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Infogramme est le site de Vincent Audette-Chapdelaine.

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16 novembre 2009

Journalistes et bibliothécaires: même combat?

Notes: 1) J’écris ce billet afin de faire suite à des échanges entamés avec @mariehlabory, @pmlozeau, @JF_Cusson, @Bibliomancienne et @dpapin. Les commentaires de tous, journalistes comme professionnels des milieux documentaires, sont bien sûr les bienvenus. 2) J’utilise parfois le mot «bibliothécaire», comme dans le titre, alors que je désigne en fait tous les professionnels des milieux documentaires.

Le saviez-vous? Dans les 4-5 derniers jours se sont déroulés, simultanément, deux congrès de professionnels de l’information. Dans chacun d’eux, les préoccupations tournaient essentiellement autour du même thème: l’impact du numérique sur la profession.

D’abord, au Palais des congrès, le Premier Congrès des milieux documentaires, auquel j’assistais, réunissait sous le thème «Investir le monde numérique» plus de 850 membres de 7 associations professionnelles. «Enfin, un congrès commun», nous disions-nous, alors que les muséologues s’étaient réunis il y a un mois et qu’au même moment, plus de 500 autres professionnels de l’information se réunissaient à Sherbrooke. Je parle bien sûr du congrès de la Fédération des journalistes professionnels du Québec dont le thème était «Sortie de crise», version plus alarmiste de «Investir le monde numérique». Je vous suggère d’ailleurs de lire les bilans de Dominique (milieux documentaires) et d’Alexandre Cayla (FPJQ).

Je ne fais pas nécessairement la promotion d’un éventuel congrès qui regrouperait 1500 personnes de 10 associations différentes, quoique cela serait sans doute fort intéressant. Je crois tout de même en l’importance de créer des espaces de discussion entre tous les professionnels de l’information et peut-être ainsi réduire le fossé qui semble exister entre disciplines. Nous partageons des préoccupations communes, et notre diversité de points de vue et de compétences peut certainement enrichir nos réflexions respectives. En fait, même notre mission est commune. Ce qui nous rejoint tous, au-delà de notre adaptation au numérique, c’est notre mission de servir l’intérêt public en diffusant et mettant en valeur du contenu informationnel, non?

Or journalistes et bibliothécaires se parlent peu et ne se perçoivent pas naturellement comme des collègues. Pourtant, avec le numérique qui embrouille considérablement les cartes, même la distinction nette entre ces professions mérite d’être réévaluée. Les journalistes ont déjà commencé à sélectionner et proposer des ressources qu’ils jugent de qualité. On appelle ça du journalisme de lien et certains prétendent que les sites Web de presse devraient en faire davantage. D’autre part, les bibliothécaires ont déjà commencé à produire du contenu informationnel original. On le fait au Réseau des bibliothèque publiques de Montréal avec les Actualités, et la bibliothèque de Lyon le fait avec son site Points d’Actu. Je vous invite d’ailleurs à lire Pirathécaire, qui s’intéresse aussi à ces questions, et qui mentionnait récemment le rôle que pourraient aussi jouer les bibliothécaires pour informer le public.

Sur une note plus personnelle, après des années de journalisme étudiant et quelques contrats à la pige, la distinction n’a pas toujours été claire pour moi. J’ai longtemps été tiraillé entre les deux professions. En fait, ne pouvant choisir, je me suis inscrit dans les deux formations, que j’ai suivi en parallèle jusqu’à ce que la maîtrise n’ait raison du certificat. Une journée n’a que 24h, malheureusement !

Je propose, comme ça, deux idées concrètes, et j’ai hâte de lire les vôtres:

  • Nous pourrions mettre sur pied un blogue collectif alimenté par des professionnels qui se considèrent professionnels de l’information, à commencer par des journalistes et bibliothécaires. Peut-être un projet conjoint avec ProjetJ.ca? L’Observatoire de l’information?
  • Nous pourrions organiser une journée de conférences réunissant la même communauté élargie. Une occasion de faire connaissance et de réfléchir sur les défis communs à relever. Le Forum des milieux de l’information?

D’après vous, cela vaut-il l’effort?

Des volontaires?

14 juillet 2009

Le passé et le futur de la presse: dans les coulisses du New York Times

Le passé?

La photo est d’Alex Wright, architecte de l’information au New York Times. Vous trouverez sur son blogue (billets: «A Trip to the Morgue» et «The Print Shop») d’autres photos éloquantes montrant les vestiges d’une industrie en déclin. Comme il le fait remarquer, «When you spend most of your days pondering a computer screen in a glass tower on 8th Avenue, it’s easy to forget that at the end of the day, you still work for a manufacturing company.»

Le futur?

Nick Bilton, collègue d’Alex Wright au département de recherche et innovation, présente dans ce vidéo du Nieman Journalism Lab comment le contenu du journal pourrait bien être diffusé sur la panoplie de supports numériques. Lisez également cet intéressant article du Monde, «Presse-fiction à New York», qui parle également de la recherche en cours dans ce département du New York Times.

20 novembre 2008

La presse en crise après 30 ans de questionnements

La remise en question du modèle économique de la presse écrite ne date pas d’hier. On s’inquiétait déjà de l’avenir des journaux dans les années 1970, alors qu’en Angleterre était introduit le télétexte, une technologie permettant la transmission électronique de textes par les télédiffuseurs. En 1978, dans un article de la revue The Futurist, Kenneth Edwards écrivait ceci:

If we think of a newspaper as being a printed object delivered to our homes, we may be talking about replacing newspaper with an electronic signal. But if we think (as I do) of newspapers as organizations which disseminate news and information by the most efficient methods available — then we are thinking in terms of applying a new technology to an existing institution. (Source)

Cette réflexion aurait pu être écrite ces mois-ci, alors qu’un peu partout sur la planète, on prédit la chute de l’industrie de la presse imprimée et on observe l’émergence de nouvelles pratiques journalistiques.

Depuis plusieurs années, la presse traditionnelle se trouve prise au dépourvu: imprimer coûte de plus en plus cher et rapporte de moins en moins. Les lecteurs et les annonceurs se tournent vers les quotidiens gratuits et vers le Web, où la concurrence, il ne va pas sans dire, est beaucoup plus féroce qu’au kiosque à journaux. La solution que de nombreux suggèrent — cesser d’imprimer et tout miser sur le Web — semble évidente pour plusieurs, mais certainement pas pour les principaux intéressés, qui impriment depuis 400 ans.

Le 28 octobre dernier, le Christian Science Monitor, un quotidien centenaire très respecté et lu partout dans le monde, ose pourtant le grand saut: sacrifier sa version papier pour se consacrer au Web. Selon l’annonce du CSM, seule l’édition hebdomadaire du journal continuera à être imprimée, alors que pendant la semaine, toutes les ressources seront consacrées à la publication en ligne. Pour John Yemma, l’éditeur du journal, ce n’est qu’une question de temps avant que les autres journaux ne le suivent dans cette voie.

Mais faire un virage vers le Web n’est probablement qu’une partie de la solution. En juillet dernier, les journalistes Edward Roussel et Jaff Jarvis discutaient sur le blogue de ce dernier, BuzzMachine, d’une idée qui mérite d’être prise au sérieux: les journaux devraient peut-être se limiter à faire ce qui fait leur spécialité: le journalisme, et laisser à d’autres, spécialisés dans ces domaines, le soin de publier, diffuser et vendre leur contenu sur le Web. Roussel et Jarvis invitent les entreprises technologiques (Google en tête, bien sûr) à offrir aux journaux un système robuste et gratuit afin d’accueillir leur offre de contenu.

Un corollaire de cette idée est que le journal ne doit plus être considéré comme une publication finie, avec un début et une fin. Pour survivre sur le Web, le journal doit être décomposé en ses constituantes: articles, chroniques, éditoriaux, illustrations, etc. Ces éléments doivent être complètement libérés de leur contexte et accessibles aux agrégateurs d’information, que des millions d’internautes utilisent déjà pour consulter sur une même page tous leurs fils de syndication préférés.

Dans un tel environnement, on ne se préoccupera sans doute plus de la concurrence des journaux, mais bien de la concurrence des journalistes. Et pourtant, la signature du journal demeurera plus importante que jamais, car c’est elle qui garantira au lecteur qu’il consulte un travail qui répond à des normes journalistiques — sans ce sceau de qualité, comment se distinguer de la mêlée?

Ce que Kenneth Edwards n’avait peut-être pas prédit, c’est que non seulement l’existence d’une méthode efficace et peu coûteuse pour diffuser l’information allait représenter une opportunité pour les journaux, cela allait aussi remettre en question la notion même de journal.