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Infogramme est le site de Vincent Audette-Chapdelaine.

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14 juillet 2009

L’édition du futur est à nos portes

Cet article est d’abord paru dans la revue Argus, vol. 38, no. 1 (mai 2009). Puisqu’il n’est pas disponible en ligne ailleurs, je le rend disponible ici, augmenté de quelques hyperliens.

Un jour, Jason Epstein a présenté une machine d’une demi tonne et s’est exclamé: « Ceux qui l’auront vue en action saisiront l’essence même de l’édition du futur! »

Cette scène ne s’est pas passée au XVe siècle autour d’une presse de Gutenberg. Il s’agit plutôt d’une démonstration tenue le 10 février dernier à l’occasion de la conférence O’Reilly Tools of Change for Publishing (TOC 2009). Chaque année, cet événement prestigieux attire à New York des centaines d’éditeurs, de bibliothécaires, de libraires et d’entrepreneurs partageant tous le même défi : garder sa pertinence en tant que spécialistes de l’imprimé dans une économie et une culture qui, chaque année, devient de plus en plus numérique.

Et ce n’est pas un hasard si l’hôte de cet événement s’appelle Tim O’Reilly. Connu du public en tant qu’observateur de l’évolution du Web et défenseur du mouvement Open source, il est lui-même éditeur depuis 1973. Sa collection d’ouvrages d’informatique – souvent appelés « animal books » en raison de leurs couvertures illustrées d’estampes d’animaux – constitue une référence pour les informaticiens. O’Reilly Media ne se définit pourtant pas comme une maison d’édition. L’entreprise s’est donné le mandat de contribuer, autant par la publication d’ouvrages que par l’organisation de conférences, à « la diffusion de la connaissance des innovateurs ». Il était donc tout naturel que Jason Epstein, co-fondateur de l’entreprise On Demand Books, y trouve une tribune.

La machine qu’Epstein a présenté aux participants de TOC 2009 était la deuxième mouture d’un appareil qui avait déjà attiré beaucoup l’attention. Il s’agit de l’Espresso Book Machine (EBM), une véritable presse en miniature qui rend possible le développement de services d’impression de livres à la demande. Le premier prototype, en 2007, a été nommé invention de l’année 2007 par le magazine Time.

Non seulement cette machine permet-elle de fabriquer un livre – reliure et découpage compris – mais elle le fait en quelques minutes, à faible coût, avec une grande qualité d’impression et sans intervention humaine. Quelques clics et deux fichiers PDF suffisent à lancer l’opération. On dit que le livre ainsi produit ressemble à s’y méprendre à l’exemplaire original.

L’appareil, qui ressemble à un énorme photocopieur, n’entrerait probablement pas dans votre salon, mais pourrait certainement trouver sa place dans votre bibliothèque, à la condition que votre budget le permette.

À plus de 100 000$ pièce, ces appareils coûtent cher. Le PDG de l’entreprise croit toutefois qu’avec la demande, une production de masse pourra éventuellement en réduire les coûts à ceux d’un grand photocopieur de bureau. Dans une entrevue accordée en 2007 au blogue Future Perfect Publishing, il estime qu’un jour l’impression à la demande deviendra un service courant, disponible autant dans les librairies et les bibliothèques que dans les hôtels, supermarchés, bureaux de postes et même les bateaux de croisière. L’appareil occuperait ainsi la fonction de « guichet automatique de livres », surnom que lui a attribué la magazine Time.

Nous n’en sommes toutefois pas encore là. Jusqu’à présent, une quinzaine seulement d’EBM ont trouvé preneurs, et ce, à l’échelle mondiale. Ces clients sont de grandes bibliothèques et librairies universitaires, ou encore des entreprises voulant offrir des services d’impression à la demande à des individus cherchant un moyen de s’auto-publier à bas prix.

Pendant ce temps, à Montréal…

Fait notable, une de ces quinze machines se trouve à Montréal. En effet, selon On Demand Books, l’Université McGill aurait fait l’acquisition d’un appareil, dont la livraison serait prévue au cours du printemps.

Au moment où nous l’avons contacté, la direction des services technologiques de la bibliothèque de l’Université McGill était en période de planification de sa stratégie. Elle a préféré s’abstenir de commenter la nature des services d’impression à la demande qu’elle prévoit développer.

Pour leur part, les bibliothèques de l’Université de Montréal, de l’UQAM, de l’Université Laval et de l’Université de Sherbrooke nous ont indiqué qu’elles ne planifiaient pas effectuer, à court terme, une telle acquisition ou mettre en place un service d’impression à la demande.

Rappelons qu’à l’occasion du Congrès annuel de l’IFLA qui s’est déroulé à Québec à l’été 2008, l’Université McGill avait annoncé qu’elle entreprenait un vaste programme de numérisation et de mise en ligne des quelques 300 000 titres de sa collection de livres rares. On apprenait à cette occasion que l’université avait conclu une entente avec les entreprises américaines Kirtas Technologies et Ristech afin d’obtenir un numériseur robotique Kirtas APT BookScan 2400RA. Grâce à cet appareil permettant de numériser jusqu’à 2,400 pages à l’heure, l’importante collection de livres rares de McGill pourra se retrouver en ligne en un temps record.

Il suffit d’observer les autres bibliothèques ayant fait l’acquisition de l’EBM pour réaliser l’étendue des possibilités de cette machine en milieu universitaire. La bibliothèque des sciences Shapiro de l’Université du Michigan a été la première bibliothèque universitaire à acquérir l’EBM et à y développer des services. Ayant également été une des premières à s’associer à Google pour la numérisation de ses collections, elle dispose d’un imposant catalogue de deux millions de livres numérisés. En plus de ces ressources, elle peut puiser parmi les nombreux titres disponibles sur le Web en vertu de l’Open Content Alliance afin d’imprimer sur demande des titres pour des besoins d’enseignement et de recherche.

Ainsi, non seulement la machine permet-elle de faire circuler des livres rares et abîmés qui figurent déjà dans la collection de la bibliothèque, elle permet également d’obtenir rapidement et à faible coût, lorsque le droit d’auteur le permet, des ouvrages existant ailleurs dans le monde. Dans une université ayant elle-même entrepris un plan de numérisation et de partage de ses ressources, par exemple. En entrevue pour le journal de son université, le doyen des bibliothèques de l’Université du Michigan, Paul Courant, observe ainsi qu’en tant que bibliothèque, « nous avançons au-delà des limites de l’espace physique. »

À l’Université d’Alberta, c’est plutôt la librairie qui a hérité de l’EBM, et qui a entrepris de développer des ententes avec des éditeurs. Les libraires obtiennent des exemplaires PDF et versent des redevances en fonction du nombre d’impressions effectuées. Fini les délais, les frais de livraison et les copies non vendues! Fini également l’époque où l’on pouvait concevoir un ouvrage en ayant l’assurance que chaque exemplaire en circulation serait identique. Avec le système développé à la librairie de l’Université d’Alberta, les livres sont souvent décomposés, achetés par chapitres selon les objectifs d’un professeur, et parfois enrichis de contenus provenant d’autres sources.

Après la musique et les films, assisterons-nous à l’émergence d’une culture d’ « échantillonnage » ou de « remixage » des livres? La disponibilité d’appareils comme l’EBM stimulera-t-elle le téléchargement illégal d’ouvrages numérisés? On peut également se demander si ces appareils d’impression à la demande trouveront réellement leur public, Alors qu’on s’attend à la popularisation imminente des livres électroniques, ces appareils mobiles qui promettent d’offrir une lecture aussi confortable que le papier.

Chose certaine, l’industrie du livre n’est pas au bout de ses questionnements. Soyons assurés que Tools of Change for Publishing demeurera un événement couru pendant de nombreuses années.

16 novembre 2008

Typographes et bibliothécaires, même combat?

The typographer’s one essential task is to interpret and communicate the text. Its tone, its tempo, its logical structure, its physical size, all determine the possibilities of its typographic form. The typographer is to the text as the theatrical director to the script and the musician to the score.

(…)

The first task of the typographer is therefore to read and understand the text; the second task is to analyse and map it. Only then can typographic interpretation begin.

Robert Bringhurst, The Elements of Typographic Style

Par l’analyse de la structure des textes qu’il doit mettre en forme, le typographe parvient à communiquer la structure de ces textes avec un maximum de lisibilité.

Par l’analyse du contenu des textes qu’il doit organiser, le bibliothécaire parvient à bâtir la structure d’une collection avec un maximum de cohérence.

Les typographes et les bibliothécaires partagent le même objectif: réduire les obstacles entre lecteurs et textes; et ils y parviennent de la même manière: par l’analyse de ces textes.