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13 octobre 2003

La chronique du permanent #2: Abreuver les masses

Cet article est paru dans Le MotDit en octobre 2003

S’il est une tâche qui monopolise une grande partie de mon temps en tant que permanent de votre Association étudiante, c’est bien celle du remplissage de Catharines, cette collègue aux divers aspects capricieux, qui souffre parfois au niveau du changeur de monnaie, cette voyageuse timide et nostalgique, cette sportive à la carrure magnifique, cette fantasque machine distributrice de boissons gazeuses, affectueusement baptisée Catharines par mon prédecesseur, M. Péloquin, qui avait dû, pour se la procurer, s’embarquer lui-même dans une expédition sans doute inquiétante jusqu’au village de St. Catharines en Ontario, « A city with a bright future and a proud past », selon ses propres banderolles.

Pour ceux qui ne seraient pas au courant, cette machine distributrice de boissons « marginales » à cinquante sous, située face au local de l’AGECEM, a une raison d’être purement politique, son acquisition étant issue d’une envolée de militantisme réfléchi et non de l’idée banale que serait celle d’en tirer des profits, ce qui, par ailleurs, n’a pas vraiment lieu compte tenu du maigre prix de vente. Non, si cette armoire à glace noire est apparue, c’est par pure protestation contre le contrat d’exclusivité (lire monopole) que possède Coca-Cola sur la vente de breuvages au cégep. Effectivement, peut-être l’aurez-vous remarqué, il est impossible entre ces murs d’avoir accès à un breuvage qui n’appartient pas à Coke, à l’exception près de cette chère Catharines qui en tire toute sa raison d’être.

En tant que principal employé de l’AGECEM, c’est surtout à moi que revient la tâche du remplissage quotidien et parfois bi et même tri-quotidien de la machine distributrice. Chaque jour, je dois faire le plein de 200 à 300 canettes et environ à chaque deux semaines, je dois effectuer une commande de plus de 1000$ de canettes auprès des distributeurs (IGA pour la racinette, la bière d’épinette et la boisson au raisins et un dénommé Michel Rémillard pour les autres.) Dans chaque commande, il y a en moyenne deux canettes fendues, et il m’arrive de devoir faire affaire avec un livreur qui exige d’être payé comptant et qui se plaint de ne jamais recevoir de pourboire. Ne vous méprenez pas, ma vie n’est pas pour autant misérable ; je m’en tire bien et accepte volontiers mon sort. Bien sûr, ma conception de la vie en société n’a pu en être que chamboulée, mais que pour le mieux, que pour le mieux.

Quand, dans le cadre de mes responsabilités, je manipule les caisses ou que j’alimente l’armoire à désaltèrements, il est trop fréquent que j’échappe malencontreusement une canette, sachant tout au long de sa chute qu’à son impact l’aluminium cédera suite au choc et que le liquide giclera sous la pression, me laissant sans défense devant le regard tourmenté de mes camarades assistant au massacre. Dans de telles situations, au début de mon humble carrière, je paniquais quelque peu devant le constat d’un aussi tragique revirement de situation, mais maintenant, l’expérience me fournit la paix intérieure et le calme nécessaire à la réparation rapide des incidents. Il m’arrive toutefois encore, en redistribuant les canettes dans les zones verticales correspondantes de la machine, d’en heurter la paroi contre un des morceaux métalliques encombrant que j’ai appris à détester, et qui inévitablement fait fendre le fragile cylindre rafraîchissant. Il ne me reste alors plus qu’à saisir le coupable en furie et à le coincer dans un endroit reclus (en l’occurrence entre le mur et le bac à recyclage) jusqu’à ce qu’il se calme, puis à prévenir les concierges qu’un dégat a malgré moi fait irruption.

Outre ces tragiques moments, le plus inquiétant dans toute cette tâche est de constater à quel point les étudiants en consomment de ces breuvages. C’est souvent en pleine crise de désespoir que je constate, dix minutes seulement après avoir rempli la machine, que les précieuses réserves d’eau potable se sont déjà envolées : le monde cégépien étant ce qu’il est, avec tous ses dangers et obstacles à la santé, c’est mon devoir que de fournir à ces respactables étudiants les breuvages nécessaires à leur hydratation. Enfin, toujours est-il que le roulement des produits étant de la rapidité qu’il est, les pauvres n’ont pas le temps de goûter à leur propre fraîcheur avant d’êtres saisis par des papilles impatientes.

Heureusement, l’alimentation de Catharines, malgré la compléxité de la tâche, sert souvent de prétexte à la naissence de complicités fraternelles entre pairs. Effectivement, lorsqu’un camarade ose m’accompagner dans l’aventure, en tant qu’assistant dévoué ou de fidèle accolyte, nos personallités ne peuvent qu’en ressortir grandies, éternellement enrichies d’un apprentissage précieux.



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