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5 décembre 2008

Un journalisme réfléchi et ayant du style est possible

Letters to a young journalistSamuel G. Freedman; Basic Books 2006WorldCatLibraryThingGoogle BooksBookFinder 

Ce ne serait pas tant l’arrivée des nouvelles technologies ou la convergence des médias qui auraient transformé la profession, selon le journaliste Samuel Freedman. S’il remarque que le journalisme a généralement perdu en qualité, c’est pour lui dû à une dévalorisation du métier dans l’opinion publique et à la popularité d’une tendance journalistique alliant cynisme, manque de rigueur et platitude stylistique.

Le journalisme est un métier qui s’apprend avant tout par l’expérience. Samuel G. Freedman — journaliste au New York Times et professeur de journalisme à la Columbia School of Journalism — l’a bien compris. Dans Letters to a Young Journalist, publié en 2006, il se tient donc loin de la théorie et se charge plutôt de dévoiler, avec grande générosité, ses impressions sur la profession. Pour ce faire, il se base sur 35 années d’expérience, que l’on devine riches en apprentissages.

On voit bien, à la lecture de Letters… que l’intention de Freedman est de confronter l’apprenti journaliste à des questions, dont beaucoup sont d’ordre éthique, auxquelles il n’aurait probablement pas songé. Les commentaires qu’il livre, basés sur ses propres expériences et observations, sont toujours sages et réfléchis. Il nous met par exemple en garde quant aux sources anonymes. Selon lui, il est parfois préférable de refuser à un informateur potentiel le privilège de l’anonymat. Sans cette sécurité, les informations obtenues de l’informateur peuvent perdre en sensationnalisme, mais gagneront en véracité.

À la fin de ses études, Freedman avait déjà une longue expérience au sein du journalisme étudiant. Il a débuté sa carrière professionnelle dans un journal local, le Courier News du New-Jersey, comme reporter de nuit. C’était l’époque des machines à écrire et des salles de rédaction enfumées, où la profession de journaliste était ancrée dans un traditionalisme que Freedman évoque avec nostalgie. Au fil de ses expériences, il travaille pour une variété de journaux, jusqu’à ce que sa carrière le mène à l’institution prestigieuse qu’est le New York Times.

Freedman est un journaliste manifestement rigoureux et réfléchi. Il se préoccupe autant de son style d’écriture que de la fine documentation de ses articles. Il s’en prend aux reporters qui ne font pas l’effort de quitter la salle de rédaction. On peut reconnaître, selon lui, la qualité d’un bon journaliste à l’usure de ses souliers. Cela dit, pour lui, rien ne sert d’interviewer des dizaines de témoins si on n’a pas au préalable une idée du propos central de notre article et de l’angle par lequel on désirer l’aborder.

On ne retrouvera pas dans ce livre de conseils techniques tels que le matériel à employer pour conduire une entrevue. Ce sont là des considérations qu’il juge futiles. Il dit à ce sujet: «Vous pouvez prendre vos notes avec un bâton dans une tablette d’argile en cunéiformes et exceller si vous avez suffisamment d’intelligence, de ténacité, d’empathie pour l’expérience humaine et d’appréciation de la complexité. Ce sont là les choses qui comptent.». Tout est dans l’approche, donc, et non dans la méthode.

Ce livre s’adresse avant tout aux étudiants en journalisme et aux journalistes qui débutent dans la profession. Particulièrement pour un débutant, il s’agit d’un ouvrage très éclairant sur les possibilités qu’offre le style journalistique. Par de nombreux extraits, Freedman montre que l’utilisation de procédés littéraires – comme la description de scènes ou de détails apparemment anodins — permet de donner un ton bien particulier à un reportage. Loin d’enlever à la véracité des faits mentionnés, ces procédés stylistiques permettent au lecteur de s’en faire une représentation bien plus réaliste. Il est certain que de tels exemples serviront de sources d’inspiration pour de nombreux jeunes journalistes parfois démotivés par ce qu’ils lisent habituellement dans la presse.