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20 novembre 2008

La presse en crise après 30 ans de questionnements

La remise en question du modèle économique de la presse écrite ne date pas d’hier. On s’inquiétait déjà de l’avenir des journaux dans les années 1970, alors qu’en Angleterre était introduit le télétexte, une technologie permettant la transmission électronique de textes par les télédiffuseurs. En 1978, dans un article de la revue The Futurist, Kenneth Edwards écrivait ceci:

If we think of a newspaper as being a printed object delivered to our homes, we may be talking about replacing newspaper with an electronic signal. But if we think (as I do) of newspapers as organizations which disseminate news and information by the most efficient methods available — then we are thinking in terms of applying a new technology to an existing institution. (Source)

Cette réflexion aurait pu être écrite ces mois-ci, alors qu’un peu partout sur la planète, on prédit la chute de l’industrie de la presse imprimée et on observe l’émergence de nouvelles pratiques journalistiques.

Depuis plusieurs années, la presse traditionnelle se trouve prise au dépourvu: imprimer coûte de plus en plus cher et rapporte de moins en moins. Les lecteurs et les annonceurs se tournent vers les quotidiens gratuits et vers le Web, où la concurrence, il ne va pas sans dire, est beaucoup plus féroce qu’au kiosque à journaux. La solution que de nombreux suggèrent — cesser d’imprimer et tout miser sur le Web — semble évidente pour plusieurs, mais certainement pas pour les principaux intéressés, qui impriment depuis 400 ans.

Le 28 octobre dernier, le Christian Science Monitor, un quotidien centenaire très respecté et lu partout dans le monde, ose pourtant le grand saut: sacrifier sa version papier pour se consacrer au Web. Selon l’annonce du CSM, seule l’édition hebdomadaire du journal continuera à être imprimée, alors que pendant la semaine, toutes les ressources seront consacrées à la publication en ligne. Pour John Yemma, l’éditeur du journal, ce n’est qu’une question de temps avant que les autres journaux ne le suivent dans cette voie.

Mais faire un virage vers le Web n’est probablement qu’une partie de la solution. En juillet dernier, les journalistes Edward Roussel et Jaff Jarvis discutaient sur le blogue de ce dernier, BuzzMachine, d’une idée qui mérite d’être prise au sérieux: les journaux devraient peut-être se limiter à faire ce qui fait leur spécialité: le journalisme, et laisser à d’autres, spécialisés dans ces domaines, le soin de publier, diffuser et vendre leur contenu sur le Web. Roussel et Jarvis invitent les entreprises technologiques (Google en tête, bien sûr) à offrir aux journaux un système robuste et gratuit afin d’accueillir leur offre de contenu.

Un corollaire de cette idée est que le journal ne doit plus être considéré comme une publication finie, avec un début et une fin. Pour survivre sur le Web, le journal doit être décomposé en ses constituantes: articles, chroniques, éditoriaux, illustrations, etc. Ces éléments doivent être complètement libérés de leur contexte et accessibles aux agrégateurs d’information, que des millions d’internautes utilisent déjà pour consulter sur une même page tous leurs fils de syndication préférés.

Dans un tel environnement, on ne se préoccupera sans doute plus de la concurrence des journaux, mais bien de la concurrence des journalistes. Et pourtant, la signature du journal demeurera plus importante que jamais, car c’est elle qui garantira au lecteur qu’il consulte un travail qui répond à des normes journalistiques — sans ce sceau de qualité, comment se distinguer de la mêlée?

Ce que Kenneth Edwards n’avait peut-être pas prédit, c’est que non seulement l’existence d’une méthode efficace et peu coûteuse pour diffuser l’information allait représenter une opportunité pour les journaux, cela allait aussi remettre en question la notion même de journal.



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