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Infogramme est le site de Vincent Audette-Chapdelaine.

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1 septembre 2005

Le Duct Tape: un outil de rassemblement

Cet article est paru dans Charles en septembre 2005

Il n’y a pas d’individu bricoleur qui, selon mes observations, ne parvient à échapper à la tentation de mettre le Duct Tape sur un piédestal, le percevant comme l’outil par excellence duquel on ne pourrait se pas-ser. Mais avant de poursuivre, annonçons, pour ceux qui ne le sauraient pas, que le Duct Tape est ce fameux ruban adhésif généralement gris qui se déchire avec les doigts et qui pourtant, est suffisamment solide pour soulever une voiture. Mais avons-nous raison d’être impressionnés? Le merveilleux monde du bricolage ne recèle-t-il pas d’innombrables inventions tout aussi impressionnantes, comme la scie électrique avec pointeur laser, ou alors la bulle d’air dans le niveau? Pourtant, le Duct Tape a sans aucun doute porté à un palier supérieur l’imagination des bricoleurs amateurs, pour qui ce ruban, apparemment sans raison d’être précise, permet de palier à leur manque de sentiment d’innovation en leur permettant de lui découvrir une énième application pertinente. Si le Duct Tape n’a pas été expressément conçu pour être aimé, c’est pourtant l’effet qu’il a aujourd’hui, comme sa popularité évidente le confirme.

Le Duct Tape est né durant la Deuxième Guerre mondiale, alors que la société Permacel, une division de Johnson et Johnson Co. invente le produit, destiné à rendre imperméable les boîtes de munitions. Mais les militaires américains virent bien rapidement que la solidité et l’imperméabilité du ruban en faisaient un outil bien plus utile. C’est ainsi que, sur les champs de bataille, le ruban polyvalent et «user-frien-dly» se fraya une niche dans le coffre à outil de tout bon campement militaire: il servait à réparer les jeeps, l’armement, les avions, etc. C’est à se demander si, en attendant les secours, les blessés ne l’utilisaient pas pour panser leurs plaies. Le fameux ruban adhésif est donc né sous les bombes, vêtu de la couleur vert kaki, et on le désignait alors sous le joli nom de Duck Tape, car, rapporte-t-on, les militaires se plaisaient à remarquer que l’eau glissait sur le ruban comme sur le dos d’un canard.

La guerre terminée, les soldats survivants retrouvèrent leur femme et s’ensuivit une intense période de «développement familial» à l’origine de la masse effarante de baby-boomers qui aujourd’hui peuplent nos contrées. Le Duct Tape ne fut pas oublié, on le vendait dorénavant aux particuliers qui se faisaient un plaisir de l’employer à toutes les sauces, surtout dans l’industrie immobilière, où le ruban servant à isoler les conduits de chauffage et d’air climatisé. C’est depuis cette époque que le produit s’identifie par sa couleur caractéristique grise et qu’on le désigne sous le nom de Duct Tape, car «duct» est l’anglais de «conduit». Mais semble-t-il que les réparateurs de conduits de chauffage et autres délaissèrent peu à peu le Duct Tape tel qu’on le connaît, car, eh oui, le Duct Tape a des limites et on lui préfère souvent des rubans métalliques.

Le nom Duck Tape n’est pourtant jamais mort, car il fut enregistré comme marque par la société Duck Products, acquise depuis peu par les géants Henkel. Cependant, le Duct Tape est fabriqué par une multitude de compagnies, dont la compagnie 3M, qui sans être le plus grand vendeur de Duct Tape, peut se consoler d’avoir néanmoins le prestige d’avoir inventé, dans les années 20, le «masking tape». Notez que toutes ces compagnies sont américaines et qu’aux États-Unis, le Duct Tape est glorifié davantage que partout ailleurs. Ce n’est pas très étonnant si on se rappelle qu’en 1970, c’est avec rien d’autre que du carton, des sacs en plastique et du Duct Tape que trois ingénieurs de la NASA sont parvenus à sauver la vie de l’équipage d’Apollo 13. Aujourd’hui, dans plusieurs villes américaines, les directives adres-sées aux foyers dans l’éventualité d’une attaque terroriste sont claires: la meilleure chose à faire est de s’enfermer dans une pièce avec de la nourriture et de l’eau, et, à l’aide de Duct Tape, de sceller portes et fenêtres afin de se prémunir contre les éventuelles attaques chimiques et biologiques.

Il est difficile de connaître l’ampleur de l’exagération qu’on fait en attribuant autant de pouvoirs au Duct Tape, mais il est facile de cons-tater l’ampleur du phénomène d’engouement qui persiste. Les principales compagnies qui vendent le produit offrent aux consommateurs une gamme très complète de couleurs et de variétés, dont du Duct Tape transparent. De plus, dans la ville d’Avon, en Ohio, où se situe l’usine de Duck Products, se déroule depuis deux ans l’Avon Heritage Duck Tape Festival, qui réunit à l’occasion de la fête des pères tous les papas du village dans la poursuite d’un idéal étrange qu’est celui de devenir le «Duct Tape Dad of the Year». Lors de cette célébration, évidemment chapeautée par la divine compagnie, se déroulent parades, expositions, mais également des shows de gros camions et des barbecues.

On ne peut que conclure en mentionnant l’existence de très nombreux artisans et auteurs de livres spécialisés sur le sujet, ce qui contribue à former une véritable communauté qui me semble très forte. Il existe une dizaine de livres, dont plusieurs best-sellers, d’humour à la noix sur le thème du Duct Tape. De plus, il existe plusieurs vendeurs de produits artisanaux 100% conçus à l’aide du divin adhésif: porte-feuilles, chapeaux, sac à dos, cravates, etc. Et que dire des obscurs collégiens qui, chaque année depuis 5 ans, mettent certainement un temps incroyable à concevoir leur robe de bal ou leur tuxedo en Duct Tape, avec motifs et fioritures, le tout dans le but de gagner la bourse de 5000$ offerte par la compagnie Henkel.

Bref, comme tout phénomène, les gens embarquent dans celui du Duct Tape. Et comme tout phénomène, que la participation soit à petite dose ou de façon obsessive, l’effet recherché est le même: obtenir l’approbation d’autrui.

13 octobre 2003

La chronique du permanent #2: Abreuver les masses

Cet article est paru dans Le MotDit en octobre 2003

S’il est une tâche qui monopolise une grande partie de mon temps en tant que permanent de votre Association étudiante, c’est bien celle du remplissage de Catharines, cette collègue aux divers aspects capricieux, qui souffre parfois au niveau du changeur de monnaie, cette voyageuse timide et nostalgique, cette sportive à la carrure magnifique, cette fantasque machine distributrice de boissons gazeuses, affectueusement baptisée Catharines par mon prédecesseur, M. Péloquin, qui avait dû, pour se la procurer, s’embarquer lui-même dans une expédition sans doute inquiétante jusqu’au village de St. Catharines en Ontario, « A city with a bright future and a proud past », selon ses propres banderolles.

Pour ceux qui ne seraient pas au courant, cette machine distributrice de boissons « marginales » à cinquante sous, située face au local de l’AGECEM, a une raison d’être purement politique, son acquisition étant issue d’une envolée de militantisme réfléchi et non de l’idée banale que serait celle d’en tirer des profits, ce qui, par ailleurs, n’a pas vraiment lieu compte tenu du maigre prix de vente. Non, si cette armoire à glace noire est apparue, c’est par pure protestation contre le contrat d’exclusivité (lire monopole) que possède Coca-Cola sur la vente de breuvages au cégep. Effectivement, peut-être l’aurez-vous remarqué, il est impossible entre ces murs d’avoir accès à un breuvage qui n’appartient pas à Coke, à l’exception près de cette chère Catharines qui en tire toute sa raison d’être.

En tant que principal employé de l’AGECEM, c’est surtout à moi que revient la tâche du remplissage quotidien et parfois bi et même tri-quotidien de la machine distributrice. Chaque jour, je dois faire le plein de 200 à 300 canettes et environ à chaque deux semaines, je dois effectuer une commande de plus de 1000$ de canettes auprès des distributeurs (IGA pour la racinette, la bière d’épinette et la boisson au raisins et un dénommé Michel Rémillard pour les autres.) Dans chaque commande, il y a en moyenne deux canettes fendues, et il m’arrive de devoir faire affaire avec un livreur qui exige d’être payé comptant et qui se plaint de ne jamais recevoir de pourboire. Ne vous méprenez pas, ma vie n’est pas pour autant misérable ; je m’en tire bien et accepte volontiers mon sort. Bien sûr, ma conception de la vie en société n’a pu en être que chamboulée, mais que pour le mieux, que pour le mieux.

Quand, dans le cadre de mes responsabilités, je manipule les caisses ou que j’alimente l’armoire à désaltèrements, il est trop fréquent que j’échappe malencontreusement une canette, sachant tout au long de sa chute qu’à son impact l’aluminium cédera suite au choc et que le liquide giclera sous la pression, me laissant sans défense devant le regard tourmenté de mes camarades assistant au massacre. Dans de telles situations, au début de mon humble carrière, je paniquais quelque peu devant le constat d’un aussi tragique revirement de situation, mais maintenant, l’expérience me fournit la paix intérieure et le calme nécessaire à la réparation rapide des incidents. Il m’arrive toutefois encore, en redistribuant les canettes dans les zones verticales correspondantes de la machine, d’en heurter la paroi contre un des morceaux métalliques encombrant que j’ai appris à détester, et qui inévitablement fait fendre le fragile cylindre rafraîchissant. Il ne me reste alors plus qu’à saisir le coupable en furie et à le coincer dans un endroit reclus (en l’occurrence entre le mur et le bac à recyclage) jusqu’à ce qu’il se calme, puis à prévenir les concierges qu’un dégat a malgré moi fait irruption.

Outre ces tragiques moments, le plus inquiétant dans toute cette tâche est de constater à quel point les étudiants en consomment de ces breuvages. C’est souvent en pleine crise de désespoir que je constate, dix minutes seulement après avoir rempli la machine, que les précieuses réserves d’eau potable se sont déjà envolées : le monde cégépien étant ce qu’il est, avec tous ses dangers et obstacles à la santé, c’est mon devoir que de fournir à ces respactables étudiants les breuvages nécessaires à leur hydratation. Enfin, toujours est-il que le roulement des produits étant de la rapidité qu’il est, les pauvres n’ont pas le temps de goûter à leur propre fraîcheur avant d’êtres saisis par des papilles impatientes.

Heureusement, l’alimentation de Catharines, malgré la compléxité de la tâche, sert souvent de prétexte à la naissence de complicités fraternelles entre pairs. Effectivement, lorsqu’un camarade ose m’accompagner dans l’aventure, en tant qu’assistant dévoué ou de fidèle accolyte, nos personallités ne peuvent qu’en ressortir grandies, éternellement enrichies d’un apprentissage précieux.

27 novembre 2001

L'art de gober

Cet article est paru dans Le MotDit, Vol. 27, No. 7, le 27 novembre 2001

On a toujours dit qu’il y avait de tout dans notre monde. J’en ai personnellement eu la preuve après avoir découvert l’existence de la Fédération Française des Gobeurs de Flans (gobage.com), les flans étant, rappelons-le, un dessert plus ou moins gélatineux fait à base de lait, d’œufs et de farine. Ayant comme souci de vous faire connaître l’art inusité mais très respectable du gobage de flans, j’ai essayé (avec succès!), d’obtenir une interview avec Pierre, le président de la FFGF.

Si je comprends bien, vous êtes le président de la Fédération Française des Gobeurs de Flans. En quoi consiste votre mission?

La Fédération Française des Gobeurs de Flans est née en 1998 pour promouvoir par tous les moyens (Internet, médias classiques, manifestations, parrainage d’évènements, …) le gobage de Flanby, c’est à dire, l’ingestion par voie orale de flans à la vanille nappés de caramel suite à une vive aspiration.

La FFGF s’emploie également à réglementer le gobage, en prohibant le goinfrage par exemple, mais surtout en établissant une charte que tout bon gobeur se doit de connaître par cœur!

Quelles sont les plus populaires techniques de gobage de flans, et quelle est votre préférée?

Les plus populaires sont le gobage « normal », le Flanby Cousteau, le Larguage de Flanby et le Mezylalang. Pour ma part je considère le Up&Down comme la quintessence, la technique ultime de gobage de Flanby. Ne peuvent réussir cette technique que les gobeurs à l’apogée de leur art!

Quelles sont les plus grandes difficultés auxquelles le gobeur débutant sera confronté?

Souvent le gobeur débutant appréhende le gobage, il éprouve une grande crainte à l’idée de gober. Cette pression qu’il se met inconsciemment est souvent la cause des premiers échecs, engendrant la déception puis la résignation. Il faut donc que le gobeur débutant considère le Flanby comme un adversaire à sa hauteur: «Pas de complexes, la bataille est rude mais je vais la gagner!» Ensuite, le reste est uniquement une question de technique et d’entraînement!

À combien estimez-vous le nombre d’adeptes du gobage dans le monde?

C’est très difficile à chiffrer, le nombre de personnes ayant connaissance de l’existence du gobage est très important, le nombre de personnes ayant essayé est très important, mais il est difficile de recenser le nombre de pratiquants réguliers!

En France nous considérons que la moitié de la population a entendu parler au moins une fois de gobage… sans pour autant dire qu’ils sont adeptes !

Combien de flans consommez-vous, en moyenne, à chaque semaine?

Un gobeur en phase d’entraînements gobe jusqu’à 50 flans par semaine, un gobeur confirmé désirant garder la main peut se contenter d’une dizaine.

Pour ma part, je gobe en moyenne une vingtaine de flans par semaine, en fonction du nombre d’événements, de démonstrations et de manifestations diverses.

Quelles sont les caractéristiques d’un gobage parfait?

Excellente question! De nombreux « gobeurs » ne pratiquent en fait que du goinfrage! Un gobage parfait (un «perfect») se caractérise par une aspiration franche, une immobilité complète de la tête du gobeur (c’est le Flanby qui monte et non la tête qui descend!) et une absence totale de résidu Flanbyesque en fin de gobage. Une description complète avec figures est donnée sur le site de la FFGF afin que chacun puisse évaluer ses performances de gobeur!

La route est longue pour celui qui désire devenir un master-gobeur!

Vous semblez privilégier les flans de marque Flanby de Nestlé. La FFGF est-elle de quelque manière liée à cette compagnie?

Nous avons en effet été en contact avec Nestlé à une époque. Ils nous fournissaient en Flanby pour nos grands évènements. Cette association a pris fin il y a peu et nous le regrettons. La compagnie semble ne pas accorder à ce phénomène de société qu’est le gobage l’importance qu’il mérite!

Gageons que d’autres entrepreneurs moins timorés sauront reprendre la place laissée vide par Nestlé!

Quelle philosophie votre art véhicule-t-il?

Le gobage de Flanby se situe à mi-chemin entre activité sportive, activité artistique et activité ludique.

Il faut énormément d’entraînement pour devenir un master-gobeur, et chacun peut mettre sa petite touche personnelle. Cependant le gobage est (et doit rester) toujours un réel plaisir…

On gobe pour s’amuser, pour épater, pour apprendre aux autres, pour se dépasser, pour inventer, la liste est longue. Chacun vit le gobage à sa manière, avec sa sensibilité. Le gobage c’est également le respect du Flanby, le respect des autres, la compétition, la convivialité…

Au Québec, existe-t-il une association de gobeurs de flans?

Malheureusement non! Il existe des gobeurs mais aucune structure cohérente! La FFGF est prête à aider les bonnes volontés, que les personnes intéressées nous contactent!!!

Quels sont les projets de la FFGF pour le futur?

L’organisation d’un grand événement réunissant si possible plusieurs nationalités de gobeurs, une sorte de Jeux Flanbympiques ; la multiplication d’apparitions télévisuelles ; l’apprentissage du gobage de Flanby à l’école (non, bien sûr, c’est une blague!) ; la prévention, afin de bannir le mot « goinfrage » du vocabulaire du gobeur! ; la coopération avec d’autres structures afin de promouvoir cette activité dans d’autres pays.

Bon, merci d’avoir répondu à mes quelques questions. Bonne chance, et bon gobage !