autres utilisation de la métaphore du métro, sans oublier le Métro-Méta bien connu des bibliothécaires!). Chaque site Web y est représenté comme un édicule 3D dont la hauteur est proportionnelle à l’influence et le diamètre à la solidité de la marque ou du site Web associé. Le résultat est, à mon sens, un travail très réussi de design de l’information, même s’il s’agit d’une vision nécessairement incomplète de ce que le Web est véritablement.

Les quelques cartes du Web que nous avons présenté sont davantage des interprétations isolées que des propositions sérieuses pour un système universel de « weblocalisation ». Mais rien ne nous empêche de rêver que, un jour, la cartographie du Web pourra être réalisée de manière standardisée, et que les données pourront être représentées à travers des cartes claires, lisibles, utiles et mises à jour en temps réel!

Toujours est-il que même si ces quelques cartes ne sont pas parfaites et qu’elles ne se mettent pas encore à jour dynamiquement pour suivre les transformations du Web, nous pouvons néanmoins répondre à la question «Où suis-je sur Internet?» de manière beaucoup plus renseignée que nous le permettaient les ressources précédentes.

 

15 novembre 2008

Cartographier la réalité

Si vous avez autant suivi l’élection américaine que moi, vous avez probablement remarqué que les cartes des États-Unis qui nous ont été présentées dans les médias — avec leurs états démocrates en bleu et républicains en rouge — ne représentaient pas très adéquatement la répartition du vote sur le territoire. Au contraire, elles induisent en erreur, donnant l’impression que le pays est divisé entre trois grandes régions: l’ouest et le nord-est démocrates, et le reste des États-Unis républicain.

Les cartogrammes permettent une visualisation beaucoup plus représentative de la réalité que l’on veut cartographier. Le principe est simple: tout en conservant l’apparence générale du territoire, la taille de chaque sous-unité (dans l’image ci-haut, on a utilisé les comtés électoraux), est calibrée en fonction d’un index donné, ici la population de ce territoire.

Ce cartogramme des résultats de l’élection américaine a été produit par Mark Newman, un physicien de l’University of Michigan.