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Infogramme est le site de Vincent Audette-Chapdelaine.

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15 septembre 2009

Les nouveaux troisièmes lieux et le design de l'expérience sociale

En sociologie, il existe la notion de « troisièmes lieux », qui, après la résidence et le lieu de travail, caractérisent notre environnement et jouent un rôle essentiel autant dans nos vies que nos sociétés. Le café du coin, le centre commercial, le devant de l’église, la bibliothèque, le parc où on promène son chien, peuvent être caractérisés de troisièmes lieux.

Pour le sociologue Ray Oldenburg, ces lieux sont essentiels à la démocratie et à la participation citoyenne. Ils permettent aux membres d’une communauté de tisser des liens, d’échanger de l’information et des points de vue et de s’organiser pour éventuellement mener des actions citoyennes.

« Third places, then, are « anchors » of community life and facilitate and foster broader, more creative interaction. All societies already have informal meeting places; what is new in modern times is the intentionality of seeking them out as vital to current societal needs. Oldenburg suggests these hallmarks of a true « third place »: free or inexpensive; food and drink, while not essential, are important; highly accessible: proximate for many (walking distance); involve regulars – those who habitually congregate there; welcoming and comfortable; both new friends and old should be found there. » (Wikipedia)

Le Web serait-il devenu le nouveau troisième lieu dominant de nos sociétés? Il est certainement devenu un espace particulièrement bien adapté et largement utilisé pour y avoir plusieurs types d’interactions sociales. Cela amène tout un lot de questions: comment le Web affecte-t-il l’expression citoyenne? Quelles sont les conséquences pour les couches démographiques les moins représentées et actives en ligne? Comment le Web affecte-t-il les relations interpersonnelles? Quelles implications sont liées au fait que ces lieux qui sont bien citoyens soient complètement détachés de l’espace physique et donc de la proximité véritable de ces citoyens? Comment ces lieux virtuels sont-ils gouvernés: quelle place devrait pouvoir jouer le citoyen qui l’occupe dans les décisions relatives à cette gouvernance?

Je compte bien approfondir ces questions dans des billets à venir, mais d’ici là j’ai quelques lectures à faire! La question suivante, toutefois, pourra être adressée bientôt, puisque je suis ces jours-ci à Toronto pour assister à IDEA 2009, une conférence qui porte spécifiquement sur la question.

C’est une question de taille. Alors que le Web prend une dimension sociale aussi importante, les professionnels qui planifient l’expérience des utilisateurs — professionnels aux titres aussi variés que architectes de l’information, spécialistes en utilisabilité et en design de l’expérience, designers d’interaction, etc. — sont confrontés à une réalité nouvelle et colossale. Avec la dimension sociale croissante du Web, notre défi n’est plus tant de perfectionner les interactions des utilisateurs avec des interfaces, ce qui déjà n’est pas chose facile. Le défi maintenant est bien plus grand, il faut perfectionner les interactions des utilisateurs entre eux.

Si la démocratie en dépend, nous faisons bien d’y réfléchir!

18 juillet 2009

Qu'est-ce que l'architecture? Qu'est-ce que l'information?

Dans son sens le plus répandu, le mot «architecture» est directement associé à la conception d’édifices, ce qui peut être embêtant pour les architectes qui ne sont pas architectes en bâtiment. Les architectes de l’information, par exemple.

Le débat sur la définition de ce qu’est exactement un architecte de l’information n’est pas encore résolue. Bien qu’il existe une multitude de définitions, j’apprécie l’approche originale de la firme MAYA. Dans un billet intitulé What is Information Architecture?, le président Mickey McMannus présente d’abord, à l’aide de petits films extrêmement bien faits, comment la firme comprend le sens de chacun des mots «architecture» et «information», eux-même l’objet de débats sémantiques fréquents.

MAYA propose ensuite sa propre définition:

«When we say Information Architecture (IA) we are really talking about everything you can define about a solution without specifying the underlying system (the raw plumbing) or specifying the particular user interface that will be employed to deliver and manipulate the information. By thinking about the architecture of how information is used, how it flows, and how it fits within the user’s world (its context), you can capture the essence of how to build a system that is not only intuitive but futureproof.

The outcome of a comprehensive IA program is a systematic description of the information content of a given product, service, or environment. This type of detailed understanding and documentation is the first step toward taming the complexity of a design to make even the most intricate solutions functional, transparent, and user-friendly.

In addition to enhancing function for the user, the IA also forces clarity upward into the user interface and downward into the system architecture, thereby simplifying design development and implementation. In other words, the IA creates a common ground between designers and developers by bridging the gap between the user interface and underlying systems or technologies.

A well-defined IA will define the meta-patterns that don’t change over the long run. It can not only help you expand the function of your designs, it can also inform consistent experiences and paths for the evolution of future designs across many variants within a family of products, services, or environments.»

J’apprécie, dans cette définition, l’absence complète de référence au support de l’information, qui dans la plupart des autres approches à la discipline, est vu comme étant nécessairement de type «diffusion Web». MAYA a compris que l’architecture de l’information est un enjeu indépendant de l’évolution des technologies (sites Web, appareils mobiles, etc.):

«We often hear the words “Information Architecture” naively applied to only one aspect of an experience (like “Information Architecture for the Web”) and then disregarded or ignored when an experience bridges interfaces (like when a user has to interact with a mobile application that integrates with related information in physical places). This balkanization of experiences was common when the world was made up of disconnected products and services. However with the proliferation of connected computing into every manufactured thing, space, and experience it represents a significant challenge to the usability, usefulness, scalability, and tractability of our built world.»

Je serais moi-même tenté d’extrapoler et de suggérer que même l’organisation de contenus imprimés — traditionnellement confié aux éditeurs et graphistes — relève en quelque sorte de l’architecture de l’information. En effet, un bon journal, une bonne revue, un bon ouvrage de référence, possèderont tous un système de navigation intuitif, une organisation du contenu centrée sur l’utilisabilité plutôt que sur l’esthétisme, des titres et libellés clairs et représentatifs de leur contenu, etc. Qu’en pensez-vous?