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3 octobre 2001

Le cinéma de l'ombre: My Left Foot

My Left Foot

Cet article est paru dans Le MotDit, Vol. 27, No. 3, le 3 octobre 2001

C’est avec beaucoup d’espoir que j’ai loué le film My left foot de Jim Sheridan. En effet, je m’attendais à un film tout à fait absurde, fait par un réalisateur obsédé par ses pieds, ou encore à une comédie communiste. L’histoire aurait également pu être celle d’un pied indépendant du corps auquel il se rattache, ce qui aurait été amusant à regarder. Je ne m’attendais donc pas à découvrir un drame autobiographique, sérieux et irlandais.

Le film raconte la vie du peintre et écrivain Christy Brown, souffrant depuis sa naissance de paralysie cérébrale, son pied gauche étant le seul membre de son corps qu’il arrive à contrôler. Dans les premières années de sa vie, tous, sauf sa mère, le considèrent comme une nuisance dépourvue de toute forme d’intelligence. Il arrive pourtant, à l’aide de son pied gauche muni d’une craie, à écrire péniblement un mot sur le plancher de la cuisine. C’est alors que sa famille se met à le considérer comme un être intelligent simplement physiquement désavantagé. Depuis ce jour, tous semblent l’accepter et le respecter, et il n’est plus rejeté de ses compagnons. C’est ici que le film surprend. Alors qu’on s’attendait à la banale histoire d’un handicapé essayant de se faire accepter par l’ensemble de la société, on découvre que le combat qu’il entreprendra est tout autre.

C’est plutôt à une lutte personnelle que Christ Brown fera face, car malgré le soutien moral de son entourage, il n’arrivera pas à accepter sa condition. Il réalise parfaitement que ses possibilités d’actions et d’autonomie sont extrêmement limitées.

Tous ces sentiments de réclusion, d’exclusion et de solitude ne tarderont pas à le transformer en homme frustré et alcoolique, n’ayant comme moyen d’expression que son pied gauche. Ce pied, il l’utilisera afin de communiquer ses sentiments les plus sombres, que ce soit en peignant ou en écrivant. Le film n’est donc pas celui d’un handicapé essayant de se faire accepter, mais bien celui d’un véritable artiste essayant d’accepter son handicap.

Après le visionnement du film, j’ai fait quelques recherches qui m’ont permis de découvrir que My left foot n’est pas du tout un film méconnu, comme le veut le fonctionnement de cette chronique. En effet, il fut le gagnant en 1989 de deux Oscars : un pour le meilleur acteur (Daniel Day-Lewis pour sa performance dans le rôle de Christy Brown), et l’autre pour la meilleure actrice de soutien (Brenda Fricker, dans le rôle de la mère de Christy). De plus, le film fut en nomination pour l’Oscar du meilleur film, du meilleur réalisateur et du meilleur scénario adapté.

Malgré son indéniable qualité, le film m’a pourtant quelque peu déçu, et comme vous l’avez constaté, n’a pas su éveiller en moi la passion nécessaire à l’écriture d’une critique élogieuse. Je dois pourtant souligner la performance exceptionnelle des deux acteurs interprétant Christy Brown (soit Hugh O’Conor, enfant, et Daniel Day-Lewis, adulte), tous deux remarquablement convaincants. Sur ce, espérons que le prochain film que je sélectionnerai au hasard dans le cadre de cette chronique sera plus amusant.