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3 novembre 2014

L’utopie du Métronome

Article publié dans Bibliothèque(s), la revue de l’Association des bibliothécaires de France (ABF), no. 76, dans le cadre d’un dossier sur les Communs de la connaissance, octobre 2014.

«Qu’est-ce qu’une bibliothèque?». Posez la question et on vous répondra presque toujours que la bibliothèque est un lieu, un bâtiment, un espace. La bibliothèque évoque cet immeuble où on se rend, qui abrite des collections et est le foyer de divers services — la bibliothèque, notre bibliothèque. Ce sens éclipse hélas un sens plus fondamental, intangible, et pourtant bien concret, que nous oublions tous trop souvent, même entre bibliothécaires: avant d’être un lieu, la bibliothèque publique est une institution qui occupe un rôle on ne peut plus fondamental au sein de nos sociétés, celui de garantir l’accès universel au savoir et à la culture.

La bibliothèque souffre de cette opposition entre le lieu délimité qu’est le bâtiment et la communauté qu’est son rayon d’action réel. Nous percevons la bibliothèque comme un équipement public plutôt que comme le foyer intellectuel et culturel de la société. On se plaît à rêver à des signatures architecturales puissantes et à une intégration poussée de la technologie, et trop souvent, on oublie que les bâtiments et les technologies ne sont que des moyens à notre disposition. Comme toute institution, la mesure du succès devrait se mesurer relativement à l’atteinte de notre mission, et cela ne se calcule pas simplement en nombre de prêts et en fréquentation.

Tout est une question de posture. En tant que bibliothécaires, notre terrain de jeu n’est pas limité aux murs d’un bâtiment. Nous sommes les gestionnaires, les ambassadeurs et les facilititateurs de la circulation de l’information, du savoir et de la culture à l’échelle de notre communauté, qu’il s’agisse d’un pays, d’une ville, d’un quartier ou d’un établissement d’enseignement. Les espaces physiques dont nous disposons sont certes de formidables atouts. Ils nous permettent d’assurer un ancrage réel au coeur des communautés. Mais ces lieux délimités doivent être placés au service d’une mission, celle d’une institution dont le terrain de jeu réel est beaucoup plus vaste. La bibliothèque peut et doit investir l’ensemble de sa communauté pour atteindre ses objectifs d’accès au savoir et à la culture.

L’institution

Pour les fins de l’exercice, imaginons une ville fictive où les bibliothèques n’existent pas, Métropolia. Les élus et dirigeants de cette ville, visionnaires qu’ils sont, décident de fonder une institution publique indépendante dont la mission serait de préserver à travers les siècles le patrimoine, la culture et l’histoire de la ville et de ses habitants, tout en travaillant activement à ce que chaque citoyen, sans exception, puisse bénéficier d’un accès égal et complet à la culture et au savoir de l’humanité. Ils nomment cette institution le «Métronome» et suite à un concours, placent à la tête de l’organisation une certaine Eva, artiste intellectuelle reconnue pour ses talents de gestionnaire. Celle-ci dispose d’un budget important, mais limité, afin de bâtir une organisation capable de remplir sa vocation ambitieuse dans le contexte social, économique et culturel contemporain, tout en maintenant sa capacité de s’adapter continuellement aux changements rapides de la société au cours des prochaines décennies.

Que feriez-vous à la place d’Eva? Voilà une question essentielle, hautement stimulante, que doivent se poser les bibliothécaires aujourd’hui.

Pour sa part, le premier réflexe d’Eva est d’établir son organisation comme un acteur de premier plan dans toutes les causes d’accès au savoir. Elle se positionne comme leader pour la défense de la liberté d’expression, la science ouverte, l’accès à l’éducation, le logiciel libre, les données ouvertes, les biens communs. Mais son organisation ne se contente pas de militer pour toutes ces causes: elle prend sur ses épaules de créer et d’aider des initiatives qui tentent d’apporter des solutions. Elle crée un laboratoire de technologies ouvertes; elle accompagne sa ville et différentes institutions locales dans la libération de leurs données publiques; et elle développe différentes technologies qui aident les acteurs locaux à communiquer entre eux et avec la population. Son grand projet est de créer une ville ouverte: où il est possible de visualiser le bouillonnement social, culturel et intellectuel local.

Eva sait qu’il ne s’agit que d’un début. Elle doit également agir dans le secteur de l’éducation, en partenariat avec les écoles, afin de développer d’une part les compétences informationnelles de la population, mais également valoriser et rendre accessible le développement d’une éducation humaniste alliant arts, sciences et aptitudes techniques. Elle doit également s’assurer de la préservation du patrimoine, et a quelques idées pour le développement de programmes ambitieux qui permettraient de documenter l’histoire locale, préserver les collections documentaires et les collections d’oeuvres d’art.

Peu à peu, elle est amenée à créer des espaces physiques dans la ville, des lieux qui tout à la fois incarnent la mission et aident à la remplir.

Le lieu

Projetons-nous quelques années dans le futur, et considérons un résident de notre ville fictive, Pierre, 23 ans, étudiant en biologie qui, lorsqu’il n’étudie pas, est surtout préoccupé par ses projets d’horticulture expérimentale. Pierre est également un grand amateur de café. Il se plaît à étudier dans les meilleurs cafés de Métropolia, qui compte une dizaine de cafés «4e vague», ces établissements reconnus pour leur désir de maîtriser à la perfection l’art de créer un café, tout en proposant les ambiances les plus agréables du monde pour la dégustation, et accessoirement, les discussions entre amis et le travail individuel.

Un matin, Pierre voit apparaître une nouvelle adresse dans le répertoire des cafés 4e vague: le Métronome #1. En plus, c’est dans son quartier! Excité à l’idée de découvrir ce nouveau lieu, il note l’adresse et s’empresse de s’y rendre. En approchant la destination, il remarque que le lieu est situé au coeur d’un parc verdoyant. Il entre dans le parc et voit au loin une structure cubique en verre de deux étages, dans laquelle la nature semble intrinsèquement interreliés. Un design qui ne rend pas indifférent l’horticole en lui. S’agit-il de ce café 4e vague? Il s’y aventure.

L’intérieur est quelque peut surprenant. il ne s’agit certainement pas d’un café typique. En fait, s’agit-il d’un café? La première scène qui capte son attention est un groupe d’hommes et de femmes d’un certain âge occupés à construire un navire miniature à partir d’une montagne de blocs Lego, sous la supervision d’un adolescent très attentif.

Pierre s’avance vers le comptoir au fond de la pièce. Derrière, il reconnaît son amie Jasmine, barista de renom. Elle le salue et commence à lui préparer un cappucino, qu’elle sait être son breuvage caféiné de prédilection. Remarquant son regard quelque peut incrédule, elle lui explique que le Métronome #1 n’est pas à proprement un café, mais un espace public dédié à la curiosité et à la créativité humaine.

Elle invite Pierre à se promener dans le bâtiment, en lui expliquant qu’il trouvera à l’étage un grand espace de travail partagé: l’endroit idéal pour le travail individuel ou collaboratif. Elle lui explique également qu’il pourra trouver sur le web une collection impressionnante de livres, films et musiques sur tous les sujets.

Pierre prend son café et monte à l’étage, traversant sur son chemin un lieu avec des machines à vapeur manipulées par des adolescents. Dans une autre pièce, il voit un vingtaine de personnes faire la file devant ce qui semble être une petite salle de cinéma d’immersion, avec casques de réalité virtuelle. Il peut voir que le film sera un documentaire sur les fonds marins.

Il arrive enfin à l’espace de travail partagé. Deux des murs sont recouverts de livres et de fenêtres, et les deux autres de tableaux blancs, où quelques personnes concentrées écrivent des équations mathématiques. L’espace est rempli de petite tables en bois, et à en juger par leur disposition, les usagers de l’espace ne se gênent pas pour les déplacer et les aménager selon leur goût.

Pierre s’assoit à un table et allume son ordinateur portable. Une fois connecté au web, on l’invite, sur le site du Métronome, à partager, s’il le souhaite, ce sur quoi il est en train de travailler. «Je rédige une thèse sur la domestication des renards en banlieue parisienne.» Aussitôt envoyé, il voit son avatar apparaître sur un des tableaux blancs de l’espace. Il peut également voir les projets des autres membres de l’espace. Un d’entre eux étudie la représentation de la mécanique quantique dans le cinéma d’horreur italien. Fascinant.

Après une dizaine de minutes de travail, une personne entre dans la pièce et le repère du regard. Elle s’avance vers lui: «Bonjour, je suis Mathilde, métrothécaire. Pardonnez-moi de vous déranger, mais j’ai vu que vous étiez spécialistes de renards. J’aimerais savoir si vous seriez intéressé à aider un enfant du quartier, Jules, qui rédige un travail scolaire sur les renards en ce moment. Il est présentement dans l’atrium.» Ravi, Pierre accepte, et part à la rencontre de Jules.

Après cette première journée au Métronome #1, Pierre continue à en fréquenter le site web, où il est mis en lien avec des clubs d’agriculture urbaine du quartier, et est par ricochet invité à participer à la création d’un jardin de cactus dans un hôpital. Le Métronome, cette étrange organisation municipale qu’il découvre peu à peu, semble parvenir à créer du lien social, et favoriser la rencontre entre les citoyens. C’est toute une communauté — sa communauté, son quartier — qui se révèle peu à peu à lui.

Alors qu’auparavant son monde se réduisait essentiellement à son appartement, le café, l’université et son bar préféré, entouré presque exclusivement de gens de sa génération, Pierre se surprend maintenant à être de plus en plus impliqué dans toutes sortes d’initiatives intéressantes. Il connaît maintenant ses voisins et les organismes du quartier, il anime un club de lecture de romans policiers horticoles, et il est bénévole dans un grand projet de numérisation de la mémoire locale. À travers tous ces projets, il en apprend sur une foule de sujets qui le passionnent, il en apprend sur sa ville, et plus important que tout, il apprend à devenir un citoyen actif et pleinement intégré à sa communauté.

24 mars 2013

Vers une bibliothèque participative

Article publié dans le magazine Découvrir de mars 2013.

Contrairement à une certaine perception populaire, les bibliothèques publiques et universitaires ne sont ni désertées, ni dépassées. En réalité, c’est tout le contraire, le monde des bibliothèques au Québec est effervescent: la fréquentation est en hausse, la satisfaction des usagers est des plus élevées, de nouvelles bibliothèques se construisent, les collections numériques s’étoffent, et des programmes d’animation et de médiation rendent les lieux encore plus vivants et ancrés dans leur communauté locale. À titre d’exemple, il y a quelques semaines, les Bibliothèques de Montréal organisaient, en partenariat avec plus d’une vingtaine d’institutions de l’industrie du jeu vidéo et du jeu de société, le Festival Montréal Joue : plus de 200 activités ludiques dans 39 bibliothèques. Les bibliothèques ne sont pas figées dans le passé, elles sont tournées vers l’avenir.

L’innovation apparaît comme le concept du moment. On en parle partout, si bien que le mot semble parfois utilisé à outrance, et parfois avec raison. Mais sans que l’innovation devienne une fin en soi, il est néanmoins stimulant de voir que de nombreux secteurs cherchent à explorer d’autres approches, développer de nouveaux services, résoudre les problèmes qui persistent, défricher des nouveaux territoires.

C’est d’ailleurs ce que le milieu des bibliothèques s’est donné comme devoir pour 2013, en choisissant pour son congrès annuel le thème de l’innovation, après de nombreuses années principalement centrées autour des enjeux liés à la révolution numérique. « Innover, c’est aussi, parfois, oser ébranler les certitudes de nos pratiques professionnelles », peut-on lire dans le texte de présentation du congrès. De fascinantes discussions en perspective.

Faire un 180 degrés

Depuis plusieurs années, je partage des idées et des rêves dans la communauté professionnelle des bibliothécaires (à laquelle j’appartiens), et je constate que bien souvent, lorsque nous menons un exercice d’idéation autour de la « bibliothèque idéale », tant entre professionnels de l’information qu’avec des citoyens, nous faisons tous l’erreur de partir d’une idée préconçue de ce qu’est une bibliothèque : un lieu physique, des collections documentaires, des programmes et services, des ressources en ligne, des formations, une certaine ambiance, etc. Ainsi, la plupart du temps, la bibliothèque idéale, celle de nos rêves, en est une qui offrira simplement la plus belle collection, les meilleurs programmes d’animation et de médiation, et rejoindra le plus grand nombre d’usagers, tout en faisant une utilisation particulièrement moderne de la technologie.

Tout cela est effectivement enthousiasmant, mais il m’apparaît dommage de ne pas en profiter afin de rêver encore plus grand. Pour y parvenir, je nous invite à analyser le problème dans l’autre sens. Partons plutôt de la mission que nous souhaitons donner, collectivement, à cette institution qu’est la bibliothèque. Qui a dit que la bibliothèque doit être un centre de documentation, de formation ou d’animation culturelle? Qui a dit que la bibliothèque doit être un lieu physique délimité? Ses espaces, collections et services ne sont que des moyens servant une mission profonde, dans laquelle il est inspirant de se replonger.

La porte d’accès à la connaissance

Quel est le rôle de la bibliothèque? Voilà qui est certainement matière à discussion. À mon sens, les bibliothèques sont des institutions investies d’une mission fondamentale, celle d’offrir un accès pour tous à la connaissance et à la culture, sans contraintes et sans limites. Cette vision est décrite, entre autres, dans le Manifeste de l’UNESCO sur la bibliothèque publique, où elle est présentée comme une « porte locale d’accès à la connaissance ».

À bien des égards, les bibliothèques universitaires remplissent une fonction similaire auprès de leurs usagers : celle d’offrir un accès à la connaissance scientifique de manière libre et informelle, en complémentarité aux autres modalités d’accès à la connaissance, plus structurées et contrôlées, qu’offrent les programmes d’enseignement et de recherche.

La question qui découle naturellement de cet énoncé de mission est la suivante : quels espaces, pratiques et outils l’institution qu’est la bibliothèque peut-elle imaginer pour remplir encore mieux cette mission, et garantir un accès encore meilleur à la connaissance et à la culture?

Replacer l’usager au cœur de la bibliothèque

Encore aujourd’hui, les bibliothèques sont très largement centrées autour de leurs collections documentaires. Cette vision est si ancrée dans la profession, ici au Québec, que notre congrès se nomme même le « Congrès des milieux documentaires », même si on convient que l’offre de collections documentaires n’est pas la raison d’être des bibliothèques, mais bien un des moyens qui lui permettent de remplir sa mission.

Un concept rafraîchissant qui anime de nombreux bibliothécaires est celui de la bibliothèque « troisième lieu », où elle passe de milieu documentaire à milieu de vie. Dans cette approche, ce ne sont plus les collections qui sont au cœur de la bibliothèque, mais les usagers. On se préoccupe davantage de la convivialité des espaces, et on y développe de nombreux et dynamiques programmes d’animation et de médiation, en partenariat avec la communauté locale. Un des exemples les plus notoires de cette approche est le Idea Store, une bibliothèque développée au cœur d’un quartier défavorisé de Londres, et qui est rapidement devenue un lieu d’accueil et de vie communautaire.

Dans le monde universitaire, c’est le concept des learning commons qui gagne en popularité. Suivant cette approche, on regroupe dans un espace de la bibliothèque un ensemble de services destinés à soutenir l’étudiant dans son apprentissage, souvent en partenariat avec les services de soutien pédagogiques de l’établissement d’enseignement. De manière analogue à la bibliothèque « troisième lieu », les learning commons replacent l’usager au cœur de la bibliothèque.

Ces tendances sont réjouissantes, mais hélas, dans un cas comme dans l’autre, les usagers demeurent relativement passifs, et sont souvent perçus comme des clients. Il me semble que l’on se prive ainsi d’un volet important, peut-être même le plus important, de la culture et de la connaissance auquel la bibliothèque peut donner accès : celui des usagers eux-mêmes, détenteurs d’une formidable connaissance tacite.

À ce sujet, il suffit de regarder l’effervescente offre d’occasions d’apprentissage informel à Montréal, à Québec et ailleurs dans le monde pour constater que citoyens et étudiants sont animés par une volonté, et une aisance, à partager leurs connaissances et leurs perspectives à travers des événements d’échanges informels. On ne compte plus les activités organisées par des citoyens et des communautés d’intérêt – généralement en dehors des bibliothèques et des universités – visant à favoriser le dialogue, la découverte et l’apprentissage.

Les formules sont variées : anticonférences, forums ouverts, soirées à la Pecha Kucha, assemblées publiques, world cafés, universités populaires. Ces événements se tiennent dans des lieux variés, des espaces de coworking, des cafés, des bars et des galeries, tant de lieux privés qui ne sont pas davantage que les bibliothèques conçus pour cet usage, mais qui ont l’avantage d’offrir des espaces flexibles et une ambiance décontractée.

Toujours est-il que les organisateurs d’événements de ce type le confirmeront : il est difficile de trouver des locaux appropriés, disponibles et pas chers, pour accueillir de tels événements, qui peuvent attirer jusqu’à une centaine de participants.

Un lieu collectif de travail, de création et de collaboration

Animées par les tendances des bibliothèques « troisième lieu » et des learning commons, les bibliothèques se transforment peu à peu de lieux documentaires en lieux de vie. La prochaine grande étape est de les transformer en lieux participatifs, où citoyens, étudiants et communautés de toutes sortes pourront travailler, créer, collaborer, et organiser des activités d’échange de connaissances au sein d’espaces flexibles, invitants et agréables.

Car là où la bibliothèque peut jouer le plus grand rôle, et profiter au maximum de cet énorme atout qu’est son ancrage dans l’espace physique, c’est non seulement en jumelant les usagers aux documents et aux services, mais en facilitant les rencontres et la collaboration entre les usagers eux-mêmes, détenteurs incontournables de culture et de connaissance.

Bonne nouvelle : des bibliothèques universitaires et publiques ont déjà entamé le pas. Poursuivons dans cette voie! Concevons dans nos bibliothèques des espaces aussi agréables que le café du coin, et permettons aux usagers et aux communautés de se les approprier et de les transformer, avec le soutien des bibliothécaires, en lieux vivants d’échanges de connaissances, de collaboration et de créativité.

6 juin 2012

Entrevue accordée à Archimag

Entrevue accordée au magazine Archimag, dans la foulée des réflexions menées sur le rôle des bibliothèques publiques et autres espaces physiques d’échanges de connaissances.

5 mai 2012

Community managed microlibraries

Cet article est d’abord paru dans la revue Argus, vol. 40, no. 3 (mai 2012).

After the Atomized library and The Uni, I continue my series of interviews about innovative projects that revisit the model of the local library. This time I asked a few questions to Colin McMullan, also known as Emcee C.M., Master of None, about one of his many projects, Corner Libraries. Colin McMullan is currently based in New York City. His work, many of which is jointly done with his Kindness and Imagination Development Society: «combines large-scale public, social and collaborative event-based projects with a more internal process of self-reflection through fiction, storytelling, and filmmaking.»

What motivated you in creating the first Corner Library?

I wanted to build a library because I think it is an important public institution that deserves our continued support as a society that strives for democracy. I wanted to make the miniature library for the sidewalk to see if a venue for very local exchange would be useful to a group of neighbors as a way of helping each other and sharing resources, information, and advice.

I have always loved libraries. I grew up a homeschooler with parents who worked in libraries so we always spent a ton of time there, and the ethic of openly sharing access to knowledge seems so basic and true I can’t see why there should be any other paradigm, honestly. But there is another paradigm, and it seems to be the dominant one of the age, and so I feel we need to make more libraries and keep honouring and treasuring the institution of libraries as a foundational pillar of democracy (limited as our democracy is these days). I would hope that by making these micro libraries we can pay tribute to the work of public librarians and public libraries and help remind people of what an incredible resource they are and that you really don’t have to go to a STORE or to AMAZON to get access to literature and information. So the principles are free and open exchange of information for grassroots empowerment, community building among neighbors, mutual support and mutual benefit.

How does it work?

The books are donated by library users. Some were also donated by me, and some by Gabriela (the other librarian). When I first put the library out there I put some books, CDs, maps, and other stuff in there as a kind of starter collection, hoping it would grow as people got involved more, which has occurred. The librarian is really just a contact person for the library. Our names, phone numbers, addresses, and emails are on the door of the library, so anyone walking by can contact us if they want to know more, including getting the combination to the lock, for 24/7 library access. People borrow books on the honor system. Every object in the collection has a slip of paper in a pocket in the back where you are supposed to write down your name and the date you borrow it, and leave it in a box inside the library. So far we haven’t had a problem with books not being returned, and we don’t really plan to worry about it too much. If it becomes a big problem maybe we’ll have to reassess the situation at that point.

Right now there is just one library in place – in Williamsburg, close to where I live. There was a second one placed in East Harlem, but the librarian volunteer for that one, Christine Licata, just had to leave her job, so we will be finding a new home for that library.

How many corner libraries have you installed?

Right now there is just one library in place – in Williamsburg, close to where I live. There was a second one placed in East Harlem, but the librarian volunteer for that one, Christine Licata, just had to leave her job, so we will be finding a new home for that library.

Another was planned for a site in Crown Heights, but we ran into a problem with the site we had selected so that is currently on hold too, probably until the spring. And there’s another I’m working on to place in the neighborhood of flatiron/chelsea, which will be a collaboration with people from the Center for Book Arts. And there’s one I’m organizing with Norman Stevens, founder of the Molesworth Institute which you may know, and head librarian Emeritus of the University of Connecticut library. That one is planned for the Storrs, CT area, and we’ve begun promoting it to the community up there and speaking with people about a site.

How did the community respond? Did people understand and participate in the project?

People have gotten into it a bit. I think we would have more users if we could take more time to sit at the library with the door open and let people discover it and ask questions. We have our contact info up there, but my impression has been that a lot of people who might be interested won’t necessarily take the trouble to send an email or make a phone call to find out more. So that has been kind of a hindrance and it continues to be a goal of mine to spend more time at the library reading and keeping it open to meet people and keep spreading the word about the resources there. Whenever I’ve done that I’ve met people (a lot of parent/kid combos, especially), who were into the library and usually borrowed or donated some stuff. I remember a couple of friends who sat down on the sidewalk and read books to each other for about a half hour, that was really cute. People who live right around there, on the surrounding blocks, have responded pretty well to it. Also parents/kids who might pass by daily on their way to/from school. I think it has a kind of appeal for children, because of it’s size (24” x 24” X 48”) that we could try to develop the collection to serve that population more. We have had self-published book donations from poets, childrens’ book authors, illustrators, and more.

Did you get any feedback from city officials or from the public libraries themselves?

Not really. The only thing that happened is when we locked it on a block where there was a park, the parks department asked us to move it. Otherwise there have been no complaints.

Do you think this kind of project has to stay grassroots and independent? Would you see it as a program managed by public libraries?

I think there is definitely potential for public libraries to get involved in the project and use it as a way to extend and advertise their services, although I don’t see that as the only function of it. I think in a way it’s preferable for it to be volunteer run, because volunteerism is a wonderful thing that should be encouraged, but if it were to become more institutionalized it might certainly be more functional in many practical ways.

Where do you place this project in the ongoing discussion about the future of public libraries?

The internet is an incredible information tool, and Kindles seem very convenient, but they don’t satisfy a need we have for local, real-space interchange among people.

These libraries are meant to encourage very local exchange and to help neighbors meet, know, and help each other in physical space with issues and interests that matter to us daily, right here and now.

Also, the efforts of independent publishers, self-publishers, ‘zine writers, indie bloggers, etc., are limited, and will be increasingly so, as the internet becomes more and more a space of corporate monopoly, dominated by budgets large enough to get top ranking on a google search and the like. So these libraries also hope to be a space for their words to find readers. Some people have asked whether this project is trying to pick up the slack for underfunded public libraries, or to replace them somehow.

I think the idea of microlibraries challenging the public library system in terms of stealing their patrons or making them seem superfluous is pretty far-fetched. However, I can say for sure that one mom I met at the corner library in Williamsburg was pleased that it was available to her and her kids 24/7 as opposed to the limited hours of the nearby BPL location, because they have a hard time getting there during open hours sometimes, she said. But certainly it would be extremely pretentious of us micro-librarians to think that our systems could ever take over for the wonderful, incredible public library system in this counry, underfunded and necessarily limited by the trappings of bureaucracy though it may be. I just think of the Corner Libraries as an ancillary system that, if anything, can help promote the cultural importance of libraries as the essential public institution that we need, in order to continue striving for our American ideal of a democratic society and an informed, engaged public. Essentially then, these microlibraries may ultimately be simply a reminder to people of how valuable libraries are to our communities and our sense of cultural identity. I’d say that’s as much as I could realistically hope for with the project.

How can people participate?

I’ve been getting a lot of volunteers lately with all the press and I need to start organizing some more libraries with them. There are people interested in being librarians in several other neighborhoods in Brooklyn, Queens, and Manhattan so far. I think really the goal is to develop a collaboration with LFL at this point and see if we can’t help each other help people build libraries themselves by providing plans and advice online, or producing a how-to ‘zine perhaps. I’ve made a bunch of observations and trials about how to locate them in public space on the hotly contested sidewalk space of NYC, while LFL’s main tactic seems to be locating them in front yards, so it seems like we can share what we’ve learned from these different settings and trials to produce a practical guide that is based on some real empirical research. And that way people could just do it themselves.

Or if they don’t want to do it themselves, maybe folks can raise the funds with their neighbors to get a handy person they know or to hire me or one of the guys from LFL to build them a library. Or do the building of the library as a hands-on workshop where they also learn carpentry skills and get to make something that they can use for a long time. Aha! That’s a good idea, writing about this helps you know.

So I guess one way people can help is by being proactive and willing to get their hands dirty a bit. That way we can get more libraries out there in a shorter time frame. I would also say for the existing libraries, and moving forward too, it will help get more of your neighbors involved if you spend time at the library, and leave the door open so people can discover it. That’s the best way we’ve found patrons so far. I sometimes sit on a bench by the library and read a book, and leave the door open, and I always meet people who want to join. Usually the library is locked and a lot of people won’t take the trouble to send me an email or call me on the phone so that they can get access (there’s a sign on the door that tells them to do so). And that way too, who knows, you might meet a neighbor you never knew who you have a lot to talk about with. And that’s how these can hopefully function as sites of real democracy, if I allow myself to dream big…

9 janvier 2012

Projet 996: Un monde miniature collaboratif

C’est le genre de projet qui existe peut-être déjà dans un coin reculé de notre vaste monde. Mais au cas où on aurait oublié de générer ce croisement entre Minecraft, Second Life, l’impression 3D et ce classique hobby qu’est le maquettisme, voici l’idée en quelques lignes.

Nous avons d’abord besoin d’un espace pouvant accueillir au moins quelques tables solidement ancrées. Notre communauté verra en ces tables autant d’îles luxuriantes, où on observera la naissance et le déclin de mondes fantastiques et de civilisations complexes.

Sur ces tables, on installera des structures bien physiques mais dont le sort sera entièrement laissé entre les mains d’une communauté virtuelle. Oeuvre artistique élaborée, expérience de vivre-ensemble miniature, ou pure folie?

Sur le web, on pourra acheter des terres au pied carré. Le propriétaire d’un lot pourra, s’il le souhaite, concevoir un modèle 3D de la structure qu’il aimerait y ériger, et nous en assurerons l’impression et le positionnement. S’il préfère, il pourra nous faire parvenir sa création par la poste, et nous l’installerons soigneusement.

N’ayons pas d’illusion: nous recevrons de tout et n’importe quoi, et notre somptueux monde ressemblera peut-être davantage à un marché aux puces qu’au travail minitieux de maquettistes passionnés.

Tout comme ses équivalents virtuels, ce monde physique disposera de sa propre économie. Les propriétaires de lots pourront les revendre à gros prix, ou essayer de générer des revenus en y érigeant de gros panneaux publicitaires.

Pour explorer cet univers, on permettra aux internautes d’y conduire des voitures téléguidées disposées de webcams, ou encore de se propulser en mini-deltaplanes. Ce ne sera sans doute pas un monde où il fera bon vivre, mais ce ne sera pas banal.

Pour ajouter une dimension supplémentaire, l’ensemble de cette installation — les tables, les maquettes, les petites voitures, les imprimantes 3D, les deltaplanes, les caméras, et tout le personnel — sera continuellement en exil, en tournée à travers musées, festivals et plateaux de télévision, sous les regards d’une humanité séduite par ce petit monde évolutif et incontrôlable.

8 janvier 2012

Ma présentation de l'automne dernier sur les espaces émergents

Avant la publication de mon article dans le dernier numéro du Bulletin des bibliothèques de France, j’ai eu l’occasion de partager mes réflexions sur les espaces émergents et les bibliothèques publiques, lors de deux conférences: une donnée dans le cadre d’une conférence-midi à l’EBSI le 16 novembre, et une seconde, adaptée de la première, donnée en guise de conclusion du Colloque sur les espaces émergents, que je coorganisais avec Simon Emmanuel Roux à l’occasion du Congrès sur les milieux documentaires le 30 novembre dernier.

Voici la présentation originale:

Et le schéma, sans doute incomplet, qui positionne les différents espaces d’accès au savoir et à la culture, et qui sert de fil conducteur à la présentation:

Autant à l’EBSI qu’au Congrès des milieux documentaires, le sujet a suscité un vif intérêt et de passionnantes discussions: je n’aurais pu espérer meilleure réception! Au plaisir de continuer à participer à cette réflexion collective en 2012!

2 janvier 2012

Espaces physiques et pratiques émergentes

Article publié dans le Bulletin des Bibliothèques de France (t. 56, n° 6), dans le cadre du dossier spécial L’avenir des bibliothèques : vues d’ailleurs.

De nouveaux modèles d’espaces publics, bien ancrés dans l’espace physique, ouverts sur la communauté et favorisant la collaboration, l’apprentissage et la créativité, sont en émergence partout dans le monde. En parallèle, des initiatives citoyennes de partage de connaissances s’organisent dans nos cafés et nos salles de spectacles, de manière tout à fait autonome des institutions publiques comme les administrations municipales et en particulier, les bibliothèques.

À travers quelques exemples concrets observés à Montréal, nous remarquons plusieurs points communs entre toutes ces initiatives, et nous y voyons de formidables opportunités pour les bibliothèques publiques en milieu urbain.

Église Saint-Marc, rue Beaubien, mai 2011

«Le Mandalab se veut un espace ouvert. Ouvert aux usagers, aux communautés. Un espace ouvert au coeur d’une culture ouverte, et qui invite à être partie prenante du mouvement des biens communs.» C’est ainsi que débutait, le 5 mai dernier, un discours de Monique Chartrand, directrice générale de Communautique, qui consultait sa communauté autour du projet de Mandalab. Communautique offre depuis 10 ans des formations visant à réduire la fracture numérique au Québec, et traverse présentement un virage important. L’organisme réoriente sa mission vers celle de la participation citoyenne et le développement de technologies sociales, et participe ainsi au mouvement mondial des biens communs. Communautique accompagnait jadis les citoyens dans leur apprentissage. Elle les accompagnera désormais dans leur participation. La transition est significative.

Le Mandalab est un des nombreux projets de «livings labs», actuellement en discussion à Montréal. Bien implantés en Europe à travers le European Network of Living Labs (ENOLL), les laboratoires vivants outillent et connectent citoyens,  entreprises et chercheurs autour de projets à visée sociales. Ces projets, ce sont les citoyens qui les proposent et qui les développent, avec le soutien de la communauté.

Les livings labs ne sont pas des bibliothèques, bien qu’ils soient riches en informations et en connaissances, et qu’il s’agissent de véritables lieux d’apprentissage, d’inclusion et de développement des compétences pour tous. Ce ne sont pas des centres communautaires, bien qu’ils permettent aux citoyens d’agir localement et collectivement. Et ce ne sont pas des centres de recherches, bien que des chercheurs, généralement des anthropologues, y mènent de nombreux projets.

ECTO, rue Roy, juin 2011

«Je fais partie de ces nouvelles générations de travailleurs. Ceux qui travaillent dans le confort de leur appartement, gèrent leur emploi du temps en fonction de la météo et de leur envies, et retrouvent dans les Facebook et autres Twitter un regain de relations sociales.» affirmait Aurélie Blanwalhin au moment de son adhésion à la coopérative ECTO. «La coopérative, c’est d’abord un espace d’échange et de partage où les membres s’entraident joyeusement, dans une ambiance qui, parfois, frôle l’euphorie créative. C’est le mix parfait de l’individualisme nécessaire à l’épanouissement personnel et de ce besoin vital de solidarité qui caractérise l’homo modernus

ECTO est un des trois principaux espaces de coworking à Montréal. Il propose à ses membres, principalement des travailleurs autonomes, un grand espace ouvert meublé de tables de travail, et offrant un coin cuisine, un salon et une salle de réunion. Il s’agit d’un espace flexible qui peut être rapidement réaménagé en fonction de l’achalandage, et qui accueille fréquemment des événements de toutes sortes.

Le mouvement des coworking, directement lié à l’éclatement des modèles de travail et fortement influencé par la culture numérique qui valorise la collaboration, est né à San Francisco au tournant du millénaire. Aujourd’hui, on en dénombre plus de 400 sur tous les continents, et il est apparent que la demande pour ce type d’espace excède l’offre. À Montréal, de nombreux autres projets sont en discussion.

Mais attention, il ne s’agit pas simplement de bureaux partagés. «Un espace de coworking est une communauté.», écrit Patrick Tanguay, cofondateur du premier coworking à Montréal, Station C. «Sans cet aspect on se retrouve rapidement avec, au mieux, quelque chose ressemblant plus à un centre d’affaire, au pire avec un espace vide.»

Patrick Tanguay a aussi noté le lien à développer entre les bibliothèques et les coworkings. «Le café remporte la palme du travail hors de la maison que les bibliothèques auraient pu occuper» remarquait-il en 2010.

Les espaces de coworking ne sont pas des cafés, même s’ils offrent une ambiance décontractée, et que la machine à espresso y joue inévitablement un rôle central. Ce ne sont pas non plus des bibliothèques, même s’il s’agit d’espaces de rencontre et d’événements, ouverts sur la communauté, qui valorisent l’échange et le partage de connaissances.

Usine C, avenue Lalonde, mars 2011

«Un Fab Lab est un atelier ouvert au public offrant une collection de ressources libres et variées pour fabriquer ses propres objets.» explique Guillaume Coulombe, porteur et instigateur du mouvement au Québec. «Le Fab Lab est un lieu d’entraide et d’apprentissage. Chacun peut y concrétiser son idée d’objet, simple ou intelligent, pour répondre à un besoin personnel ou collectif.»

Les laboratoires de fabrication, ou fab labs, sont des ateliers ouverts à tous citoyens, qui pourront utiliser, au besoin sous la supervision d’un responsable, un ensemble d’outils que l’on retrouve habituellement en milieu industriel : découpeuses au laser, imprimantes 3D, fraiseuses, et ainsi de suite. L’objectif est d’encourager l’appropriation citoyenne de notre environnement matériel. On se rapproche en ce sens de la philosophie du Do It Yourself (DIY), très forte aux Etats-Unis.

Initié par le MIT à la fin des années 1990, on en dénombre actuellement une centaine, et le mouvement est depuis un an en plein essor en France et au Québec. Reliés par des écrans de téléprésence, ces espaces invitent à de nombreuses opportunités de collaboration entre des communautés éloignées. Il n’est pas rare que deux équipes, par exemple une en Afrique et l’autre en Europe, participent à distance à des projets, tout en s’enseignant mutuellement certaines techniques.

Les adeptes de fabrication numérique possèdent également leurs propres «catalogues documentaires». Leurs collections, ce sont des plans et des modèles 3D d’objets mis en commun sur des sites tels que Thingiverse, que chacun peut ensuite imprimer localement, adapter et perfectionner. Besoin d’une lampe de poche ? Pas de problème, voici comment le fabriquer. Dans le domaine des objets physiques, la bibliothèque numérique à accessibilité universelle est en pleine croissance.

Les fab labs ne sont pas des ateliers d’artistes ou des espaces industriels, car leur accès est ouvert à tous, et la culture des lieux encourage le dépôt dans le domaine public des concepts qui y sont développés. Ce ne sont pas des bibliothèques, bien qu’on y a accès à une formidable collection documentaire, appelée à prendre de l’ampleur dans ce que beaucoup appellent la révolution microindustrielle.

Bar Populaire, boulevard Saint-Laurent, avril 2011

«L’idée derrière l’UPop Montréal est d’offrir un accès au savoir, à la connaissance et à la culture à des gens qui d’emblée, n’y auraient pas accès. Une fois qu’on a terminé ses études et que l’on est sur le marché du travail, s’inscrire à l’université ce n’est pas forcément évident.» expliquait Marianne Di Croce, une des cofondatrices d’UPop, lors d’une entrevue radio.

UPop Montréal est une université populaire lancée en 2010 comme alternative aux bancs d’école, afin de favoriser l’apprentissage dans un cadre décontracté. Aucun frais d’admission, aucune évaluation, aucun diplôme et aucune obligation d’assister aux cours. C’est l’université réduite à l’essentiel, la transmission et le partage de savoirs entre personnes qui ont soif d’apprendre. Les cours, offerts par des bénévoles, varient d’une saison à l’autre, en fonction de l’intérêt des enseignants et bien souvent, des thèmes qui font l’actualité. Les séances se tiennent généralement dans des cafés, des bars ou même des galeries d’art.

Bien que les 4 universités montréalaises offrent toutes des conférences grand public et des programmes de formation continue, ce type d’événements hors les murs des grandes institutions revêt un attrait différent. À Montréal, l’Université Concordia l’a également compris et a développé un programme «L’Université autrement : dans les cafés», qui organise chaque année plusieurs événements – conférences et discussions ouvertes – dans les cafés environnants du campus.

La formation populaire existe depuis des siècles, et en ce sens les universités populaires ne sont pas un modèle réellement nouveau. Toutefois, dans les dix dernières années, en grande partie suite à l’initiative de Michel Onfray, qui a fondé l’Université populaire de Caen, le concept a grandement gagné en popularité.

Les universités populaires ne sont pas des universités : bien souvent, il s’agit d’organismes ou d’associations indépendantes, voire non-incorporées, qui offrent à tous les citoyens un environnement d’apprentissage sans contrainte. Il ne s’agit pas non plus de centres de formations populaires, comme il en existe dans le milieu communautaire et dans de nombreuses bibliothèques. La structure est souple, et ne s’inscrit pas dans une démarche planifiée de développement local. Cette souplesse et cette légèreté, peut-on argumenter, est la clef de son succès.

Salon B, boulevard Saint-Laurent, septembre 2011

« BookCamp Montréal est ouvert à  toutes les propositions d’ateliers et de conférences. Tous sont invités à proposer un sujet afin de favoriser les périodes d’échanges et de discussions.  Chaque atelier thématique dure environ une heure et commence par une présentation d’une quinzaine de minutes, suivi d’échanges informels.» expliquait l’année dernière Christian Liboiron, un des organisateurs de BookCamp Montréal, l’anticonférence du livre, de la littérature et du numérique.

L’événement, qui se tiendra de nouveau le 30 septembre 2011, a réuni en 2010 plus de 115 personnes issues de toutes les sphères du milieu du livre, du graphiste au programmeur, et incluant l’auteur et le lecteur (les grands oubliés de l’industrie !). Malgré (ou en raison de) l’absence de programme préétabli, la journée a été propice aux discussions et au débat sur les diverses réalités – légales, économiques, philosophiques, littéraires – propre au milieu du livre.

BookCamp n’est qu’une des dizaines d’anticonférences qui se tiennent chaque année à Montréal, et le phénomène existe dans toutes les grandes villes d’Amérique et d’Europe. Ces événements – et leurs cousins les soirées de micro-conférences comme Pecha Kucha et Ignite – offrent des occasions de rassemblement pour de nombreuses communautés, et en particulier celles liées aux mondes du design et du web, où la formule est très populaire. Le modèle est séduisant parce qu’il court-circuite celui de l’autorité prof-élève afin de créer un contexte où chacun vient pour apprendre et réfléchir ensemble.

Souvent appelés BarCamps, les anticonférences ont initialement été inspirées par l’événement FooCamp organisé par O’Reilly Media en 2003. Depuis, plusieurs modèles et variantes ont vu le jour, mais ces événements ont en commun d’être organisés par une communauté, pour elle-même, et de permettre à tous de prendre le micro.

À Montréal, les anticonférences se tiennent dans des universités, des centres communautaires, des galeries et des théâtres… mais jusqu’à présent, aucune bibliothèque. Le BookCamp se tient dans un salon funéraire, preuve que la recherche d’espace est toujours un problème.

Les anticonférences ne sont pas des universités populaires, car ce sont des événements ponctuels qui offrent une structure qui se veut horizontale. Ce ne sont pas non plus des colloques ou des congrès, car généralement le programme n’est pas connu à l’avance, et le pouvoir n’est pas entre les mains des organisateurs, mais des participants.

Trois perspectives personnelles

Les espaces physiques et les nouvelles pratiques mentionnées dans cet article ont plusieurs points en commun. Ils ont tous été inventés ou sont en forte croissance depuis les 10 dernières années. Il s’agit de modèles reproductibles et adaptables dans un contexte bien précis. Il s’agit de projets qui émergent et reposent sur la communauté, plutôt que d’êtres des initiatives planifiées par des autorités gouvernementales ou privées. Il s’agit d’initiatives qui invitent à la participation des citoyens, au partage et à la démocratisation du savoir. Et enfin, il s’agit d’initiatives qui s’inscrivent dans l’espace physique, à l’échelle locale, tout en tirant profit du numérique comme outil d’organisation et d’animation de communautés.

Ces espaces physiques et ces projets ont également en commun d’être d’importants catalyseurs et générateurs locaux de connaissances. Dans le cas des Fab labs, un processus de documentation, complètement géré par la communauté, existe déjà. Autrement, la connaissance est tacite, évolutive, mais néanmoins transmise, et offerte, en théorie, à l’ensemble des citoyens.

L’ensemble de ces projets ont émergés et opèrent de manière complètement indépendante des bibliothèques publiques, qui pourtant, seraient des alliés naturels dans ce renouveau d’initiatives communautaires destinées à favoriser l’accès au savoir. Sachant cela, quel rôle les bibliothèques et bibliothécaires peuvent-elles jouer ?

La question demeure ouverte, et j’espère qu’elle suscitera de nombreuses discussions. Voici néanmoins trois perspectives personnelles.

On pourrait imaginer que les réseaux de bibliothèques publiques puissent déployer des bibliothécaires en résidence dans les living labs et fab labs. Ces bibliothécaires, pleinement intégrées, pourraient documenter la connaissance qui se construit dans ces espaces, accueillir et initier les citoyens dans leur découverte de cet univers informationnel, et organiser des activités visant à transmettre et vulgariser auprès du grand public la connaissance qui s’y trouve – qu’il s’agisse de projets à visée sociales ou de collection d’objets numériques qui n’attendent que d’être fabriqués.

Ensuite, les bibliothèques pourraient davantage s’inspirer et collaborer avec les espaces de coworking existants, afin de créer dans les bibliothèques des espaces de travail partagé accessibles gratuitement ou à faible coût aux travailleurs autonomes, étudiants, et autres citoyens à la recherche d’un espace convivial et vivant où mener ses projets. Cela dépasse la mise à disposition de tables de travail à ses usagers. Comme l’indiquait Patrick Tanguay, la valeur ajoutée réside dans la communauté, qu’il faut développer et animer. L’ambiance des lieux est certainement aussi une clef du succès, et les cafés sont en ce sens sans doute davantage une source d’inspiration pour les coworkings que les bibliothèque traditionnelles.

Finalement, les bibliothèques sont des lieux tout naturels pour accueillir des événements  tels que les universités populaires et les anticonférences. La bibliothèque publique, dans sa mission de démocratiser l’accès à la culture, à l’information et au savoir, devrait plus activement soutenir les initiatives citoyennes de partage de connaissances. Le problème est que la plupart des bibliothèques sont aménagées de manière à mettre l’emphase sur la collection documentaire et n’ont par conséquent pas l’espace ou les ressources nécessaire pour accueillir de tels événements. Cela, bien sûr, devrait être planifié dans l’aménagement des bibliothèques.

Il n’en demeure pas moins que ces initiatives offrent, dans les villes où elles sont développées, un formidable contexte pour le milieu des bibliothèques. Les opportunités de travailler en partenariat avec des initiatives locales qui, sans être en concurrence, partagent les valeurs et des éléments de mission avec les nôtres, ouvre la voie, peut-être, à de nouveaux modèles de services pour les bibliothèques à l’ère de la culture du partage et de la dématérialisation.

23 décembre 2011

The Uni: an ultra-flexible library

Cet article est d’abord paru dans la revue Argus, vol. 40, no. 2 (décembre 2011).

The Uni, a new project recently deployed in New York City, revisits the concepts of mobile and hyper-local libraries. The Uni can be anything – a reading room in a park, a few shelves on a boat, a temporary installation during a festival, a permanent venue under a bridge.

In its physical manifestation, the Uni is a collection of modular shelves. But two other elements – people and programs – compose the Uni and make it a great model and potential source of local good. I asked a few questions to Leslie and Sam Davol, the founders of the Boston Street Lab.

I understand Uni is a project of Street Lab, a non-profit organization in Boston and New York. Can you explain Street Lab’s mission and tell us a little about its other projects?

We founded Street Lab in Boston right after we moved there in 2006 from New York City. Its mission is to create programs for public space. We experiment, and we think this is a useful role for our small organization. We like new ideas/concepts, but we love things put into action so they can be experienced today. We look for « lighter, quicker, and cheaper » ways to improve the public realm and provide public resources. We do this work because we are urban dwellers and care deeply about shared public space and shared public experiences.

The work began as a series of small projects right in our neighborhood of Chinatown. It grew out of a kind of impatience we felt with ideas for improving downtown Boston not materializing fast enough for us and our kids living here. We had the impulse to try to get more visible community activity going, and started showing films in a vacant lot in partnership with a local community development organization. This is now an annual event we do called Films at the Gate.

Our second project—the Storefront Library—was much more ambitious, but started in a similar way. After attending a year’s worth of community meetings to bring back a library to Chinatown, we proposed using an empty storefront to give people the experience of a library, which would help make planning more effective, test alternative visions for a library, and also try a different kind of advocacy strategy. That turned into a four-month installation of an operating library in a vacant storefront, which made 5,000 donated books, daily newspapers, internet access, computers, and a full calendar of programs, available to the public.

Other projects have included presenting a one-day celebration of home movies called Home Movie Day in an underutilized public room on the ground floor of a downtown office building, and Work in Progress, putting dance rehearsals and a writer at work in a storefront. All of our programs have been free and open to the public.

Although these projects were focused on areas downtown Boston, we always thought about our work as addressing issues facing cities more generally. It’s about trying to carve out space in the urban environment for more types of experiences like Films at the Gate and using a library—experiences that foster public life and connections—right at street level.

How did you get the idea for the Uni? Was it developed with the clear intent to address an identified social need?

We got the idea for the Uni from our Storefront Library project. What struck us most was the impact the space had on people. It was not just about the books. It was about the kind of place it provided—for public gathering, for other organizations, for educational pursuits, for community.

After the storefront closed, we wanted to develop a new project on this model: a small-scale, flexible institution that every urban neighborhood needs, The name « Uni » originally stood for « urban neighborhood institution, » which we used as a placeholder name during planning and development to encourage ourselves to think of creating a solution from scratch. We kept hitting dead-ends when we thought along the lines of “shrinking” existing institutions like libraries and community centers, which do similar work at a different scale. And, over time, the placeholder name Uni just stuck.

We asked local architects to help us come up with a physical system that would let us provide books, and host and run programs outside, and be easily portable. We decided to test it first in New York City, where competition for street-level space is h4 but where there is also a h4 collective mission about the city.

I learned about the Uni from a friend who had heard of your project on Kickstarter, a service you used to collect donations from hundreds of people online. How did your use of social media and the web influence or define the project?

Kickstarter is designed for creative projects that have a defined goal. So it was great for promoting and funding the design. But it also meant that the way we introduced the Uni to the world was through the design and structure. A structure alone of course does not make a reading room. You need a team to run it, books, and program. You need someone to secure the sites, build the relationships, and get the insurance. That’s the institutional side of the Uni that we’re also building.

Kickstarter forced us to be out there, communicating as much as possible, with as many (relevant) activities as possible. Friends posted on Twitter and Facebook, which helped spread the word. All this influenced the project in that it sets a standard for communications going forward.

We also liked the way in which Kickstarter forced us to set a tight 30-day goal which was ambitious and challenging! That’s not the way nonprofits typically work. We’re thinking about keeping that going. In fact, we realize we just met our second, 30-day goal since we were funded on Kickstarter: of being on the ground in Lower Manhattan on September 11.

Is the project also backed by more traditional partners, such as governments or organizations such as libraries?

Not yet. A few individuals donated in a more traditional manner, offline. We’re now looking to fundraise to cover our ongoing costs and the costs of future deployments in other locations around New York City. These costs are pretty minimal compared to brick-and-mortar institutions.

The Uni consists of 144 open-faced cubes that can be assembled to create structures of various forms, with shelf space. What are some of the most original or interesting use cases you have identified?

Hmm. We have just started using it! But we’d love to install a few cubes on the Staten Island Ferry.

Your first Uni will be tested in NYC this fall. How will this take place? Is the New York Public Library involved?

We just tested it for the first time for one day, yesterday, September 11, at the New Amsterdam Market in Lower Manhattan. The New Amsterdam Market is a public market dedicated to reviving a market district on the East River Waterfront in Lower Manhattan. The founder/operator was game for letting us set up on that day to provide a small reading room for residents in conjunction with the operation of the market.

We’ve spoken to the NYPL about the Uni, and hope to find ways to support the public library just as we found ways to support the Boston Public Library with our Storefront Library. We’ve established a partnership with the Brooklyn Public Library for the times when we’ll be in Brooklyn, and will be exploring what this means in the coming months.

What are the different professional expertises involved in this first NYC project?

We’ve got architects and graduate students of architecture who worked on the design and fabrication. We’ve got library students helping us with books and also serving as volunteer staff for the Uni wherever it will operate. My background is in museum administration, project management, and cultural planning. Sam is a former legal aid attorney.

The Uni draws upon all of these fields and areas of expertise. However, in some ways, what the public sees/experiences could be said to draw most upon Sam’s experience touring and performing as a musician (he is the cellist for the band The Magnetic Fields). At the end of the day, we think of the Uni as a kind of performance involving books, librarians and educators of all kinds. And ultimately it’s about affecting the audience and creating an arc of experience.

How will you measure the project’s success?

Apropos of the response above: by how people feel about it, and how it makes them feel about their neighborhood, their city, and their fellow man! By what it inspires. All pretty difficult things to measure. However, we’ll also try to measure success in more traditional ways, including, for example, how many patrons we have, how it impacts organizations that use it for street-level programming, and what happens to the sites where it locates after it leaves.

Do you plan to deploy Unis elsewhere, in other cities, or countries? Could we imagine a future where Uni structures would be a widespread component of urban space?

We really want to test it fully first. Although we have already had interest from places ranging from New Orleans to Afghanistan! Part of our vision is to create a solid model that can be replicated in other locations.

We think the Uni will work best as a permanent, familiar resource for a city or neighborhood. Or possibly shared between several neighborhoods with a goal of supporting place making, civic life, or education. That’s what we intend to test in the first Uni for New York City. But we think lots of places could use a Uni, and 2012 will also be about exploring how to create “blueprints” for replicating the Uni structure, collection and team in other locations. For example, in Boston we’re already looking at creating a Uni that would work in support of “turn-around” public schools. We look forward to more conversations about this as we move forward.

Have you planned a future release of the Uni design? Could it be open-sourced?

Yes, we’d love to consider that once we test and refine. That is the spirit of the Uni—there should be lots of them and lots of things like it in our cities.

2 octobre 2011

Projet 997: Ventes éclair de produits culturels indépendants québécois

Dans le merveilleux monde du commerce électronique, le modèle des ventes éclair (flash sales) a le vent dans les voiles, et mérite, à mon avis, qu’on s’y attarde. Le concept est le suivant. Il s’agit de créer une boutique accessible uniquement sur invitation, et d’y offrir chaque jour une sélection d’items en vente à grands rabais pour une durée limitée de 24h ou 48h. Ce modèle contribue à créer autour de la boutique une communauté fidèle et fière de son accès exclusif, chaque jour à l’affut de nouvelles ventes. Les invitations se répandent grâce aux membres, qui peuvent y attirer leurs amis en échange de rabais supplémentaires. Ceci contribue à faire connaître le service, qui en réalité n’est pas aussi exclusif et difficile d’accès qu’on le laisse croire.

Une dimension importante du succès des ventes éclair est la qualité de la sélection effectuée. Souvent, un commentaire éditorial est fourni pour offrir un contexte et personnaliser la vente. S’en dégage une présomption, généralement justifiée, de qualité des produits offerts, un autre incitatif à l’achat. Une confiance se crée entre le vendeur et les acheteurs, qui forment en quelque sorte une même communauté, qui partage des goûts communs relativement spécialisés, et mutuellement à l’affût autant de bons prix que de bons produits.

Ce modèle est omniprésent dans le secteur de la mode, avec par exemple Gilt et la montréalaise PRIVÉ. Amazon l’explore également avec sa récente boutique MyHabit. On voit aussi le modèle apparaître dans d’autres secteurs, et l’exemple le plus notable est sans doute Fab, qui s’adresse aux amateurs de design. On y vend toutes sortes de produits, dont, à l’occasion, des magazines et des livres. Si ça vous intéresse, je vous recommande vivement cette entrevue avec le fondateur Jason Goldberg.

Voici donc l’idée que j’ai rapidement esquissé lors d’une intervention au BookCamp vendredi. Il pourrait être intéressant de tenter la mise sur pied d’une boutique suivant ce modèle et s’adressant aux amateurs de culture indépendante québécoise. Notez le choix de cibler le public amateur de culture indépendante en général, et non seulement de littérature. Je crois qu’il vaut mieux cibler un public très spécialisé (les amateurs de «culture indépendante», un concept qui dépendra grandement de la qualité de la sélection éditoriale effectuée en amont) et offrir une diversité de produits (littérature, musique, etc.), que de choisir une famille précise de produits (les livres) et d’offrir des produits s’adressant à des publics différents (jeunesse, adulte, etc.).

Cette boutique de produits culturels indépendants québécois pourrait, j’ose croire, susciter un certain intérêt et permettre d’hausser les ventes des livres, albums, films, revues, fanzines, billets de spectacles et autres productions culturelles indépendantes d’ici, en version matérielle ou numérique. Cela pourrait également servir d’occasion d’accroître l’accessibilité aux produits de nombreux éditeurs et producteurs qui n’ont pas les moyens, ou l’intérêt, d’investir dans une distribution nationale classique.

2 octobre 2011

Projet 998: Radio-Fête

Source: CC / Flickr / bisonblog

Estimons que prononcer le nom d’une personne prenne 5 secondes. Il suffirait donc de 18,5 heures pour souhaiter bonne fête, personnellement, à chacun des quelque 22 000 Québécois et Québécoises dont c’est la fête chaque jour. Ce qui laisse 5,5 heures pour de la publicité et des émissions spéciales. Voici Radio-Fête, la radio qui nomme les fêtés.

Imaginez l’intérêt d’un tel média pour l’industrie des gâteaux, ballons et cartes. Imaginez la quantité d’auditeurs prêts à payer pour diffuser un souhait personnalisé, ou pour que l’on mentionne la fête d’un être cher défunt. Imaginez les captivantes émissions spéciales sur les personnalités connues dont c’est la fête le jour-même. En cette ère de crise des médias, voilà un modèle d’affaires audacieux!

La multiculturelle et multilingue Radio-Fête s’imposera, un souhait à la fois, comme le média consensuel par excellence, jouant un rôle de premier plan sur la scène médiatique québécoise. Tout le monde écoutera Radio-Fête, et Radio-Fête n’oubliera personne. La radio festive deviendra le point de convergence de toutes les cultures, la solution tant attendue à notre crise identitaire collective.

Qui a dit qu’il ne suffisait pas de souhaiter?