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Infogramme est le site de Vincent Audette-Chapdelaine.

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10 août 2009

Une nouvelle adresse pour le patrimoine mondial numérisé

Cet article est paru sur Espace B le 10 août 2009

Connaissez-vous la Bibliothèque numérique mondiale? Lancée le 21 avril dernier au siège de l’UNESCO à Paris, la BNM est un projet ambitieux de diffusion Web de documents témoignant du patrimoine mondial des 10 000 dernières années.

Les objets numériques accessibles à partir de la Bibliothèque numérique mondiale proviennent des fonds de bibliothèques et centre d’archives partenaires. Mais à la différence de Google Books, la BNM est une initiative non lucrative qui ne vise aucunement l’exhaustivité, mais plutôt la mise en valeur de documents sélectionnés pour leur importance culturelle et historique. On y retrouve notamment la Bible du Diable, des courts-métrages réalisés par les frères Lumière, des peintures rupestres, le Dit du Genji (un roman japonnais du 11e siècle considéré comme un des plus anciens au monde) et bien d’autres trésors qui n’attendent qu’à être découverts.

Ces ressources, présentement au nombre de 1191, sont soigneusement décrites par des spécialistes et accompagnées d’abondantes métadonnées. Le tout est traduit dans les 7 langues officielles des Nations Unies (anglais, français, arabe, chinois, espagnol, portugais et russe). L’initative n’est pas sans rappeler le projet Europeana, qui malgré sa limitation au patrimoine européen, possède pour sa part 4 millions d’objets numériques (qui ne sont, faut-il spécifier, pas tout autant décrits que ceux de la BNM). On ne peut que rêver de voir la collection de la BNM atteindre de telles proportions, en espérant que le traitement détaillé de description documentaire ne sera pas un frein à cette croissance.

Le projet de Bibliothèque numérique mondiale a été initité en 2004 par James H. Billington, le directeur de la Bibliothèque du Congrès, qui en a présenté les grandes lignes à l’UNESCO. Les deux organisations ainsi que plusieurs partenaires pilotent aujourd’hui cette vaste entreprise de diffusion patrimoniale jusqu’ici financée en grande partie par des donations privées, dont Google et Microsoft.

Le site dispose d’une interface de navigation aussi originale que fonctionnelle (du moins pour une petite collection). La navigation principale en page d’accueil permet de visualiser géographiquement les ressources pour une période temporelle donnée. Lorsqu’on accède à une liste de résultats, une navigation à facette permet de filtrer les objets numériques selon le lieu, la période, le type, le thème ou l’institution d’où elle provient.

La BNM étant très jeune, il sera intéressant de la voir se développer. J’espère pour ma part qu’elle ouvrira la porte à une dimension sociale plus élaborée que son bouton AddThis et sa page Facebook, en permettant notamment l’émergence d’une communauté d’utilisateurs avec profils, préférences, recommandations, etc. Aussi, les contenus libres de droits (ils ne le sont pas tous) pourraient être mis de l’avant comme tels, afin d’encourager la diffusion et l’utilisation de ces ressources au-delà du site.

 

21 juin 2009

Des poumons en plastique, des archives en poussière

Arbres en acier
Image générée par ordinateur montrant les arbres synthétiques développés par Klaus Lackner.

Il est toujours bon de se rappeler que les plantes absorbent du dioxyde de carbone, un gaz à effet de serre, et émettent de l’oxygène, un gaz essentiel au cycle de la vie. La déforestation revient donc à détruire une bonne part des «poumons de notre planète», activité particulièrement insensée en cette ère de réchauffement climatique où les humains émettent du dioxide de carbone comme jamais.

Klaus Lackner, un physicien associé à The Earth Institute, a imaginé une machine qui serait en mesure d’extraire de grandes quantités de dioxyde de carbone de l’atmosphère. Ces arbres synthétiques pourraient emmagasiner le gaz dans des minéraux, tels que des roches, qui pourraient ensuites être larguées dans le fond des mines. Vite fait bien fait.

Si on est pour remplacer nos forêts par des pylônes en plastique, il est bon de se rappeller que les arbres ne sont pas que les poumons de notre planète. Comme nous le rappelle BLDBLG il s’agit aussi de ses archives:

Every tree is a living archive, its rings a record of rainfall, temperature, atmosphere, fire, volcanic eruption, and even solar activity. These arboreal archives together reach back in time over centuries, sometimes millennia. We can even map human history through them—and onto them—tracing famines, plagues, and the passing of our own lives.

7 novembre 2008

La gravure: une solution au problème de préservation de l'information numérique?

Trois petits disques de titane, comportant chacun plus de 13 000 pages d’informations linguistiques, viennent de voir le jour. Ces «disques de Rosette», dont la durée de vie est de 2000 à 10 000 ans, documentent plus de 2000 langues. Non seulement est-ce un grand événement pour les linguistes, préoccupés depuis longtemps par la réduction de la diversité linguistique, c’est aussi une grande avancée pour l’archivistique.

La fondation Long Now, que je vous ai introduit dans un précédent billet, est à l’origine de ce projet, nommé «Rosetta Disk». L’idée, initiée en 1999, est de créer une version moderne de la pierre de Rosette, ce stèle égyptien comportant trois traductions du même texte grâce auquel nous sommes parvenus à déchiffrer les hiéroglyphes.

La version moderne est un disque micro-gravé de mille traductions différentes de la Genèse et de milliers de pages d’informations linguistiques supplémentaires. Les pages peuvent être lues à l’aide d’un microscope permettant un agrandissement x750. Contrairement à un disque numérique, les informations sont bel et bien miniaturisées, et non encodées.

Sur la face supérieure du disque est gravée la traduction, dans plusieurs langues, de l’inscription «Languages of the World: This is an archive of over 1,500 human languages assembled in the year 02008 C.E. Magnify 1,000 times to find over 13,000 pages of language documentation.» [source]. Les 13 000 pages sont gravées sur l’autre face.

Le disque est imbriqué dans un boîtier sphérique en verre. Comme l’a bien dit Olivier Wilke, le premier à en acquérir un exemplaire, «This is one of the most fascinating objects on earth. If we found one of these things 2,000 years ago, with all the languages of the time, it would be among our most priceless artifacts.»

3 novembre 2008

The New Yorker diffuse enfin ses archives en ligne

Le prestigieux magazine The New Yorker rend aujourd’hui disponible sur son site Web l’entièreté de ses archives, qui jusqu’à ce jour n’étaient offertes que sur disque dur externe et DVD.

The New Yorker est un hebdomadaire généraliste qui publie depuis 1925 des reportages étoffés, des essais, des nouvelles et de la poésie, le tout étant agrémenté d’absurdes bandes dessinées à une case qui font sa renommée depuis ses débuts. Le magazine, dont les éditeurs sont reconnus pour êtres très sévères, est sans contestes une des publications les plus prestigieuses des États-Unis. Établi à New York, le magazine contient un calendrier culturel de la ville, mais le reste du contenu s’adresse à un public national, voire international.

Je me suis abonné au New Yorker il y a un an et la publication s’est rapidement hissée au premier rang de mes magazines favoris, tant pour la qualité des textes qui y sont publiés que pour le soin apporté à l’édition du magazine. C’est avec grand enthousiasme que j’ai accueilli la nouvelle de la diffusion intégrale des archives du magazine sur le Web.

Ces archives présentent une reproduction intégrale de chaque numéro du magazine depuis sa fondation. À travers une interface claire, on peut feuilleter chaque numéro à l’écran, et parcourir chronologiquement toute la collection.

Ce mode de navigation n’est pas particulièrement pratique, à moins de savoir exactement ce que l’on cherche. Heureusement, le moteur de recherche central du site Web du magazine permet de repérer pour chaque article une fiche contenant un résumé et une série de mots-clés. Ce travail colossal d’indexation et de condensation a été effectué pour tous les articles publiés depuis 1925. Pas mal! Un lien direct permet de repérer directement dans la nouvelle interface de navigation la version intégrale de l’article que l’on souhaite consulter.

Que demander de mieux? Que le service demeure gratuit. Pour l’instant, la version «béta» offre un accès illimité aux abonnés et un accès restreint à 4 numéros pour les non abonnés. Le magazine planifie toutefois rendre l’accès payant pour tous dès que le système sera jugé suffisamment exempt de bogues.

Pour terminer, ne serait-il pas possible de faire beaucoup plus avec les 83 ans de résumés d’articles que le magazine a pris soin de constituer? Je pense notamment aux possibilités qu’offre la fouille de textes pour cartographier les thématiques abordées par la publication. Le résultat serait sans aucun doute très intéressant…