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Infogramme est le site de Vincent Audette-Chapdelaine.

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25 septembre 2011

Projet 999: Le wagon surprenant

Et si nous faisions d’un wagon de métro un lieu tout à fait inusité: à la fois café multiculturel, université populaire, atelier d’artiste, centre de loisirs, centre communautaire? Créons un wagon surprenant, continuellement en déplacement dans les entrailles de la ville, proposant chaque jour de nouvelles expériences à ceux qui auront la chance de le voir arriver à leur quai.

Récitals de poésie, projections de court-métrages indépendants, lancements de livres, performances d’artistes, spectacles de musiques, cours de danse, conférences, discussions ouvertes sur les enjeux de notre ville — tout serait possible dans ce wagon hors norme.

Car le métro peut être davantage qu’un efficace outil de déplacement corporel (ou d’affichage publicitaire). Où sont les animateurs culturels, les poètes en résidence, les conférenciers invités? Où est le wagon-cinémathèque? Le wagon-jeux? Le wagon-club social? Le wagon comme espace de diffusion culturelle et comme espace de participation citoyenne? Où est la société dans notre société de transport, le collectif dans notre mouvement collectif?

Les passagers d’un wagon de métro sont une audience en attente d’un spectacle, des artistes en attente d’une tribune. Des humains en attente d’un rapprochement. Le métro peut offrir davantage qu’un déplacement à travers la ville physique. Nous pouvons en faire un déplacement à travers la ville culturelle, la ville des idées, la villes des projets, la ville des humains.

12 septembre 2011

Projet 1000: L'antirépublique du Québec

Samedi dernier, nous étions Chez Nannie et Papa, un ami et moi, à discuter politique. Stanstead possède quelques attraits intéressants, mais on ne peut pas vraiment inclure dans le lot Chez Nannie, un casse-croute à l’esthétique fleurie, comme il en existe dans tous les villages du Québec. J’ai fait ma 5e année primaire à Stanstead. À l’époque, Chez Nannie s’appelait Chez Serge, et mon prof en était le propriétaire. Il s’appelait Raymond.

Alors que nous abordions le sujet de la turbulence au sein du mouvement souverainiste — déconfiture du Bloc québécois, démissions au Parti québécois, divergences importantes sur les méthodes les plus susceptibles de nous mener à l’indépendance — j’eus l’idée suivante, née comme une blague, mais qui je crois, mérite d’être explorée avec sérieux: créons pour le Québec un pays dès maintenant. Un pays situé partiellement dans le monde imaginaire, mais néanmoins bien réel.

Prouver par l’exemple

Il me semble que les tentatives passées et les différentes solutions actuellement proposées pour mener le Québec vers l’indépendance ont en commun de faire le pari qu’il est possible de convaincre en peu de temps une grande quantité d’indécis lors de moments phares – une élection, un référendum – en organisant débats, conférences, manifestations et surtout, d’énormes campagnes de communication.

Or une société est un système dynamique d’une complexité inouïe, et faire évoluer un tel système vers un nouvel état dans un temps aussi restreint demande des moyens considérables et ne représente certainement pas une évolution naturelle. Avec une approche basée sur la persuasion, il est difficile d’imaginer un succès autrement qu’avec des conditions improbables: la combinaison d’un élément déclencheur (un scandale au fédéral), d’une force de persuasion exceptionnelle (un leader charismatique à la vision claire et un gigantesque budget de marketing), et d’une contre-force particulièrement faible (un gouvernement fédéral non menaçant et un mouvement fédéraliste désorganisé). Actuellement, on dirait que nous avons exactement les conditions inverses.

Mais il y a aussi que pour convaincre, les discours sont beaucoup moins efficaces que la preuve par l’exemple. Les vendeurs de couteaux et les producteurs de logiciels l’ont bien compris: rien ne vaut la démonstration renversante d’un découpage sans effort de canettes, ou un accès gratuit mais limité à un produit exceptionnel, pour prouver que notre pitch est fondé. Une démonstration concrète est plus convaincante que la rhétorique. C’est vrai en affaires, en amour, et pourquoi pas, en politique.

Trouver des solutions par essai et erreur

Dans la même suite d’idées, avoir le luxe de pouvoir confronter une solution temporaire à la réalité, puis de pouvoir améliorer cette solution en fonction des résultats engendrées par la première version, est un processus très efficace pour développer en arriver à des solutions élégantes et hautement fonctionnelles. Notre pouvoir prédictif a des limites et il n’y a pas de raison qu’un tel processus itératif n’engendre pas de bons résultats en politique. Voici une conférence TED de Tim Harford, Trial, error and the God complex, qui explore justement cette idée.

Et si nous donnions à notre démocratie un «bac de sable»?

Simplifier la participation citoyenne

La rareté de leaders inspirants aux idées claires, l’électoralisme à tout prix, les débats idéologiques qui tournent en rond, la lourdeur des procédures, le carriérisme manifeste de nombreux militants, la lenteur et le faible taux de succès du processus menant à d’éventuels résultats, sont autant de causes à un climat politique peu invitant. Comment offrir un contexte où les citoyens intéressés par la politique et les affaires publiques retrouveront le goût d’y participer?

La participation citoyenne peut se faire de multiples façons, loin de la politique, au sein d’organismes et d’entreprises sociales, par exemple. Certains avancent qu’une démocratie plus participative, ou repensée à la lumière des technologies de notre époque, pourrait aider à regagner l’intérêt des citoyens. Or le fonctionnement de notre démocratie a un force d’inertie inouïe. Pensons seulement à la difficulté de réformer le mode de scrutin. Militer pour l’amélioration de notre démocratie demande un engagement énorme et admirable.

Tout comme pour la question de la souveraineté, il est difficile de faire avancer des idées telles que la réforme du mode de scrutin autrement que par des campagnes de communication impliquant conférences, pétitions, lettres ouvertes, et l’espoir de créer un débat public suffisamment fort et durable pour influencer les décideurs. Ces opérations, encore une fois, sont concrètement menées dans un temps restreint, telle qu’une période pré-électorale, en compétition avec les autres promoteurs de messages qui luttent pour l’attention médiatique. Le taux de réussite est faible.

Est-il possible d’imaginer une participation citoyenne plus simple, plus souple, moins soumise aux tensions internes et aux lourdes procédures des partis, moins centrée sur des objectifs électoralistes et où les retombées médiatiques sont moins cruciales?

L’antirépublique du Québec

Que se passerait-il si le Québec venait d’accéder à l’indépendance? Supposons que cette question soit réglée, définitivement derrière nous. À votre plus grand bonheur, malheur ou indifférence, le Québec est maintenant un pays. Mettons.

Et si nous prenions ce scénario fictif au sérieux et faisions exister une «antirépublique» du Québec parallèlement à la province officielle? (Ici, «anti» est utilisé comme dans «antiparticule», pas comme dans «antivirus»). Bien sûr, l’antirépublique serait une structure fictive, sans aucune aspiration à une légitimité politique réelle. Légalement, elle pourrait par exemple être constituée au sein d’une coopérative ou d’un organisme à but non-lucratif, mais n’entrons pas tout de suite dans de tels détails.

Tous les Québécois pourraient y participer, y former des antipartis, élire un antiparlement, former un antigouvernement. Décider des directions à donner au Québec dans un contexte où nous serions indépendants du Canada, où le débat sur la souveraineté serait définitivement clos. Quelle constitution souhaiterons-nous pour cette antirépublique du Québec? Quelles lois, quelles politiques, quelles priorités, quels dirigeants? Comment innoverons-nous, sur les plans de la participation citoyenne, de l’éducation et de la santé, libérés des contraintes d’un débat ancré entièrement dans la réalité de l’arène politique?

Sur de nombreux enjeux, un tel terrain de jeu permettrait d’aller au-delà de la parole et de la rhétorique, en offrant un contexte où les décisions collectives peuvent être confrontées à une certaine réalité, et ce, sans conséquences. On souhaite un mode de scrutin proportionnel? Nous pourrions le tester lorsque tous les Québécois seront conviés à l’élection de leur antigouvernement. Ainsi de suite pour toute autre décision, les seules limites étant celles posées par le caractère fictif de cette politique parallèle.

Antipolitique mais vrai pouvoir

Malgré l’absence de pouvoir officiel qu’aurait l’antigouvernement du Québec, le projet aurait le potentiel de demeurer constructif et pertinent puisqu’il reposerait en tout temps sur l’état actuel d’un Québec bien réel: ses données démographiques et économiques, son territoire, sa population. Les États-Unis sont en récession? La Somalie est aux prises avec une grave famine? Il y a des inondations à Saint-Jean-sur-Richelieu? On s’attendrait à ce que l’antiprésident soit présent sur la place publique, convoque les médias et annonce des «mesures» . L’antirépublique n’est pas une utopie, mais une structure non-officielle mais sérieuse qui repose sur des personnes, des faits et des données réelles.

Il y aurait certainement d’intenses débats politiques et des divergences idéologiques au sein de l’antirépublique. Si l’initiative est un succès, elle suscitera l’intérêt d’un nombre significatif de Québécois, et on y constatera la même diversité politique, linguistique et culturelle que dans la «vraie vie». Par conséquent, advenant un tel succès du projet, il ne serait pas invraisemblable d’imaginer que l’antiprésident et les autres antiélus aient une vraie légitimité populaire et par conséquent un pouvoir d’influence politique bien réel. Le Québec ne peut pas signer d’accords internationaux? L’antirépublique du Québec pourra, du moins symboliquement. On peut espérer que les mesures annoncées par l’antigouvernement ne passeront pas inaperçu, et que l’on surveillera de près leur implantation au sein de l’antirépublique, l’antipays de tous les Québécois.

10 septembre 2011

Mille idées de projets

J’entreprends sur ce blogue une nouvelle série de billets, «Mille idées de projets», afin de me forcer à approfondir et partager les idées que j’ai parfois, et qui plus souvent qu’autrement, finissent par être oubliées ou écartées faute de temps pour les concrétiser.

Qu’il s’agisse d’idées sérieuses ou complètement absurdes, originales ou dans l’air du temps, réalistes ou démesurément ambitieuses, je crois que cela peut être un exercice intéressant, ne serait-ce que pour moi-même, de les mettre par écrit. Dans le meilleur des cas, cela ouvrira la porte à d’intéressantes discussions et qui sait, certaines de ces idées de projets se réaliseront peut-être vraiment, par moi ou par d’autres.

Comme Nicolas Langelier et ses Dix mille choses qui sont vraies, je vais adopter une numérotation inversée, histoire de créer une apparence de finalité à la démarche. Qui sait, peut-être que dans vingt ans, je rédigerai enfin l’idée numéro un. J’aimerais pour ce faire écrire de manière régulière et publier un nouveau billet chaque semaine, mais je ne crois pas être capable d’avoir une telle discipline, alors allons-y une idée à la fois. Rendez-vous lundi pour l’idée numéro 1000.

5 septembre 2011

The Library as a World Wide Web of Spaces

Ideas for the New City

Cet article est d’abord paru dans la revue Argus, vol. 40, no. 1 (août 2011).

For their studio project at the California College of Arts last year, architecture students Duncan Young and Bret Walters created a new model for libraries in the information age. Released from the burden of storing actual physical books, large libraries could become smaller information spaces distributed throughout the urban space.

I asked them a few questions about their Atomized Library concept. The interview covers questions such as the value of smallness, the « world wide web of spaces », the ever-changing role of librarians, and Montréal!

I love the idea of very small libraries distributed throughout the urban space. However, in the library world, we still often see very large central libraries amongst a network of medium-size libraries, all of them clearly larger than the atomized library model that you present. Why do you think the idea of very small distributed libraries would be better suited to the information age?

The idea of “atomization” is a recent development that we see all around us. It is the product of an evolution of technology that has enabled a freedom of information that is unprecedented, and hardly tapped in terms of its potential. The role of the library in this context needs to be reconsidered in a way that embraces the new way in which we work, study, and play. As a central institution, the traditional library lacks flexibility and the ability to adapt to a quickly changing landscape of technology and user needs. The atomized library becomes a plural entity; in a sense, the city and the library become indiscernible, the city becomes the library.

I understand this would be a global network of libraries, in contrast with usual regional or municipal networks. What new possibilities do you think a global network of compatible libraries could offer? Could we imagine a « world wide web of spaces »?

The Internet is a perfect example of the power we can yield as a society when given the ability to connect across borders, cultures, and classes. If the library becomes a global network of connected spaces, the possibilities are endless. Our project seeks to capitalize on all the potentials inherent in billions of people sharing knowledge through a common system that encourages learning regardless of their location in the world.

Your posters present the notion of algorithmic deployment ”à la Google”. Does it mean that the geographic position as well as the specific services of each space would evolve dynamically to follow changing needs in the local population? Do you think it is possible to develop architectural projects that offer this kind of flexibility?

Our proposal utilizes the power of the algorithm to develop deployment strategies in a constantly evolving dialogue of data. The algorithm would use information such as population size, literacy, economic demographics, etc. to determine the geographic location and specific services of the atomized spaces. The idea is similar to the one used in search engines such as Google; the user determines the outcome. The network becomes user defined, shaped by the constantly evolving population. The architecture of this concept is proposed as one of flexibility with an ease of construction that allows it to manifest within days.

What would be the role of librarians in this network?

There are several layers to this question. In essence we see the role of the librarian expanding and becoming more dynamic. Not only would librarians continue within the more traditional library system (which we do not suggest to eliminate), but there would be new opportunities to specialize in site-specific roles. With digital media, downloading a book or journal is quite automated and would generally not require the physical interactions or one to one communications. However, people being people, there will always be a need for personalized help and direction, especially in research areas. Digitization of the world’s literary resources would vastly expand available resources, and as those resources become available, we see specific expertise needs expanding. That may mean exchanges happen over chat screens or screen sharing, but the knowledge is still being shared on a personal basis.

One of our ideas which has caused some consternation is our ‘librarian’ unit which is the most densely placed installation of our matrix. Some have interpreted this as a computer replacement for a human librarian. On the contrary, it is simply an information center linked to all the ‘spaces’ of the Atomized Library, a type of local mapping system of available sites, activities, and seminars tying together the main libraries, as well as the new Atomized spaces.

Do you think this concept could be applied in today’s world, where most readers still use printed books? Do you see projects like this one happening in the near future?

Yes, we definitely see this being applied in current times. A book being available digitally is a fairly new concept, but a rapidly expanding technology. One only has to look at the new devices such as the iPad or the Kindle sales to see this. Initially, some people might use these devices to only read journals, magazines, newspapers, and current releases, opting for traditional books for either favourite readings, or for larger format book types. However as resources dwindle, we think society will find just how luxurious a printed piece of paper is. Eventually it is inevitable that production quantities will be lowered, and the pricing of printed materials will raise. Not only will this drive people to use the digital editions, but also in the instances where they crave the tactile and physical essence inherent in a book, they will continue to visit the main library branches.

I noticed the use of Montréal on the first poster as an example for algorithmic deployment. Any story to share about the choice of Montréal?

Duncan and I initially investigated three major cities: Sao Paulo, Montréal, and Randstad to see how differing types of urban life would affect our ideas. We used Montréal as a study city for many various factors. Montréal has huge diversity and an acceptance for new ideas while still maintaining h4 personal identities within the population. Being one of the older port cities in the Americas, it has unique influences and traditions. We were drawn to the juxtapositions of new and old: decay, tradition, and new vitality all of which are inherent to this city. Each piece of the Atomized Library is an Architecture of opportunity and Montréal has incredibly diverse opportunities to exploit: parks, railways, overpasses, abandoned warehouses, water frontage, and alleys.

22 mai 2011

Voilà un festival que Montréal n'a pas (encore)

Ideas for the New City

Du 4 au 8 mai, je me suis rendu à New York pour assister au Festival of Ideas for the New City, une occasion de réfléchir, d’échanger et de redécouvrir la ville, l’espace public, les citoyens qui y vivent et les projets qu’ils portent.

La ville au cœur du festival, c’est bien sûr celle de New York, mais ce sont également toutes celles du monde, des méga-villes entièrement conçues et bâties par des entreprises qui se disputent ce nouveau marché, aux villages en déclin comme Braddock, dont la survie ne repose essentiellement que sur la détermination d’un seul homme.

Le festival débutait par deux jours de conférences et de discussions portant sur les thèmes de la «ville hétérogène», «ville reconfigurée», «ville réseautée», et «ville durable». Bien que ces présentations furent généralement riches en nouvelles perspectives fort bien communiquées — à ce sujet, la conférence de Jaron Lanier se distinguait nettement — le format était résolument «top-down», laissant peu de place à de veritables conversations.

Qu’à cela ne tienne, les vedettes du festival n’étaient de toutes manières pas les orateurs et les penseurs, mais bien les «faiseurs», ceux que l’on pouvait rencontrer non pas dans l’amphithéâtre de la sélective institution universitaire du Cooper Union, mais bien dans la rue, comme il se doit. C’est le samedi que débutaient les axes «StreetFest» et «Projects», une occasion de découvrir le dynamisme de New York et de ses occupants à travers une centaine d’événements spéciaux et de projets locaux, présentés le long de Bowery et des alentours.

Il est difficile de tenir la comparaison face à une ville cinq fois plus populeuse et deux fois plus dense, mais à la vue d’autant de citoyens impliqués dans le développement social et culturel de leur ville, impossible de ne pas faire le parallèle avec les communautés que je connais et fréquente à Montréal. «Montréal aussi est exceptionnellement riche en projets citoyens», ai-je mentionné à un co-festivalier qui ne semblait connaître de Montréal que le Marché Jean-Talon. Bien sûr, «it’s a great market», mais si Montréal est une ville aussi merveilleuse (et que ses marchés sont aussi vibrants!), c’est pour beaucoup dû à ses milliers d’organisations et de citoyens, artistes, entrepreneurs, créateurs, qui portent d’innombrables projets culturels et sociaux et sont actifs dans la transformation de leur ville et de l’espace public. Montréal est une ville créative, autant au niveau de ses industries culturelles que de sa créativité citoyenne.

Faut croire qu’il ne reste plus qu’à organiser, chez nous également, un festival qui mettra toute cette effervescence à l’honneur!

17 janvier 2011

D'autres lieux

Encadré adjacent au premier «Maux du rédac'» de Philip "Bonzaï" O’Saughnessy, août 2003

J’écris ce billet en réponse à la question «Pourquoi ils/elles utilisent Facebook en 2011?» posée par Marie. Mais je ne vais pas y répondre directement, d’autres le feront plus sérieusement. Voici du moins quelques mots qui me viennent ce matin, et qui je crois y répondent quand même, d’une certaine manière. Mais en fait cette question sur Facebook n’est qu’un prétexte, ce billet n’a rien à voir avec Facebook.

Lorsque j’étudiais au cégep, je m’impliquais dans le journal étudiant. Chaque deux semaines, nous devions publier un journal d’environ 24 pages: c’était du boulot, mais un travail agréable, qui se faisait de manière collaborative, souvent avec de la bière que nous cachions lorsque les gardes de sécurité faisaient leur tournée. C’était de biens belles années. Le bon vieux temps.

Comme tous les organismes étudiants, nous avions à notre disposition un local bien à nous. Ça y était pour beaucoup dans la magie de l’implication au sein du journal, et dans la force du groupe que nous formions. Notre local était grand et plein de possibilités, central, adjacent à la cafétéria, un lieu unique dans un environnement aussi austère qu’un cégep. Entre les cours, nous allions toujours là. Pas parce que nous cherchions un divan confortable ou avions besoin d’utiliser un ordinateur, mais bien parce que nous savions que dans ce local, il y avait des amis. Certains plus que d’autres, parfois de simples connaissances avec qui il était néanmoins plaisant de discuter, des fois des nouvelles recrues. De nombreuses amitiés se sont créées là, des amitiés solides, qui subsistent pour la plupart encore à ce jour. Dans ce local, il y avait toujours des gens différents, mais des gens sympathiques.

À l’époque, les gens qui mangeaient dans la cafétéria et nous observaient par la fenêtre du local ne le réalisaient probablement pas, mais nous étions privilégiés. Le journal étudiant, en plus de développer nos compétences sans doute mieux que nos cours, nous fournissait un lieu de vie, que nous pouvions librement façonner selon nos personnalités et l’inspiration du moment (la preuve réside en les nombreuses affiches et objets hétéroclites qui décoraient les lieux). Nous produisions un journal toutes les deux semaines, mais cela ne devait correspondre qu’à environ 5% de tout le temps nous y passions. En réalité, le journal se produisait la nuit, la veille de l’envoi à l’imprimeur. Le reste du temps, nous discutions, jouions au aki, et planifions des projets complètement absurdes.

Avoir un espace où on est certain de voir des amis, peu importe le jour et l’heure, est quelque-chose de précieux. Pour certaines personnes, le bar du coin peut jouer ce rôle. Pour d’autres, c’est le bureau. Mais force est de constater que pour beaucoup de gens (500 millions?), ce lieu existe, et il s’agit de Facebook. On en convient, c’est vraiment pas pareil. Mais au-delà de tout ce qu’on peut penser sur l’utilisation de nos données personnelles, avoir un tel lieu, c’est quand même bien.

Hier, j’ai appris le décès d’un ami de l’époque du journal étudiant, Bonzaï. Il était mon successeur comme rédac’. Nous dessinions ensemble des pages d’humour pour le journal, écrivions des scénarios de films absurdes que nous n’avons jamais filmé. L’objectif de tout ça n’était pas de refaire le monde, d’avoir un impact social, ou même de produire un journal de qualité suprême. Il s’agissait simplement de profiter de la vie, quelque-chose qu’on a tendance à oublier lorsque, en vieillissant, on accumule les responsabilités. Bonzaï ne l’avait pas oublié. Nous ne l’oublierons pas.

20 septembre 2010

BookCamp Montréal, des questionnements à l’action

Cet article est paru sur NextMontréal le 20 septembre 2010

«Today’s publishing world is a diverse and multi-faceted content-sharing world. It’s a world where digital and analog and everything in between co-exist, blurring the lines and defying boundaries. It’s a world where the roles of consumers and creators refuse to be rigidly defined. It’s a world where formerly passive readers are demanding to read what, how, when and where they choose. Above all, for anyone who is passionate about the business of publishing and reading, it’s a world where the challenges and opportunities are at once exhilarating and daunting.»
– Tiré du texte de présentation de la conférence O’Reilly Tools of Change for Publishing 2011

Cette citation résume bien la complexité des transformations en cours dans le monde de l’édition. À la fois «exaltants et redoutables», ces changements qui pour les uns annoncent de possibles pertes de revenus et un pénible travail d’apprivoisement de technologies nouvelles, représente pour les autres un formidable terrain de jeu aux mille possibilités, l’occasion d’explorer de nouvelles formes d’expression, de libérer le contenu de son contenant, de bâtir une relation étroite avec ses lecteurs, de trouver un public passionné en ligne, et de redynamiser le rôle des espaces physiques au sein de la communauté locale.

NextMontréal m’a demandé de présenter brièvement par ce billet l’événement BookCamp Montréal, que je co-organise avec Christian LiboironPatrick LozeauHugh McGuire et Vincent Olivier. Ce texte ne représente que ma propre perception et mes propres attentes, même si nous partageons de nombreuses volontés communes, à commencer par celle que cet événement aide le milieu québécois du livre et de l’édition à explorer concrètement toutes les possibilités (technologiques ou autre) à sa disposition.

Pour en arriver là, de nombreuses questions doivent être posées franchement. L’émergence du livre numérique et les enjeux économiques et légaux qui y sont reliés ne manqueront pas d’être abordés. Tout comme les nouvelles formes d’interactivité et de mise en réseau des contenus, qui ouvrent de nouvelles possibilités et contribuent à remettre en question la notion même de «livre».

Mais aussi, toute la chaîne du livre est en mutation, ce qui est lourd de conséquence pour les différents acteurs qui la composent. Réunir tous ces acteurs est l’occasion de se demander ensemble : quelle est désormais la place de l’auteur, de l’éditeur, du libraire et du bibliothécaire ? Ou encore du graphiste, du traducteur, de l’imprimeur, du distributeur, voire du critique littéraire ? Et aussi, comment devraient être impliqués tous ces nouveaux professionnels que sont les programmeurs, concepteurs d’interfaces, producteurs de contenus audiovisuels et animateurs de communautés ? Est-ce une bonne idée de permettre au lecteur lui-même de jouer un rôle grandissant à toutes les étapes, de la création à la diffusion ? Qu’en pensent les auteurs et les lecteurs, principaux concernés ?

Et qu’en est-il des espaces traditionnellement dévoués au livre ? Quels sont les modèles de librairie et de bibliothèque physique qui fonctionnent à l’ère du numérique ? Comment ces espaces peuvent-ils disposer d’une flexibilité suffisante pour pouvoir continuellement s’adapter à des besoins changeants de la part du public ? Comment peut-on en augmenter l’attrait, alors que celui qui désire accéder au document n’a souvent plus à se déplacer physiquement ?

Le contexte en est certainement un où les questions sont plus abondantes que les réponses. BookCamp Montréal sera une occasion pour ceux qui se les posent de se les poser ensemble, et pour ceux qui expérimentent, de dévoiler leurs résultats. Le 26 novembre, j’espère que nous parviendrons à réunir une diversité de gens qui ont en commun la volonté de partager ces questionnements et réflexions, mais surtout d’aller au-delà et de mettre sur pied des projets concrets qui exploreront pleinement les possibilités qui nous sont offertes. J’espère voir des auteurs, bibliothécaires, libraires et éditeurs explorer et apprendre ensemble en travaillant avec des programmeurs, graphistes et autres professionnels sur des projets audacieux de production et de diffusion de contenus québécois de qualité.

BookCamp Montréal se déroulera le 26 novembre dans un lieu toujours à déterminer. Comme toute bonne anticonférence, c’est à vous de proposer le contenu de la journée. Pour vous inscrire, proposer une présentation et pour d’informations, visitez http://bookcampmontreal.org.

27 juin 2010

Les vases communicants

Source: Lara Tunbjork; The New York Times, via UnhappyHipsters

Le monde physique (objets, routes, tuyaux, etc.) est destiné à devenir de plus en plus connecté à Internet, prédisent IBM et le MIT Senseable Lab. Les objets se comporteront alors en fonction des données qu’ils capteront de leur environnement et des systèmes dont ils font partie et avec lesquels ils interagissent.

Lorsque nous aurons réalisé cet «Internet des choses», nous aurons accès à une masse de données provenant de notre entourage matériel. Données desquelles nous pourrons dégager du sens et que nous pourrons utiliser pour «optimiser» nos maisons, nos villes, et carrément, nos vies.

On aura aussi ouvert la porte à de nouvelles possibilités d’interaction avec notre environnement physique. Par exemple, on fera plus facilement le suivi de l’état de notre patrimoine matériel, le tout directement en ligne. Il sera possible de programmer des conditions du genre «SI la pinte de lait est à 85% vide ET que je ne pars pas en voyage dans les prochains jours, ACHÈTE une nouvelle pinte de lait». On pourra également mettre au point des «playlists» d’ambiances qui combineront musique, éclairage, température, images sur les murs, etc.

Lorsque tout le monde aura un inventaire de son patrimoine matériel en ligne, il est à prévoir que beaucoup opteront pour la transparence totale et mettront ces données à la disposition de leur réseau d’amis, voire au grand public. Ce sera là un outil formidable pour la recherche sur les habitudes de consommation des gens. Mais chacun pourra aussi, pourquoi pas, fouiller dans la bibliothèque, voire dans le frigo de ses voisins, connaître leur consommation en eau et en électricité, et ainsi de suite. On pourra aussi se créer des alertes, du genre: «SI quelqu’un à moins de 100 mètres de chez moi achète une souffleuse à neige, M’AVERTIR lors de la première tempête l’hiver prochain».

Bien sûr, il sera toujours possible de se limiter aux objets «déconnectés», ou du moins garder nos données privées, mais ce ne sera pas l’option économique, à la mode et par défaut…

L’Internet des choses rendra-t-il vraiment possible une planète plus intelligente? Ou est-ce un pas de trop dans la voie de la complexification de notre monde?

16 avril 2010

Tables interactives en bibliothèques

Cet article est paru sur Espace B le 16 avril 2010

La Darien Library, bien connue pour son utilisation des nouvelles technologies en bibliothèques, acquérait en janvier 2010 une table interactive Microsoft Surface. Cet équipement de pointe offrira une expérience interactive nouvelle et riche pour un public bien précis: les enfants.

Jon Blyberg, directeur adjoint à l’innovation et à l’expérience utilisateur à Darien Library, explique les raisons qui ont justifié l’achat d’une table interactive par sa bibliothèque et son installation dans la section jeunesse : «Les enfants vont immédiatement comprendre ce qu’est la table interactive, sans avoir besoin d’explication. Les enfants sont des êtres tactiles. Si on leur donne entre les mains une technologie vraiment fascinante qu’ils n’ont jamais vu, je n’ai aucun doute qu’ils seront non seulement impressionnés, ils seront envahis d’un sentiment de puissance («they will be empowered»). Ils ne poseront pas de questions du genre “pourquoi mettre ça dans une bibliothèque”, parce qu’ils savent intuitivement pourquoi.» (ma traduction).

[Suite →]

25 février 2010

Le coworking: un modèle d'avenir pour les bibliothèques?

Ça fait longtemps que je reporte l’écriture de ce billet, comme c’est souvent le cas avec les sujets plus importants que je veux aborder. (Mon billet précédent n’en faisant pas partie!) Je lance aujourd’hui une discussion qui, je l’espère, rejoindra autant la communauté des bibliothèques que celle du coworking (on dit également cotravail, mais pour les besoins du billet, je vais conserver le terme généralement associé au mouvement).

Tout d’abord, quelques observations:

Les cafés sont des lieux populaires auprès des travailleurs indépendants et des étudiants

Je n’ose pas dire «plus populaires que les bibliothèques» car je n’ai trouvé aucune étude sur la question, mais de mes propres observations, les bibliothèques ne sont pas la destination de prédilection pour une majorité d’étudiants et de travailleurs indépendants qui veulent passer la journée à travailler à l’extérieur de chez eux.

RueMasson.com, un tout nouveau site Web qui célèbre le quartier du vieux Rosemont à Montréal, publiait il y a quelques jours un billet intitulé Enquête : les meilleurs endroits où travailler avec son ordinateur. Leurs critères d’évaluation sont assez révélateurs: ambiance, nourriture, service, internet et prises de courant, confort. En d’autres mots, si on veut passer la journée à travailler, on cherche une ambiance agréable, on veut pouvoir manger sur place et boire son café, sans devoir quitter sa table et transporter son ordinateur et ses livres. J’ajouterais qu’on veut également pouvoir arriver très tôt, partir très tard, travailler en groupe, parler au téléphone, etc. Tant de choses souvent difficiles, parfois interdites, dans la plupart des bibliothèques publiques; et pas toujours optimales dans les cafés non plus.

Pendant mes années d’étudiant et de travailleur autonome, j’ai constamment été, comme beaucoup de mes collègues, à la recherche de l’espace de travail idéal. Chez moi: trop de tentation à la procrastination, trop solitaire, et envie de changer d’air. Bibliothèque: heures d’ouvertures trop restreintes, obligation de se déplacer pour manger, ambiance parfois austère. Cafés: obligation de consommer, difficulté de se concentrer. Ce sont néanmoins les cafés, qui, généralement, remportaient la mise. On n’a qu’à entrer dans une Brûlerie St-Denis ou un Starbucks pour noter l’ampleur du phénomène.

À l’ère du numérique, les bibliothèques sont appelées à jouer de nouveaux rôles

Ce n’est une nouvelle pour personne: le modèle traditionnel des bibliothèques n’est plus tout à fait en phase avec les pratiques d’accès à l’information d’aujourd’hui. Ce que sera le nouveau modèle — ou plutôt, les nouveaux modèles — de la bibliothèque à l’ère du numérique laisse place à de nombreuses, intéressantes et pertinentes discussions dans le monde de la bibliothéconomie.

J’ai déjà parlé dans ce blogue du concept de troisième lieu, au sujet duquel je vous conseille vivement la lecture de la thèse de Mathilde Servet, Les bibliothèques troisième lieu. Dans sa thèse, elle observe un nouveau modèle de bibliothèque émerger: de véritables espaces publics pour la collectivité, des centres culturels et communautaires qui, après le lieu de résidence et le lieu de travail, deviendraient ainsi le troisième espace social des citoyens. Au Royaume-Uni, au Pays-Bas et en Scandinavie, les bibliothèques ont déjà pris ce virage avec des projets innovateurs comme les «Idea Store». En multipliant les programmes d’animation et de médiation de la lecture, et en faisant des bibliothèques des lieux de plus en plus animés, on se dirige dans cette direction au Québec également.

Je propose que l’on considère également les bibliothèques comme des deuxième lieu, à l’intention de ceux qui n’en ont pas. La bibliothèque deuxième et troisième lieu: un espace social de travail et un lieu d’échange des connaissances dans la communauté.

Les bibliothèques sont naturellement des lieux de partage de connaissances

Quel est le rôle des bibliothèques, sinon de garantir à tous les citoyens un accès gratuit à la connaissance et à la culture? Si on admet que les centres culturels, lorsqu’ils existent, jouent le rôle de démocratiser certains arts en organisant expositions et spectacles gratuits, il reste aux bibliothèques de garantir un accès à la culture littéraire, à la culture scientifique, et… à «la connaissance». La connaissance des citoyens d’une ville est énorme, et elle se transmet souvent mieux par des échanges entre individus que par la lecture de documents écrits, qui ne contiennent qu’une partie de toute la connaissance en grande partie tacite.

Il m’apparaît naturel que les bibliothèques revendiquent le mandat de servir d’espaces d’échange de ces connaissances, en accueillant des événements qui ont de toutes manière déjà lieu, mais ailleurs (en ayant parfois de la difficulté à trouver un endroit, cela dit). Ces événements sont des occasions de rencontre entre les membres d’une communauté, et parfois même des occasions de développement de nouvelles connaissances. Leur simple existence témoigne de la vitalité de notre «société du savoir».

À Montréal, comme dans plusieurs autres grandes villes (mais Montréal est particulièrement dynamique à ce niveau), on ne compte plus le nombre d’événements du type «barcamp» qui se tiennent chaque mois, organisés par des bénévoles passionnés et impliqués dans leurs communautés respectives, qui échangent beaucoup en ligne mais qui comprennent l’importance de discuter et de se rencontrer physiquement. À ma connaissance, aucun de ces «camp» ne s’est déroulé dans une bibliothèque, alors que de nombreux se déroulent dans des espaces de travail de type «coworking», que je décrirai plus loin.

Pour suivre encore un peu l’actualité montréalaise, un groupe de personnes développent actuellement le projet Upop Montréal, une université populaire qui prévoit débuter ses activités à l’automne 2010, et qui offrira des cours ouvert à tous, à l’extérieur du modèle académique traditionnel. Comme les autres événements mentionnés, il s’agit d’une initiative purement bénévole, probablement non subventionnée et sans modèle d’affaire sinon trouver des commanditaires pour absorber les coûts. La philosophie n’est pas de faire de l’argent, mais de partager des expériences, diffuser des connaissances, rencontrer des personnes enrichissantes. Il me semble que ce type d’activité devrait naturellement être accueilli par des institutions dont la vocation est la circulation des connaissances dans la communauté. Les bibliothèques en font partie.

Le mouvement du «coworking» à la rescousse

«Did you know that there is a global community of people dedicated to the values of Collaboration, Openness, Community, Accessibility, and Sustainability in their workplaces?»coworking.com.

14% des travailleurs québécois sont des travailleurs indépendants, selon Emploi Québec, et, contrairement à la croyance, ce taux serait relativement stable depuis 20 ans. Mais si le nombre de travailleurs indépendants n’a pas significativement augmenté, on a pendant cette période vu l’arrivée du Web et l’émergence d’une forte culture participative. Peut-être le mouvement des coworking est-il issu de cette culture?

«Working alone sucks» ont commencé à proclamer travailleurs de partout, dès 1999. Un mouvement est né. «A movement to create a community of cafe-like collaboration spaces», comme le décrit le blogue coworking.info. Des espaces de travail conviviaux, des foyers de collaboration. Des lieux qui sont, justement, à la fois des deuxième lieu (lieu de travail) et des troisième lieu (lieu de vie citoyenne).

À Montréal, le premier espace de coworking est Station C, fondé en 2008 par Daniel Mireault et Patrick Tanguay. Dans son manifeste, on peut lire que «La Station C est un espace de travail qui encourage la collaboration, l’esprit de communauté, et les heureuses surprises. Nous offrons un point de rencontre aux créateurs et aux innovateurs, qu’ils soient entrepreneurs, travailleurs autonomes, geeks, designers, rédacteurs, artistes ou activistes. La Station C appartient au mouvement international du co-travail, qui vise à réunir les avantages d’un bureau, d’un café, d’un salon, d’un incubateur d’entreprises, et d’un lieu public

Puis est apparu en 2009 la coopérative ECTO. On peut lire sur son site que «ECTO réunit un ensemble d’individus mus par le désir de mettre en place une nouvelle forme d’organisation du travail, adaptée à la réalité économique du XXIe siècle. S’appuyant sur le modèle des coworking spaces (un mouvement en plein essor), la coopérative ECTO offre à ses membres un espace collectif de travail et d’échanges qui permet de nourrir le travail des uns et des autres, tout en contribuant à leur mieux-être, et en encourageant la synergie entre les personnes qui travaillent dans des domaines distincts.»

Ces espaces montréalais s’inscrivent dans la communauté grandissante des coworking dans le monde [carte]. C’est une communauté transparente et ouverte, toujours prête à aider les nouveaux projets: «500+ people from around the world, working together on this. There is no central organization, only leagues of interested individuals, making these spaces happen.»

Qu’est-ce que les bibliothèques ont à voir là-dedans?

Si on peut aisément voir dans les bibliothèques le mandat de servir de lieux d’accès à la connaissance pour tous, il n’est pas aussi simple de justifier qu’elles devraient également servir d’espaces de travail quotidiens pour un ensemble de travailleurs indépendants. Pourtant, la demande est certainement là.

Il ne serait pas difficile de remplir des bibliothèques de pigistes, graphistes, programmeurs, écrivains, étudiants et autres travailleurs qui, plus souvent qu’autrement, travaillent de chez eux. On créerait certainement de la sorte de véritables pôles d’activité, d’où émaneraient certainement de nombreux projets et des collaborations entre travailleurs aux horizons divers. La bibliothèque comme pôle d’innovation: pourquoi pas? Mais cela se fera à condition que les bibliothèques participantes soient conçues et gérées à cette fin, qu’elles soient animées d’une vitalité créative, bref, d’une véritable «ambiance de café», pour reprendre l’expression du mouvement.

Enfin, pour conclure, je dois préciser que l’idée que j’avance ici n’est certainement pas que les bibliothèques publiques fassent compétition au coworking… mais plutôt qu’elles joignent le mouvement! Et l’idée n’est pas non plus que toutes les bibliothèques adoptent ce modèle, mais que certaines, stratégiquement localisées, soient planifiées afin de répondre à ces besoins spécifiques. Pourra-t-on encore parler de bibliothèques? Là n’est pas la question. Si le terme peut ne pas sembler le plus approprié, l’institution qu’il y a derrière est, à mon avis, toute indiquée pour jouer ce rôle.