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10 décembre 2008

La dynamique du vote stratégique

Si elle veut retourner à l’opposition, l’ADQ aurait tout avantage à souhaiter que la population québécoise diminue. C’est ce qu’on peut déduire d’un article scientifique publié hier, qui tombe particulièrement à propos dans le contexte de l’élection québécoise d’avant-hier. Des physiciens américains et britanniques expliquent, à partir de principes relevant de la physique des systèmes complexes, pourquoi le pouvoir des démocraties parlementaires se partage souvent entre deux partis importants qui gouvernent à tour de rôle, laissant peu de place à la percée d’un tiers parti.

L’étude de D. Volovik, M. Mobilia et S. Redner, Dynamics of Strategic Three-Choice Voting, a été déposée sur l’archive ouverte des physiciens arXiv, moins de 24h après l’annonce des résultats de l’élection provinciale québécoise, qui a rétabli le Parti québécois à l’opposition, reléguant l’Action démocratique du Québec (ADQ) au troisième rang qu’elle a connu depuis sa fondation en 1994, exception faite des derniers 18 mois.

La difficulté de s’extirper du troisième rang s’explique par la réalité du vote stratégique. On sait que ceux qui supportent les partis minoritaires votent parfois pour leur parti, et parfois stratégiquement pour un des deux partis principaux, «contre le parti qu’ils aiment le moins». Les auteurs de l’étude ont inclus ce phénomène dans le modèle d’une population où les membres peuvent occuper un de trois états idéologiques distincts. Ils ont fait évoluer ce système en y introduisant un biais qui défavorise la position idéologique minoritaire, ce biais représentant justement le vote stratégique.

Selon les observations des physiciens, les tiers partis ne sont pas destinés à être continuellement confinés au troisième rang. Ils peuvent être soudainement propulsés au pouvoir ou à l’opposition en raison de fluctuations stochastiques qui déstabilisent le système. Ce sont là des événements imprévus et aléatoires, certainement courants en politique réelle.

L’étude montre que les chances de se tirer de son statut minoritaire sur la base de ces variations aléatoires diminue plus la population d’électeurs est grande. Cela explique peut-être pourquoi le Nouveau parti démocratique n’est jamais parvenu à devenir le parti d’opposition du Canada, alors qu’il forme le gouvernement du Manitoba et est à l’opposition dans trois autres provinces. Et cela explique peut-être aussi la montée fulgurante de l’ADQ en 2007, qui aurait été tirée stochastiquement de son état stable de troisième parti, avant de le regagner, tête basse, avant-hier.



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