INFOGRAMME

Infogramme est le site de Vincent Audette-Chapdelaine.

Blogue
Projets
À propos
Contact

19 septembre 2001

Le cinéma de l'ombre: La vie sexuelle des Belges

La vie sexuelle des belges

Cet article est paru dans Le MotDit, Vol. 27, No. 02, le 19 septembre 2001

L’article que vous vous apprêtez à lire est le premier d’une nouvelle chronique intitulée Le cinéma de l’ombre. Toutes les deux semaines, je vous présenterai une œuvre cinématographique très peu connue, issue de n’importe quelle époque et de n’importe quel pays. Il s’agira chaque fois d’un film que j’aurai emprunté ne sachant aucunement à quoi m’attendre. Peu importe ce que le film s’avérera être, j’en ferai la critique. J’espère ainsi faire d’intéressantes découvertes.

Le premier film que j’ai sélectionné se nomme La vie sexuelle des Belges : 1950-1978, et il est disponible à la vidéothèque du cégep.

Tout d’abord, je dois préciser que ma connaissance détaillée du peuple belge a certainement influencé mon choix pour ce film au titre accrocheur. En effet, j’ai eu la chance de vivre 2 ans de ma vie parmi eux, il y a de cela relativement peu de temps.

La vie sexuelle des Belges : 1950-1978, réalisé en 1993 par le bédéiste, cinéaste et entarteur flamand Jan Bucquoy, est le premier d’une série de 4 films, dont le plus récent est intitulé La jouissance des hystériques. Le troisième volet, quant à lui, portait un titre moins excitant, soit Fermeture de l’usine Renault à Vilvoorde.

Dans son premier film, Bucquoy nous livre le récit autobiographique de ses 28 premières d’années, alors qu’il découvre sa passion pour les femmes, et qu’il essaie de s’adapter aux nouvelles règles introduites par la révolution sexuelle des années 1960.

Le film débute avec l’enfance de Jan (Noe Francq), fils d’un éleveur de pigeon analphabète et d’une mère autoritaire, et relate de façon tout à fait objective ses premières expériences sexuelles. On nous introduit plusieurs personnages ayant marqué la jeunesse de Jan, notamment le très traumatisant Eddy.

Le film se singularise par un manque presque total d’émotions chez les personnages, ce qui n’aide pas à captiver les spectateurs. Par exemple, lorsque la mère de Jan essaie de réveiller son mari endormi sur le divan du salon, Jan lui fait calmement remarquer qu’il est mort, et la mère retourne tranquillement s’asseoir dans son fauteuil.

Une fois adulte, Bucquoy (interprété par l’excellent Jean-Henri Compere) se découvre une passion pour l’écriture, mais doit se résoudre à écrire pour des revues pornographiques afin de gagner sa vie. Il devient un « intellectuel de cafés », vivant la nuit et fréquentant les bars de Bruxelles. Il y fera bien sûr plusieurs rencontres, certaines beaucoup moins intéressantes que d’autres.

Après avoir fait la connaissance d’une marxiste-léniniste qui l’initie aux théories révolutionnaires, notre héros commence à s’intéresser à la politique. Il en vient à considérer que son rôle est « d’étudier les masses réactionnaires et de saper les bases morales impérialistes » afin de dénoncer les conditions ouvrières. Sans trop de conviction, il commence à préparer la Révolution.

Bref, La vie sexuelle des Belges : 1950-1978, constitue une sympathique satire traçant le portrait d’une génération endormie à une époque de changements. Connaissant bien la Belgique et ses habitants, j’ai réussi à apprécier ce film, mais son style tout à fait européen et la progression lente de son histoire ne plaira malheureusement qu’à un public restreint.

Mais qui est véritablement Jan Bucquoy ?

Mes nombreuses recherches me permirent d’en savoir plus sur la véritable identité de Jan Bucquoy, le réalisateur, scénariste et producteur de La vie sexuelle des Belges.

Tout d’abord, il est bon de préciser que ses films ont tous une forte saveur politique. Se clamant lui-même anarchiste dangereux, il fut le fondateur du parti B.A.N.A.N.E. (Bien Allumé Nous Allons Nous Évader), et semble préparer un coup d’état pour l’an 2005.

Voici un extrait d’une interview qu’il accordait au site Web frites.be : « Je continue à préparer mon coup d’état pour le 21 mai 2005. Je propose aux Belges de se mobiliser ce jour-là et d’attaquer chacun dans son bled certaines institutions. A Bruxelles, je vais prendre le parlement, la télé, le Palais royal, la Banque nationale… On occupe ces lieux, on change la société et les nouveaux responsables seront élus par loterie. (…) Voilà mes projets entre deux films : une petite révolution. »

Heureusement, Bucquoy se consacre à d’autre projets plus inoffensifs. Il a ouvert en 1990 le Musée du Slip, ainsi que le Musée de la Femme, déclarant pour l’occasion que « la femme vaut plus qu’une œuvre d’art ».

Bucquoy est également un proche collaborateur du célèbre Noël Godin, terroriste pâtissier notamment responsable de l’entartage de Bill Gates en 1998. Bucquoy a d’ailleurs réalisé en 1996 un documentaire intitulé Crème et Châtiment au sujet des divers entartages survenus au Festival de Cannes.

Il a également à son actif la création d’une parodie érotique de Tintin, ainsi que la destruction d’œuvres d’arts et de monuments historiques. Bien que Bucquoy explique toutes ses actions par ses théories politiques, il n’y a aucun doute qu’il prend un plaisir fou à attirer sur lui l’attention médiatique.