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20 mars 2002

Lorsque l’alcool remplace le pop corn

Kino

Cet article est paru dans Le MotDit, Vol. 27, No. 12, le 20 mars 2002

Un certain jeudi soir, deux semaines après avoir lu l’article qui en faisait honneur dans le journal Voir du 14 février, je suis allé assister à l’intriguant Kino. Il s’agit d’un groupe de cinéastes amateurs, principalement universitaires, qui se réunissent mensuellement afin de présenter publiquement leurs plus récentes oeuvres. L’entrée est ouverte à tous au prix seul d’une contribution volontaire.

Le Kino de mars a eu lieu le 28 février (!) au Cinéma Plaza, un vieux cinéma désaffecté depuis 1977 situé derrière une porte lugubre près d’un McDonald, sur la Plaza St-Hubert. La splendide salle d’époque, composée de deux mezzanines et d’un bar, était pour l’occasion remplie à craquer de cinéphiles. Tellement, en fait, que plusieurs personnes ne purent entrer, faute de place. Comme quoi les gens vont réellement voir ce qu’ils lisent dans le Voir.

Personne ne connaissait le contenu des films qui leur seraient présentés, pas même le principal organisateur, Christian Laurence, qui anima la soirée avec humour et échapages de micro. Il fit son entrée avec une boîte de carton dans laquelle se trouvaient toutes les cassettes qu’il avait reçues.

Tout au long de la soirée, la procédure employée est relativement simple : un film est pigé au hasard, puis lancé au projectionniste. Le réalisateur concerné, mêlé à la foule, doit alors manifester sa présence puis crier haut et fort une brève présentation de son oeuvre. On projète ensuite le film, puis un autre est sélectionné au hasard. Vers minuit, la vingtaine de court-métrages sont présentés et on nous invite à poursuivre la soirée dans le “lounge”, c’est-à-dire près du bar. Il est donc possible d’aller discuter avec un réalisateur si ça nous chante, l’inverse étant pourtant déconseillé.

Les films présentés, généralement numériques ou tournés en format 8mm, sont de longueurs et de styles très variés. Du documentaire au vidéoclip, la plupart sont teintés d’humour, mais on en retrouve pour tous les goûts. Malgré quelques exceptions, ils sont généralement de bonne qualité, et certains sont même franchement hilarants, preuve qu’il n’est pas nécessaire de posséder de grands moyens pour réussir un film. Là est toute la philosophie de Kino : ce qui compte, c’est de faire des films, peu importe les moyens, peu importe le budget, et surtout, sans le souci de la censure. Le slogan officiel du groupe traduit d’ailleurs cette façon de penser : « Faites bien avec rien, faites mieux avec peu, faites le maintenant ! » Kino nous prouve enfin qu’un film réalisé rapidement sous le coup d’inspirations soudaines peut s’avérer nettement plus efficace qu’une production de plus grande envergure, qui elle, court le grave risque de “pourrir” sous les démarches administratives et financières qu’elle entraîne.

« Kino a été créé par des réalisateurs qui en avaient assez de la lourdeur du processus traditionnel de production cinématographique » raconte Christian Laurence. Ce processus, nous le savons, est particulièrement fastidieux, et il ne laisse que très peu de place aux idées nouvelles. Si Kino devient alors si accueillant pour les cinéastes amateurs, c’est qu’il n’y a aucune sélection et aucune censure des oeuvres présentées. De plus, la solidarité entre les cinéastes présents ne peut que les aider dans leurs démarches respectives.

Bref, que vous soyez cinéphile ou cinéaste occasionnel, vous apprécierez ce que Kino peut vous apporter, soit un rafraîchissant parfum de nouveauté, le tout présenté dans une ambiance festive. Ça change du cinéma Guzzo. Pour connaître la date du Kino d’avril, visitez leur site (www.kino00.com). Soyez-y, il y aura un film de motocross.