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18 juillet 2009

Qu'est-ce que l'architecture? Qu'est-ce que l'information?

Dans son sens le plus répandu, le mot «architecture» est directement associé à la conception d’édifices, ce qui peut être embêtant pour les architectes qui ne sont pas architectes en bâtiment. Les architectes de l’information, par exemple.

Le débat sur la définition de ce qu’est exactement un architecte de l’information n’est pas encore résolue. Bien qu’il existe une multitude de définitions, j’apprécie l’approche originale de la firme MAYA. Dans un billet intitulé What is Information Architecture?, le président Mickey McMannus présente d’abord, à l’aide de petits films extrêmement bien faits, comment la firme comprend le sens de chacun des mots «architecture» et «information», eux-même l’objet de débats sémantiques fréquents.

MAYA propose ensuite sa propre définition:

«When we say Information Architecture (IA) we are really talking about everything you can define about a solution without specifying the underlying system (the raw plumbing) or specifying the particular user interface that will be employed to deliver and manipulate the information. By thinking about the architecture of how information is used, how it flows, and how it fits within the user’s world (its context), you can capture the essence of how to build a system that is not only intuitive but futureproof.

The outcome of a comprehensive IA program is a systematic description of the information content of a given product, service, or environment. This type of detailed understanding and documentation is the first step toward taming the complexity of a design to make even the most intricate solutions functional, transparent, and user-friendly.

In addition to enhancing function for the user, the IA also forces clarity upward into the user interface and downward into the system architecture, thereby simplifying design development and implementation. In other words, the IA creates a common ground between designers and developers by bridging the gap between the user interface and underlying systems or technologies.

A well-defined IA will define the meta-patterns that don’t change over the long run. It can not only help you expand the function of your designs, it can also inform consistent experiences and paths for the evolution of future designs across many variants within a family of products, services, or environments.»

J’apprécie, dans cette définition, l’absence complète de référence au support de l’information, qui dans la plupart des autres approches à la discipline, est vu comme étant nécessairement de type «diffusion Web». MAYA a compris que l’architecture de l’information est un enjeu indépendant de l’évolution des technologies (sites Web, appareils mobiles, etc.):

«We often hear the words “Information Architecture” naively applied to only one aspect of an experience (like “Information Architecture for the Web”) and then disregarded or ignored when an experience bridges interfaces (like when a user has to interact with a mobile application that integrates with related information in physical places). This balkanization of experiences was common when the world was made up of disconnected products and services. However with the proliferation of connected computing into every manufactured thing, space, and experience it represents a significant challenge to the usability, usefulness, scalability, and tractability of our built world.»

Je serais moi-même tenté d’extrapoler et de suggérer que même l’organisation de contenus imprimés — traditionnellement confié aux éditeurs et graphistes — relève en quelque sorte de l’architecture de l’information. En effet, un bon journal, une bonne revue, un bon ouvrage de référence, possèderont tous un système de navigation intuitif, une organisation du contenu centrée sur l’utilisabilité plutôt que sur l’esthétisme, des titres et libellés clairs et représentatifs de leur contenu, etc. Qu’en pensez-vous?



5 Comments

Je pense qu'il faut aborder l'organisation de l'information selon les mêmes principes de base, peu importe le support. Il faut bien sûr tenir compte des particularités de chacun: on ne diffusera évidemment pas une information de la même façon selon le support, sur Twitter ou dans un bulletin papier par exemple. Mais l'ensemble des supports utilisés doivent tout de même être cohérents entre eux, sinon, comment parler de navigation et d'utilisation intuitives?

Par contre, en ce qui concerne l'utilisabilité et l'esthétisme, je ne les mettrais pas en opposition, car l'une et l'autre sont souvent reliés. Enfin, c'est peut-être une question d'interprétation, mais je conçois l'esthétisme comme la représentation figurée du message et pour être compris, celui-ci se doit d'être clair. Donc la clarté, gage d'utilisabilité, est en quelque sorte un des constituants de l'esthétisme.

Je trouve souvent difficile de faire reconnaître notre expertise en organisation de l'information hors des bibliothèques. Je dirais que c'est actuellement mon plus grand défi professionnel… Difficile aussi de démontrer ses compétences quand on doit s'organiser avec des outils désuets…

Merci pour le billet!

Posted by Marie H on 4 août 2009 @ 9

Bonjour Marie H, merci pour ton commentaire!

Je partage ton avis que l'esthétisme et l'utilisabilité ne sont pas contradictoires, le premier étant une composante non négligeable du second. Mais souvent des producteurs (ou leur graphistes et experts en marketing) vont faire de l'esthétisme un enjeu de première importance, alors que la clarté, la simplicité de la navigation, etc. sont à mon avis bien plus susceptibles de donner à l'utilisateur le goût d'adopter une ressource. Surtout que ce qui est beau pour le concepteur ne le sera pas toujours pour l'utilisateur, qui pourra souvent y voir plus de confusion qu'autre chose.

Cela dit, personnellement, l'esthétisme d'un site Web, d'un livre ou d'un journal est très important pour moi, et va souvent m'influencer dans mes choix d'achats ou de consommation (par exemple, je viens d'acheter ceci: http://www.amazon.ca/Mediawiki-Daniel-Barrett/d… plutôt que ceci: http://www.amazon.ca/Wikis-Dummies-Dan-Woods/dp…, surtout parce que je respecte davantage O'Reilly, mais aussi parce que j'apprécie beaucoup plus l'esthétique de leur éditions). Autre exemple: l'esthétisme de Google n'est-il pas lié à son absence d'artefacts superflus, et son utilisabilité bien pensée?

Bref, tout ça pour dire que je te rejoins donc totalement dans ton commentaire que esthétisme et utilisabilité sont intimement reliés quand il est question d'information!

Pour faire suite à ta dernière observation, c'est clair qu'il faut constamment militer pour démontrer nos compétences en organisation de l'information à l'extérieur du milieu des bibliothèques, et parfois même à l'intérieur, dès que ça ne concerne pas l'organisation des collections documentaires ou des archives. Je crois que c'est en grande partie dû à la méconnaissance de notre profession (et de notre formation) ainsi qu'un problème d'image. Beaucoup de gens croient que les «bibliothécaires», ce sont les commis de bibliothèques, ou, pour les plus informés, que cela se limite à faire de la référence, ou à classer les livres (personne ne va jusqu'à réaliser que les systèmes de classification de livres sont l'oeuvre de bibliothécaires, et que le catalogage est une activité complexe, on dirait…)

C'est donc certainement important de démystifier la profession atour de soi, mais peut-être faut-il parfois oser s'identifier autrement, par exemple carrément «spécialiste en organisation de l'information» ou «spécialiste en architecture de l'information» des titres qui, pour beaucoup de bibliothécaires, sont parfaitement légitimes.

Qu'on le veuille ou non, dans bibliothécaire, il y a bibliothèques… À l'extérieur des bibliothèques, il n'est pas évident pour tout le monde que les spécialistes des bibliothèques peuvent être utiles…

Posted by VincentAC on 15 août 2009 @ 9

La complexité de l'organisation de l'information est assurément incomprise, entre autres parmi les bibliothécaires. Je ne suis encore qu'en début de carrière et j'ai malgré tout une collection assez… savoureuse d'anecdotes démontrant de façon quasi terrifiante à quel point nombre de bibliothécaires ne comprennent carrément pas l'importance de la classification et de l'indexation des documents – et je ne parle même pas de leur habileté à pratiquer ces tâches, simplement de leur capacité à en comprendre le but! Compte tenu du fait que l'organisation est capitale en gestion de l'information, cela me semble vraiment inquiétant! Évidemment, je suis biaisée, l'organisation de l'information étant mon unique véritable passion en sciences de l'info… 😉

Je suis bien d'accord que notre image et le fait que nos tâches sont méconnues nuisent à la perception que notre clientèle se fait de nos compétences, mais malheureusement, les convaincre de notre autorité en la matière est un travail de plus longue haleine que tu sembles le supposer, je crois…

Tout d'abord, nous sommes généralement à l'emploi d'institutions au sein desquelles il est difficile de changer les titres des postes, par exemple. Vouloir rebaptiser les postes de bibliothécaires en postes de gestionnaires de l'information, par exemple, peut se révéler tout un défi, voire une impossibilité. Et j'ai cru constater que les clientèles préfèrent bien souvent les termes simples et déjà connus. Le terme de bibliothécaire a quand même le grand avantage d'être familier pour bien des gens. Ils ignorent bien souvent en quoi consiste notre travail, mais au moins le mot leur dit quelque chose. Je note que lorsque je m'adresse à des personnes qui n'ont même jamais entendu le terme, j'ai encore plus de difficulté à me faire entendre. Et si j'emploie un autre terme que celui de mon poste, alors là, ils ne comprennent plus…

Sans compter que lorsqu'une institution engage un bibliothécaire, même si nous pouvons leur offrir des services plus étendus et plus intéressants pour eux, ils veulent d'abord ce qu'ils avaient en tête comme bibliothécaire, fut-ce un cliché… Il faut donc y aller doucement dans notre marketing pour faire évoluer les mentalités de nos employeurs…

Posted by marieh on 29 août 2009 @ 11

Que de choses intéressantes ici ; je découvre ce blog à l'instant!

Je considère la venue des nouvelles technologies comme un événement sociologique épistémologique (du grec: épistémê = connaissance /science + logos = discours), dans les cultures privilégiées où elles se sont développées.
Elles ont eu des impacts dans quasi tous les domaines des activités humaines.

L'information n'est qu'une des faces du prisme de ce développement technologique: elle peut prendre différentes formes ; les structures aussi (on a qu'à penser à la liberté de presse) ; le message esthétique peut tout à fait aller à l'encontre du discours et pourtant le servir admirablement, les artistes sont friands de ce procédé ; des vies humaines peuvent soupeser à une seule information….
Mais laissons cela aux agents secrets!

Dans une bilbiothèque, il y a autant de livres variés que de personnes différentes. À ce propos, la plupart des thécaires (diminutif pour englober aussi les vidéothécaires, les disquaires et autres qui font face à des structures informationnelles assez monumentales), ils ne sont pas là qu'en tant que fonctionnaires pour gérer des ressources, mais bien pour incarner ce pont à la diffusion des connaissances.

Le paradis, dirait Borgès, c'est le bon livre à la bonne personne. À cet instant, le livre fait référence à l'objet de votre choix !

Posted by kairndeplateau on 31 août 2009 @ 11

Bonjour Vincent,

Très intéressantes considérations.

Plutôt d'accord avec Marie-Hélène sur le fait qu'il ne faut pas trop opposer les concepts d'utilisabilité et d'esthétisme (concept au demeurant fort flou). Ainsi, le dénuement graphique de Google est pour moi d'un «esthétisme» fort appréciable.

Marie-Hélène, comme toi je suis un fana de l'indexation, mais surtout du traitement intellectuel des documents assistés par ordinateur… J'ai fait des recherches en ce sens à la fin de l'autre siècle, croyant que les bibliothécaires pourraient y jouer un rôle prépondérant pour peu qu'ils mettent à contribution les travaux de la sémantique et de la sémiotique. Je m'y suis timidement employé. On voyait venir la gigantesque marée de documents numériques à traiter, le simple bibliothécaire ne pourrait pas y arriver avec les moyens habituels (catalogage et indexation à bras). Très peu de travaux en sont sortis, à mon goût, finalement. On a entre temps été doublé par le monstre Google. Un jeune de 12 ans est aujourd'hui plus performant en recherche d'information qu'un bibliothécaire qui serait sorti de l'école de biblio en 1990… et m'est avis qu'avec des avancées en matière de web sémantique, Google va continuer à nous faire du «du tasse toé mononcle». Mais c'est pas le boulot qui manque en matière d'alphabétisation technologique, de médiation, de diffusion et aussi de création de contenus originaux. Allez au boulot!

Posted by ljodoin on 1 septembre 2009 @ 1

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